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Bulletin Quotidien Europe N° 9604
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/europe des resultats

Elmar Brok plaide pour une « politique de consolidation » de l'UE

Bruxelles, 18/02/2008 (Agence Europe) - Dans notre série d'entretiens avec diverses personnalités sur l'Europe des résultats et les priorités pour l'avenir de l'Europe, Elmar Brok (CDU) a répondu à nos questions. L'ancien président de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen défend la méthode communautaire et souhaite que le prochain Haut représentant de l'Union pour les Affaires étrangères assume son rôle au sein d'une Commission européenne ayant autorité sur le futur service diplomatique européen. Le rythme de production de nouvelles législations et celui de l'élargissement devraient ralentir au profit d'une « politique de consolidation », nous dit-il. (A.B.)

Agence Europe: L'Europe a besoin d'une Commission forte, crédible, qui puisse dire non aux Etats membres, avait déclaré M. Barroso avant son investiture. Estimez-vous que la Commission a respecté cette promesse ?

Elmar Brok: La force de n'importe quelle Commission se manifeste dans sa capacité à assumer un leadership politique et intellectuel proactif et cohérent pour éviter d'être seulement un secrétariat bureaucratique. La Commission doit assurer que les stratégies générales et spécifiques de l'UE soient développées et mises en œuvre. Pour cela, elle doit convaincre le Conseil et le Parlement européen. En ce sens, une marge d'amélioration existe.

A.E.: Comment évaluez-vous le rôle et les actions de l'actuelle Commission sur la scène internationale ?

E.B.: En tant que bloc commercial le plus puissant au monde, l'UE est très importante au plan international, en particulier dans les domaines où la Commission européenne peut mener des négociations au nom des Etats membres, conformément à ce que l'on appelle la méthode communautaire. En raison de l'actuelle division des pouvoirs, il n'y a aucune politique opérationnelle d'ensemble cohérente. La création du poste de Haut représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, qui sera vice-président de la Commission et présidera le Conseil « Affaires étrangères », combinant de ce fait les tâches de trois personnes différentes, permettra d'atténuer ce problème.

Le Haut représentant doit se voir lui-même - ou elle même - comme un membre de la Commission et établir le nouveau service diplomatique sous la responsabilité de la Commission afin de garantir une administration cohérente. Les compétences politiques du Conseil ne seront pas modifiées. Toutefois, le Traité de Lisbonne ne doit pas être détourné pour renforcer l'improductive approche intergouvernementale aux dépens de la méthode communautaire qui fonctionne bien. Il est à espérer que la Commission a le courage d'utiliser son droit à dire non à toute proposition inadéquate du Conseil. Le Parlement européen jugera la Commission selon la manière dont elle traite cette question.

A.E.: Avec ses Livres blanc, bleu, vert, la Commission n'est-elle pas en train de devenir une sorte de maison d'édition ?

E.B.: Les Livres vert et blanc sont un bon moyen de garantir une vaste discussion entre les législateurs et les parties intéressées au début du processus législatif pour vérifier le bien-fondé d'une législation. J'aimerai voir la Commission prendre en considération plus fortement les conclusions moins arrangeantes de ce processus. Dans l'ensemble, nous avons besoin de moins de nouvelles législations aujourd'hui mais d'une mise en œuvre plus uniforme et d'une révision de la législation. La Commission, comme le législateur, devrait donner la priorité à une politique de consolidation.

A.E.: Dans son discours devant le Parlement européen en novembre, le président français Nicolas Sarkozy a estimé que « l'Europe, ce ne peut pas être qu'une machine, une machine administrative, une machine juridique, une machine à édicter des normes, des règlements, des directives, une machine à fabriquer des contraintes, des règles, des procédures ». Partagez-vous cette vision ?

E.B.: L'Union européenne est une union de valeurs partagées, d'histoire commune et une communauté de droit. Mettre l'accent sur ces trois dimensions de l'Union européenne est de la plus haute importance si l'UE veut libérer son formidable potentiel et si elle souhaite impliquer le public européen et obtenir un plus grand soutien public. L'UE a commencé comme un projet de paix et est devenue la réponse à la plupart des défis globaux d'aujourd'hui. Dans notre marché commun, l'harmonisation est une nécessité, mais il ne conquiert pas le cœur des citoyens européens.

A.E.: La vraie idée pour faire vivre l'Europe n'était-elle pas celle de l'élection d'un président au suffrage universel proposé par John Bruton ?

E.B.: A l'avenir, le président de la Commission sera proposé à la lumière des résultats des élections européennes. En ce sens, il ou elle disposera de la plus grande légitimité démocratique. Le nouveau président du Conseil européen ne fera que coordonner et présider le Conseil européen. Le texte ne prévoit pas que le titulaire du poste aura accès au Conseil Affaires générales et Affaires étrangères ou au personnel du secteur législatif. Une élection au suffrage universel direct serait malvenue, car le président, ainsi que les citoyens européens pourraient alors avoir de fausses impressions sur la signification du poste.

A.E.: Que devrait faire la Commission pour que l'UE politique devienne enfin une réalité ?

E.B.: Avant tout, les Etats membres de l'UE devraient ratifier le Traité de Lisbonne. Cela constitue déjà une étape majeure en vue d'une union politique, car cela rend l'UE plus démocratique, plus efficace et renforce sa capacité à agir. Nous devons nous assurer que l'Union ne soit pas fragmentée. Nous avons besoin d'une Union européenne dans laquelle tous les Etats membres poursuivent des buts et des valeurs partagés. Le nouveau traité a un grand potentiel qui doit être utilisé à bon escient. Une politique de consolidation et de mise en œuvre doit être prioritaire. Cela signifie réduire la vitesse de la production législative et de l'élargissement.

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