Strasbourg, 14/11/2007 (Agence Europe) - La voie sur laquelle s'est engagée le Pakistan depuis l'instauration de l'état d'urgence, le 3 novembre dernier, est une impasse. Parlement européen, Conseil et Commission « partagent les mêmes objectifs fondamentaux et immédiats » de retour à la vie démocratique du pays, a résumé mercredi 14 novembre le secrétaire d'Etat portugais aux Affaires européennes, Manuel Lobo Antunes. Lors du débat organisé en plénière sur la situation au Pakistan (une résolution sera adoptée ce jeudi), les députés ont souvent partagé les mêmes craintes, exprimant des revendications largement concordantes. La fin de l'état d'urgence et le rétablissement de la Cour Suprême sont essentiels en vue des élections législatives, pour lesquelles l'UE hésite encore à déployer une mission d'observation électorale, constatent-ils, appelant à la libération des prisonniers politiques, ainsi qu'au départ du président pakistanais, Pervez Musharraf, de son poste de chef des armées.
La mise en place de l'état d'urgence et les tensions qui ont suivi constituent un « recul très grave de l'Etat de droit » et constituent « un coup d'arrêt au renforcement de la légitimité des institutions démocratiques au Pakistan », a d'emblée indiqué M. Lobo Antunes. Demandant la restauration de la liberté de la presse et la libération des prisonniers politiques, il s'est dit « très sérieusement préoccupé » par les violations des droits de l'Homme, qui ne constituent pas les conditions nécessaires à la tenue d'élections démocratiques et crédibles en janvier 2008. Si elle reconnaît les défis du pays au plan de la sécurité, l'UE ne peut cautionner une solution qui passe par une interruption du processus démocratique, a souligné le secrétaire d'Etat portugais, qui rappelle par ailleurs que le pays a été « un allié sur lequel nous avons toujours pu compter dans la lutte contre le terrorisme ».
Pour Benita Ferrero Waldner, le coup porté à la démocratie est rude. Sans aucun doute le pays se trouve dans une situation dangereuse, avec des menaces extrémistes internes et externes, mais on constate aussi autre chose, a observé la commissaire chargée des Relations extérieures, qui dénonce l'attaque en règle du système judiciaire, les arrestations de militants des droits de l'Homme ou d'opposants, bref de gens qui s'engagent pour « un Pakistan ouvert et tolérant ». Dans ce contexte, l'organisation des élections reste incertaine. Il est d'une « importance majeure d'annoncer une date définitive pour les élections avec un calendrier clair menant à la levée de l'état d'urgence », a insisté Mme Ferrero-Waldner, qui explique que dans la situation actuelle, « il ne semble pas possible de déployer une mission d'observation électorale ». Toutefois, « si l'état d'urgence était levé assez rapidement et si les conditions s'amélioraient de manière significative bientôt, je pourrais être en mesure de revoir la situation », a-t-elle précisé, sans se faire trop d'illusions. Etant donné la nature de l'aide fournie par l'UE au Pakistan, essentiellement axée sur la réduction de la pauvreté et l'éducation dans le nord-est du pays et au Balouchistan, la commissaire a, comme M. Lobo Antunes, appelé à la prudence avant d'envisager une suspension de l'assistance européenne.
« Il faut faire preuve de beaucoup de prudence », a convenu Ignacio Salafranca (PPE-DE, espagnol), qui a lui aussi rappelé l'association étroite du Pakistan à la lutte contre le terrorisme ainsi que son statut de puissance nucléaire. Dès lors, l'UE doit d'une part « demander au gouvernement (pakistanais, NDLR), dans la mesure du possible, de rétablir l'ordre » et, d'autre part, mobiliser toutes ses capacités pour suivre le processus électoral essentiel à la stabilité de la région. La situation, « très grave » depuis une dizaine de jours, incite Robert Evans (PSE, britannique) à demander à la Commission de « revoir son aide au Pakistan ». Les fonds européens devraient être transférés par le biais d'ONG civiles et non via le gouvernement, a-t-il ajouté, avant d'indiquer que son groupe souhaiterait aussi que le Conseil envisage des sanctions ciblées contre Islamabad. Il a été rejoint en cela par Jean Lambert (Verts/ALE, britannique), qui s'est dit d'accord pour des sanctions si M. Musharraf ne démissionne pas et ne met pas fin à l'état d'urgence. Le Pakistan est à la croisée des chemins et le président doit comprendre qu'il a la possibilité de montrer qui sont les véritables gardiens du pouvoir en mettant fin à l'état d'urgence, en rendant ses compétence à la Cour suprême et en garantissant des élections libres et démocratiques, a pour sa part exhorté Sajjad Karim (ALDE, britannique). Peu importe le rôle du Pakistan dans la lutte contre le terrorisme, cela ne justifie pas les écarts actuels à l'Etat de droit, s'est insurgé Eoin Ryan (UEN, irlandais), qui souligne que la mise en place de l'état d'urgence est un « prétexte trivial » de Musharraf pour éviter de voir son élection invalidée par la Cour suprême. Même tonalité chez Neena Gil (PSE, britannique) qui voit dans l'instauration de la loi martiale une tentative de déstabilisation du pays pour « l'ambition d'un seul homme ». En dépit d'une véritable menace d'extrémisme dans le pays, les actions de M. Musharraf ne font qu'« encourager les radicaux », selon elle. Et de fustiger « la mollesse de l'UE », qui devrait donner une réponse extrêmement claire au président pakistanais sur les conséquences de ses actes. (A.B.)