Bruxelles, 20/11/2007 (Agence Europe) - Peu de temps après la présentation des prévisions économiques de la Commission et à la veille d'un voyage en Chine, l'intervention de Jean-Claude Juncker, mardi 20 novembre devant les parlementaires européens, a largement porté sur la situation économique actuelle et la question des changes. Depuis sa dernière venue devant la commission économique et monétaire du Parlement européen, fin juin, certains éléments d'appréciation ont pu changer après les turbulences sur les marchés financiers, mais le constat ne diffère réellement qu'à propos des sources d'inquiétude, beaucoup plus importantes désormais.
La croissance est restée robuste en 2006 et 2007, ce qui montre que, sur l'année en cours, « il n'y a eu qu'un impact très faible, à peine visible, de la crise du crédit hypothécaire aux Etats-Unis », a d'abord rappelé le président de l'Eurogroupe. Mais l'effet sera toutefois « plus prononcé en 2008 », même si « nous ne sommes toujours pas en mesure d'évaluer exactement l'impact définitif de la crise américaine sur l'évolution de la conjoncture en Europe », a-t-il constaté. Avec de nouvelles incertitudes au tableau, les risques pour l'inflation sont aussi « devenus plus importants », ajoute-t-il, en se disant « de plus en plus inquiet » sur ce point. « Nous pensons qu'il faudra que nous appuyons la politique de la BCE » et les gouvernements ont un rôle proactif à jouer à cet égard, a poursuivi M. Juncker, assurant que les ministres de la zone euro étaient d'accord pour privilégier la consolidation des finances publiques par le côté dépenses plutôt que par des haussesd'impôts. A 2,1% ou 2,2%, le potentiel de croissance européen n'est pas ce qu'il devrait, a-t-il aussi concédé à Cristobal Montero Romero (PPE-DE, espagnol), qui s'inquiète de voir la croissance mondiale tirée par une zone émergente comme la Chine. Si le protectionnisme est perçu comme un risque majeur pour le développement économique de la planète, l'Europe se doit d'être ouverte mais « pas offerte » et les règles commerciales doivent être les mêmes pour tous, a déclaré M. Juncker.
Concernant les politiques de changes, la formulation reste largement identique au message habituel du G7, mais cette question ne doit pas être négligée, comme en témoignent les récents mouvements brusques. « La force de l'euro n'a pas empêché l'économie de la zone euro de réunir des parts de marché plus grandes », a toutefois insisté M. Juncker, constatant avec Elisa Ferreira (PSE, portugaise) que « l'euro fort gêne plus dans les pays qui n'ont pas fait tous leurs devoirs » en matière de compétitivité. En Chine, où il se rendra avec MM. Trichet et Almunia, les Européens chercheront à établir un dialogue macro-économique structuré, avec pour objectif avoué d'expliquer « les raisons qui font qu'un certain nombre de comportements doivent être corrigés » et, comme motivation plus discrète, de solliciter une réévaluation de la devise chinoise.
Autre sujet de discussion du dernier Eurogroupe (EUROPE n° 9542), les appels à la modération salariale restent de mise, même s'ils sont confrontés à « un grave problème d'équité », a par ailleurs indiqué M. Juncker. Ce discours est de moins en moins crédible auprès des salariés, si dans le même temps on assiste à des comportements excessifs de certains dirigeants d'entreprises dans leurs rémunérations. Pour lutter contre ce « fléau », l'Eurogroupe propose une réflexion sur la façon dont les pouvoirs publics pourraient réagir, soit par un code de déontologie, soit par un instrument légal. Dans ce cas, l'initiative ne doit pas nécessairement venir de la Commission européenne, a précisé M. Juncker à la présidente de la commission parlementaire, la socialiste française Pervenche Berès. Il évoque une éventuelle intervention du législateur national. (A.B.)