Au-delà du lancement devenu incontournable du grand débat européen sur la relance de l'énergie nucléaire (voir cette rubrique d'hier), d'autres évolutions des dossiers énergétiques concernent les relations de l'UE avec les pays tiers et le problème de l'unbundling. Voici un rappel schématique de ces développements.
1. La Russie s'engage, mais à ses conditions. Le «style Poutine», on connaît: un mélange d'avertissements et de promesses, d'arrogance et de cordialité. Les responsables de Gazprom ont appris la méthode: encourageants dans le ton, fermes dans les conditions. Aleksandr Medvedev, vice-président du colosse russe et son directeur général pour l'exportation, a profité de sa participation au Forum mondial de l'énergie à Rome pour se montrer rassurant pour l'avenir: Gazprom est favorable à des prix stables pour le gaz, sans mouvements spéculatifs ; il garantit les fournitures sur lesquelles il s'est engagé, et même davantage si ses clients dans l'UE le demandent en temps utile ; il assure qu'au moins pour les prochaines 20 années, il dispose de ressources suffisantes pour faire face à la demande interne, respecter les contrats conclus ainsi que les nouveaux engagements souscrits avec Chine, Corée, Canada et Etats-Unis (les investissements appropriés sont en cours). En échange, Gazprom entend augmenter ses fournitures aux utilisateurs finaux de l'UE ; il a prouvé en Allemagne et au Royaume-Uni qu'il sait le faire, il en fera de même en Italie et ailleurs, sur un plan de concurrence transparente. Ceci implique que sa double activité - production et transport/distribution - ne soit pas contestée. Ce qui signifie en clair que Gazprom rejette la séparation, alors que, pour la Commission européenne, si l'unbundling devient la règle dans l'UE, il doit être respecté aussi pour les entreprises des pays tiers actives dans l'Union (cette rubrique avait clarifié cet aspect à la fin septembre, voir notre bulletin n° 9512). Le ton de Gazprom se veut amical et constructif: il est ouvert à la discussion avec Bruxelles. Mais en indiquant qu'il présentera son évaluation des répercussions que la position de la Commission (tout acheteur d'infrastructures énergétiques dans l'UE devra respecter les exigences de séparation qui seront introduites pour les compagnies européennes) aura sur la sécurité de l'approvisionnement, la compétitivité du marché européen et le prix de l'énergie en Europe.
2. L'Algérie suit l'exemple russe. Le ministre algérien de l'énergie Chakib Khelil a demandé une ouverture de l'UE à la possibilité, pour l'entreprise nationale Sonatrach, de fournir son gaz directement aux clients finaux européens. Ceci serait rendu possible par le gazoduc Algérie-Sardaigne dont la construction a été décidée. Sonatrach pourrait vendre directement aux consommateurs italiens 3 milliards de mètres cubes de gaz par an, qui correspondent à 3% de la consommation italienne, alors que les ventes de gaz de Sonatrach à l'Italie couvrent 30% de sa consommation de gaz naturel.
3. Recherche d'un compromis sur l'unbundling. La France a confirmé, par la voix de son secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, qu'elle rejette la proposition de la Commission à ce sujet (voir cette rubrique dans notre bulletin n° 9543). Il revient au Conseil et au Parlement européen de trancher. En fait, des réflexions sont en cours sur la possibilité de compromis: par exemple, la séparation entre production et distribution serait retenue pour l'électricité, mais exclue pour le gaz, et elle ne viserait pas la propriété mais la gestion (possibilité que la Commission avait déjà admise, sans enthousiasme).
Le Conseil ne se prononcera que dans la deuxième moitié de l'année prochaine, et entre les Etats membres favorables en principe à l'unbundling (Royaume-Uni, Espagne, Pays-Bas, Belgique, Suède, Danemark, Irlande) et ceux qui s'y opposent (la plupart des autres) on en discute déjà beaucoup. Les possibilités de compromis sont à l'étude, mais il est trop tôt pour en parler officiellement. Les grandes compagnies, comme ENI (Italie), Electricité de France, Gaz de France, etc. restent farouchement opposées à la séparation.
4. L'industrie des fabricants de centrales nucléaires demande que soit créée une «autorité de certification européenne» pour l'autorisation des nouvelles centrales, car la répétition des autorisations pour un même modèle dans chaque Etat membre représente un gaspillage énorme de temps (des années sont parfois nécessaires pour répéter l'opération pour chaque projet) avec un coût injustifié.
Par ailleurs, de grands producteurs européens d'électricité (EDF, Iberdrola, Electrabel, etc.) investissent de plus en plus dans les éoliennes, en estimant que d'ici quinze ou vingt ans la production d'énergie par cette voie sera rentable sans subventions. L'industrie automobile demeure en revanche très divisée sur les initiatives appropriées pour réduire les émissions de CO2 par les véhicules automobiles. (F.R.)