Strasbourg, 14/11/2007 (Agence Europe) - Un PPE-DE aux anges, des socialistes européens sur leurs gardes, les groupes « Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe » et Verts/ALE qui attendent de voir et une formation GUE/NGL plus hostile. Telles sont, en résumé, les réactions des différents groupes politiques du Parlement européen aux propos tenus, mardi 13 novembre à Strasbourg, par Nicolas Sarkozy, le président de la République française.
Joseph Daul, le président français du groupe PPE-DE, s'est dit « très content » du discours de Nicolas Sarkozy qui n'a pas hésité à demander un débat sur les vrais enjeux pour les 500 millions d'Européens: respect des identités, défense des droits de l'homme, mise en oeuvre d'une politique de défense et d'une politique d'immigration, protection sans protectionnisme dans un monde globalisé, refus du dumping social et écologique. M. Daul a aussi salué l'influence de M. Sarkozy sur « le besoin de plus de sécurité ». Joseph Daul a salué la liberté de ton du président français, pour qui « aucun sujet ne peut être tabou ». Enfin, le groupe du PPE-DE soutient la volonté du chef d'Etat de la France d'initier et de nourrir une réflexion sur le futur de l'Europe avec la création d'un « Comité des Sages ».
Le groupe socialiste a exprimé ses inquiétudes sur le « non » de M. Sarkozy à l'adhésion de la Turquie à l'UE. Dans un communiqué, le groupe PSE explique que le président français a déclaré, lors de la conférence des présidents de groupes au PE mardi 13 novembre, qu'il s'opposerait à une adhésion pleine et entière de la Turquie à l'Union européenne. De l'avis du PSE, cette déclaration « soulève des inquiétudes » sur l'évolution des relations entre l'UE et la Turquie durant la Présidence française au second semestre 2008. Selon Martin Schulz, le président allemand du PSE, la position du président français consiste à dire que l'Europe a des frontières très précises et que « le territoire turc appartient principalement à l'Asie Mineure ». M. Schulz a indiqué que la perspective de l'adhésion à l'Union a pourtant permis au gouvernement turc d'entreprendre « un vaste programme de réformes qui va permettre au pays de progresser ». « Le seul fait que l'UE mène des négociations d'adhésion avec la Turquie est un signal important pour le monde musulman. Toute interruption brutale de ces négociations sous présidence française serait un pas en arrière très regrettable », a ajouté Martin Schulz. « Reste à voir si ce point de vue français sur la Turquie est partagé par les autres membres du Conseil européen », a conclu M. Schulz. Par ailleurs, le président français « n'a pas employé une seule fois le mot social dans son discours », ce qui inquiète le groupe PSE.
« Ce qui m'a le plus impressionné, dans son discours, c'est sa volonté très claire de construire une Europe politique », a déclaré Graham Watson, le « leader » britannique du groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE). Selon lui, cet engagement devrait aider l'Union européenne à mettre en œuvre le nouveau traité en 2009. Toutefois, M. Watson a critiqué le manque de cohérence des dires de M. Sarkozy en matière de politique économique. M. Watson a conseillé au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, de garder la main sur le pilotage de la politique économique de l'UE. M. Watson a précisé que M. Sarkozy lui faisait penser à une « sauterelle dans un champ de maïs », qui défend la compétitivité économique et, d'un souffle, se cache derrière la préférence communautaire, les champions nationaux ou encore les subventions garanties aux agriculteurs. M. Sarkozy ne voit pas d'incompatibilité entre ces principes, « moi j'en vois une », a conclu le président du groupe ADLE.
M. Sarkozy a par ailleurs « dit qu'il serait intransigeant sur le maintien du siège du Parlement à Strasbourg », en plus de celui de Bruxelles, en dépit des critiques récurrentes que suscite cette situation, a rapporté le co-président allemand du groupe des Verts, Daniel Cohn-Bendit. En mai dernier, le président français avait prévenu que le siège de Strasbourg n'était « pas négociable » car cela faisait « partie des équilibres fondateurs de l'Europe ». La multiplicité des sièges du Parlement européen coûte plus de 200 millions d'euros par an aux contribuables européens, selon le groupe des Verts. Selon M. Cohn-Bendit, la position du président français sur la Turquie n'est pas « claire ». A la question de savoir si l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne est à l'ordre du jour, M. Sarkozy répond « non », sur l'avenir il dit « on verra » et entre-temps « faisons un partenariat spécialisé avec ce pays », explique le leader du groupe des Verts. De manière générale, M. Cohn-Bendit se dit ni déçu ni surpris par le « trémolo européen » de M. Sarkozy.
Pour Francis Wurtz, le président français du groupe GUE/NGL, M. Sarkozy a fait, sur les grandes questions, des constats « correspondant aux attentes de ses interlocuteurs ». Mais, quand il s'agit de passer aux actes, « il n'hésite pas à être en rupture avec ses propres diagnostics ». Ainsi, il dit que l'Europe se fera avec les peuples, pas sans eux ni contre eux, tout en refusant d'organiser un référendum pour approuver le nouveau traité. « C'est cette contradiction permanente qu'il faut faire éclater au grand jour pour rendre possible un véritable débat démocratique », lance M. Wurtz. (L.C.)