Bruxelles, 09/11/2007 (Agence Europe) - Comme le laissaient présager les chiffres intermédiaires à l'exercice saisonnier de la Commission (EUROPE n° 9499), la croissance économique dans l'Union européenne devrait retomber de 2,9% en 2007 à 2,4% en 2008 et 2009. Dans la zone euro, elle devrait passer de 2,6% cette année à 2,2% l'année prochaine et à 2,1% en 2009, indiquent aussi les prévisions économiques d'automne de la Commission publiées vendredi 9 novembre. Alors que les estimations de printemps tablaient sur une hausse du PIB de 2,7% dans l'UE à 27 et de 2,5% dans la zone euro en 2008 (EUROPE n° 9421), cette révision à la baisse s'explique par les turbulences apparues entre-temps sur les marchés financiers. L'horizon s'est nettement obscurci, mais l'activité économique mondiale soutenue et les fondamentaux économiques solides en Europe devraient contribuer à limiter l'incidence négative, a expliqué Joaquín Almunia, en présentant les prévisions à la presse. Ainsi, avec des conditions qui continueront à être assez favorables, « nous pouvons être plus ambitieux » pour assainir les finances publiques, a-t-il même ajouté, appelant les Etats membres à respecter leur engagement de parvenir à leur objectif à moyen terme d'ici 2010.
Les incertitudes pesant sur ces prévisions sont toutefois « particulièrement importantes », plus qu'au cours des exercices précédents, a insisté le commissaire européen chargé des Affaires économiques et monétaires, qui précise en outre que l'analyse de ses services s'est achevée le 24 octobre, c'est-à-dire avant la dernière poussée des prix du pétrole et l'appréciation record de l'euro par rapport au dollar enregistrée ces deux dernières semaines. Ces prévisions sont basées sur un taux de change moyen de l'euro à 1,36 dollar en 2007 et 1,42 dollar pour 2008 et 2009, ainsi que sur un baril de Brent à 70,6 dollars en 2006, 78,8 dollars en 2008 et 76 dollars en 2009. Un ralentissement plus prononcé que prévu de la croissance aux Etats-Unis (la Commission envisage une hausse de 1,7% du PIB américain en 2008) et la persistance de dysfonctionnements dans certains segments des marchés financiers, s'ajoutent aux risques majeurs identifiés par la Commission: le renchérissement du baril de brut et des denrées alimentaires.
Sous l'effet de la hausse des prix du pétrole et des produits de base, l'inflation devrait quant à elle progresser lors des prochains mois, avant de retomber autour de 2% vers le milieu de 2008. De 2% en 2007 dans la zone euro, le taux d'inflation devrait atteindre 2,1% en moyenne en 2008 (2% à nouveau en 2009). Dans l'UE, il devrait passer de 2,3% cette année à 2,4% l'année prochaine (2,2% en 2009). Conscient que l'inflation « constitue une préoccupation toujours plus vive pour nos citoyens », le commissaire appelle à la vigilance pour que cette pression supplémentaire à court terme ne s'inscrive pas à plus long terme. A cet égard, les performances enregistrées en Lettonie, en Lituanie en Estonie ou en Bulgarie, qui présentent des chiffres d'inflation à la hausse sont inquiétantes. Si, dans la zone euro, la différence entre les pays où l'inflation est la plus faible et ceux où elle la plus élevée est moindre que dans l'ensemble de l'UE, la Grèce et la Slovénie affichent toutefois des taux supérieurs à 3 % pour l'année prochaine.
La croissance de l'emploi enregistrée jusqu'à présent devrait aussi se poursuivre avec 8 millions d'emplois créés entre 2007 et 2009, selon la Commission, qui mise désormais sur un repli du taux de chômage à 6,6% en 2009 dans l'UE (contre 6,8% en 2008 et 7,1% à 2007). Dans la zone euro, le taux de chômage devrait reculer de 7,3% en 2007 à 7,1% en 2008 et 2009. La croissance de l'emploi devrait ainsi contribuer à renforcer la consommation des ménages, devenue depuis le début d'année le principal moteur de la croissance.
