Chacun doit assumer ses responsabilités. L'Europe ne peut pas vivre dans l'angoisse jusqu'à l'achèvement des ratifications du Traité de Lisbonne. Presque chaque semaine, l'une ou l'autre information renforce (ou semble renforcer) les incertitudes: au Royaume-Uni, la campagne du parti conservateur pour le référendum se transforme en une campagne ouverte contre le traité lui-même ; en Slovaquie, la ratification glisse à temps indéterminé ; à propos de l'Irlande (où le référendum est obligatoire) l'accent est mis toujours sur le pourcentage des citoyens qui hésitent encore entre le oui et le non. Ailleurs, la campagne de mensonges sur le contenu et la signification du nouveau traité a repris à plein rythme. En plus, on commence à lire ici ou là que la date d'entrée en vigueur pourrait glisser (ce qui pourrait même être positif).
Il faut sortir de ce climat d'alerte et d'anxiété et regarder la situation avec davantage de sérénité. La participation à l'approfondissement de l'UE n'est obligatoire pour personne ; le nouveau traité introduira même le droit de sécession, la faculté pour tout Etat membre de se retirer de l'Union. Qui ne croit pas que la participation à l'intégration européenne soit positive, que l'euro apporte la stabilité monétaire, que la politique de cohésion contribue puissamment à équilibrer le niveau de vie entre les pays européens, peut choisir une autre voie. Sauf en cas de sécession totale volontaire, les droits acquis demeurent: participation au marché commun, présence dans les institutions. Ne dramatisons pas l'hypothèse que dans l'un ou l'autre Etat membre, la majorité de la population ou du Parlement rejette le nouveau traité ; les autres Etats membres pourront le relancer tel quel entre eux, sans recommencer des négociations longues et compliquées.
Il y aura des complications juridiques, mais des hommes politiques d'envergure (comme Guy Verhofstadt) considèrent que de toute manière, il faudra passer par là et que la création d'un noyau dur sera inévitable, quelle que soit sa définition. Il faut l'envisager avec calme, y réfléchir dès maintenant. Ce qui ne signifie pas se désintéresser des évolutions en cours dans les différents Etats membres. Au contraire, il faudrait expliquer mieux et davantage la réalité du nouveau traité et réagir aux mensonges, tout en étant moins angoissés pour ce qui arrive, ici ou là. Ensuite, que chacun assume la responsabilité de son choix.
À propos de quelques évolutions nationales. Au Royaume-Uni, l'évolution est à première vue étrange. Les autorités au pouvoir se préoccupent de plus en plus d'être présentes dans les réalisations européennes et de souligner l'importance de l'UE pour leur pays. Gordon Brown ne dirait plus aujourd'hui qu'entre l'Etat national et la mondialisation il n'y a rien, il a même affirmé que l'UE représente pour son pays la clé du succès économique. En même temps, les conservateurs se déchaînent contre le nouveau traité. Leur leader David Cameron a exprimé l'intention de le renégocier, comme si c'était réaliste. Selon Geoffrey Van Orden (porte-parole des conservateurs britanniques du PE pour les questions de défense), ce Traité vise à «créer un Etat nommé Europe» car il met en cause le cœur de la souveraineté nationale. Il est vrai que des personnalités comme Andrew Duff et quelques autres continuent à soutenir avec vaillance l'Europe et son évolution, mais les sondages indiquent toujours que, dans un référendum, la majorité contraire serait très nette. De toute manière, en restant en dehors de l'Euro et avec un nombre croissant de dérogations, la marginalisation britannique volontaire se consolide et s'étend.
La manière dont l'Irlande se prépare au référendum est très positive. Les autorités se préoccupent de fournir à la population, par plusieurs voies, le maximum d'informations objectives sur la réalité du Traité de Lisbonne, en évitant la propagande mais en mettant quand même en relief les avantages que le nouveau traité apportera à l'Irlande. Les citoyens sont et seront informés, et ils choisiront.
Quelques évolutions et polémiques dans l'un ou l'autre Etat membre d'Europe centrale ou orientale semblent surtout déterminées par des questions internes dans lesquelles l'UE est peu ou pas impliquée. L'attitude des institutions européennes doit être simple et linéaire: éviter la propagande et ne pas donner l'impression que «Bruxelles» (ou plutôt: ce que ce terme sous-entend pour les opinions publiques) intervient dans la ratification, tout en faisant comprendre à chacun que la porte de sortie est toujours ouverte.
En même temps, dans quelques Etats membres où la ratification est acquise (France) ou considérée comme telle (Belgique), ceux qui avaient en son temps combattu le traité constitutionnel relancent les anciens mensonges. C'est un spectacle pénible, tellement ils mentent et ils trichent. J'y reviendrai.
(F.R.)