Jusqu'ici l'investissement reste soutenu, mais il devrait s'essouffler, notamment en raison du ralentissement très net observé dans le secteur de la construction dans certains Etats membres, observe en revanche la Commission. Partant du principe que les troubles sur les marchés financiers vont graduellement disparaître, la Commission estime que l'économie mondiale peut continuer à croître au cours des deux prochaines années, alimentant les chiffres de croissance en Europe. « Les difficultés rencontrées sur les marchés financiers, la crise du crédit, le caractère plus volatil de l'environnement extérieur sont des faits, mais il faut que nous prenions en compte les fondamentaux de l'économie européenne qui sont toujours solides », a ainsi souligné M. Almunia.
Une interruption de l'effort d'assainissement des finances publiques en 2008
Si le déficit public moyen atteindra en 2007 son plus bas niveau depuis des années, aussi bien dans la zone euro (0,8% du PIB) que l'UE à 27 (1,1% du PIB), les chiffres pour 2008 et 2009 montrent une interruption de l'assainissement des finances publiques (respectivement 0,9% et 1 2%). En termes structurels, la baisse actuelle ne semble pas non plus devoir se prolonger l'année prochaine. La dette publique est sur une trajectoire descendante, puisqu'elle devrait atteindre 63,4% du PIB dans la zone euro en 2009 (contre 66,5% en 2007). Dans l'UE à 27, la dette publique passera sous le seuil de 60% dès cette année (59,5% du PIB) pour s'établir à 57% d'ici 2009.
« Nous ne nous attendons pas à des efforts de consolidation budgétaire supplémentaires », a déploré le commissaire, qui explique les résultats « très positifs » obtenus cette année à la fois par des effets d'aubaine et par une modération de l'évolution des dépenses publiques dans certains Etats membres. Si tous avaient procédé ainsi les résultats auraient été meilleurs, ne manque-t-il pas de rappeler, observant « une espèce de fatigue » des Etats membres sur la voie de la consolidation des finances publiques.
Il n'empêche qu'avec les prévisions actuelles, la zone euro ne comptera plus aucun pays en déficit excessif à la fin de 2007. Si la correction du déficit public italien n'est pas une surprise, les performances du Portugal devraient permettre au pays de revenir sous les 3% du Pacte de stabilité et de croissance (PSC) un an avant l'échéance prescrite. Pour sortir de la procédure pour déficit excessif, il faudra attendre d'avoir les chiffres définitifs pour 2007, c'est-à-dire les notifications d'avril prochain. La Commission ne pourra donc en toute hypothèse recommander de clore la procédure contre le Portugal qu'à partir de mai 2008. La situation en Allemagne est « aussi une bonne nouvelle », a répété M. Almunia, qui s'était déjà livré à un exercice d'évaluation des performances des uns et des autres à l'issue du dernier Eurogroupe (EUROPE
N° 9519). Berlin en tout cas semble en bonne voie pour respecter dès cette année son objectif à moyen terme, en parvenant à présenter un budget structurel équilibré.
Et de fustiger les performances française et italienne, deux pays où le déficit restera le même qu'en 2007 (respectivement -2,6% du PIB et -2,3% du PIB). Moins optimiste que le gouvernement français, la Commission table sur une croissance de 1,9% en 2007 et de 2% en 2009. « Il y a certes un élément positif au plan de la demande interne, mais nous pensons que la contribution du secteur extérieur ne s'améliore pas », a expliqué M. Almunia, qui examinera « avec beaucoup d'attention » le programme de stabilité français qui doit être envoyé d'ici le premier décembre. « Le jugement définitif sur les possibilités d'améliorer ces prévisions dépend de la crédibilité et de la réalité des réformes qui doivent être mises en œuvre », a-t-il ajouté. Pour l'Italie, les préoccupations du commissaire restent les mêmes. Avec la croissance la plus faible (1,4%) et la dette la plus élevée de la zone euro en 2008 (102,9%), le pays ne semble pas en mesure d'améliorer la qualité de ses finances publiques. (A.B.)