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Bulletin Quotidien Europe N° 9528
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) pe/culture

Le Parlement lance un appel pour une véritable politique en faveur du cinéma européen

Bruxelles, 22/10/2007 (Agence Europe) - Le monde culturel, et en particulier les professionnels du secteur du cinéma européen, ont lancé un appel au monde politique pour que la protection de la diversité culturelle européenne ne soit pas uniquement une déclaration de bonnes intentions mais soit traduite dans les faits grâce à des moyens suffisants et à une protection juridique qui donne à ses acteurs les moyens de la défendre. L'hégémonie américaine, le manque de ressources, le respect des minorités, les opportunités mais aussi le danger des nouvelles plates-formes numériques sont autant de sujets qui ont été abordés lors des « Rencontres du Parlement européen pour la diversité des cultures » organisées les 16, 17 et 18 octobre dans l'enceinte du Parlement, dans le cadre du Prix Lux qui doit récompenser le film qui, aux yeux des députés, comporte la dimension européenne la plus évidente (voir EUROPE n° 9517).

Dans son discours d'introduction, Viviane Reding a rappelé la richesse de la culture européenne, dont le cinéma est « mise en pratique », et déploré en même temps la difficulté qu'ont les œuvres à traverser les frontières nationales. L'Europe ne devra pas rater le coche de la numérisation qui sera un formidable instrument non seulement pour faire voyager les œuvres mais également pour le développement de l'industrie: « Les nouvelles technologies sont une chance pour notre créativité. Si on réussit à résoudre la problématique autour de la distribution du contenu en ligne, notre industrie peut croître de 400% ! », a souligné la commissaire européenne responsable de la société de l'information et des médias, en annonçant dans le même temps la publication à la fin de l'année d'une communication sur les contenus en ligne.

« Notre richesse est aussi notre difficulté. Chacun apporte avec lui un bagage différent, mais il y a un savoir commun, une identité commune, et notre plus grande douleur, c'est de ne pas le savoir », a fait remarquer le réalisateur français Cédric Klapisch lors de la première session intitulée « Une âme pour l'Europe: le cinéma européen ». Le député Henri Weber (PSE, français) a évoqué la grande différence entre le cinéma européen et le cinéma américain. Le premier s'adresse en priorité aux publics nationaux puis circule éventuellement au-delà des frontières. Le second s'adresse à « des mondes rassemblés sur un même continent » et même au reste du monde. Selon lui, si l'Europe continue à produire un cinéma très exigeant artistiquement parlant, il pourra survivre. Mais il est difficile de renverser une tendance actuelle: au Royaume-Uni, par exemple (mais c'est le cas dans tous les pays européens et même dans les pays d'autres continents), 90% des films distribués sont américains, 5% sont britanniques et 5% sont soit d'un autre pays européen, soit étrangers. Le réalisateur roumain Radu Mihaileanu a mis le doigt sur le financement: celui-ci doit être mixte car s'il émane uniquement du privé, le rendement sera le seul objectif recherché avec pour conséquence un cinéma uniformisé qui plaît aux masses.

La seconde session, intitulée « Le cinéma européen face à de nouveaux enjeux », a soulevé la question de la représentation de la diversité culturelle sur les écrans. Sue Caro, responsable de la diversité à la BBC, a expliqué l'extrême importance que la télévision publique britannique accorde à l'élaboration de programmes variés ciblant les différentes communautés ethniques du Royaume. De même, il existe des compétitions (Prix Iris qui récompense les meilleurs programmes multiculturels ou Prix Europa qui permet au meilleur programme télé ou radio d'être diffusé au-delà des frontières nationales) qui oeuvrent pour la diversité culturelle et la circulation des émissions. Mais, a souligné le panel, le vrai défi est Internet et le cinéma numérique. Si Internet permet aux communautés les plus éloignées du globe de se rejoindre sur le réseau, il a également créé une « monoculture », notamment à travers l'usage d'une langue dominante (l'anglais) et un style universel de communication. De même, le cinéma numérique, s'il permet une perfection de l'image et du son ainsi qu'une sérieuse économie du nombre de bobines jusqu'ici nécessaires pour distribuer un film, constitue une sérieuse menace pour le cinéma européen, en particulier les petits cinémas d'art et d'essai qui n'ont pas les moyens de s'équiper des appareils coûteux pour mettre leurs films sur un support numérique. Les Etats-Unis constituent, dans ce cadre également, une sérieuse menace car ils ont actuellement le monopole des brevets du seul système existant par lequel une salle de cinéma peut obtenir les films en format numérique. Le danger, a souligné Xavier Merlin, du Centre national de la cinématographie en France, est de se rendre dépendant des fabricants de solutions numériques auxquels on laisserait le pouvoir de choisir le contenu le plus rentable, au détriment de la diversité. Les nouvelles technologies facilitent, d'autre part, le piratage. Il faut lutter contre ce fléau en responsabilisant le public, et en particulier les jeunes et, d'autre part, développer des offres légales à des prix attractifs. Les fournisseurs d'accès doivent aussi être intégrés à la sphère de financement en aide aux créateurs, a souligné M. Merlin.

Les instruments existants pour « Protéger la diversité des cinémas » ont été évoqués dans le troisième et dernier panel. La Convention pour la diversité culturelle de l'UNESCO, ratifiée actuellement par 67 pays, majoritairement européens, est une bonne base pour renforcer le rôle de la culture, mais elle restera inefficace sans la volonté des Etats de la mettre en œuvre, a souligné Yvon Thiec, délégué général d'Eurocinéma. D'autre part, si les Etats membres l'ont ratifiée d'une seule voix, sous l'égide de la Commission européenne, ils ont déposé en même temps une clause de déconnexion, qui a une valeur juridique, stipulant que la Convention ne se substituera jamais au droit européen. Autrement dit, les dispositions sur la culture introduites dans le nouveau traité européen resteront la référence, et la Convention n'aura qu'une valeur symbolique, a expliqué Xavier Merlin. Le manque de cohérence des Etats membres qui, d'une part, veulent protéger la culture mais qui, d'autre part, dressent des barrières à son épanouissement, a été fustigé par certains députés: Doris Pack (PPE-DE, allemande), Marie-Hélène Descamps (PPE-DE, française) et Gérard Onesta (Vert français), vice-président du PE. La politique européenne en matière d'aides d'Etat, même si elle prévoit des exemptions pour le secteur culturel, freine considérablement le développement du secteur, ont-ils déploré. Les autorités publiques doivent en effet justifier très précisément les aides qu'elles comptent donner à leur cinéma, selon des critères jugés parfois absurdes, comme justifier, par exemple, qu'il s'agit d'un film « difficile ». « La diversité, ce n'est pas évident car chaque pays veut soutenir sa politique et elle doit se justifier devant les autorités de la concurrence. Les discussions tentent à réduire ce qui est culturel à une sorte de ghetto (…) Chaque pays a le droit de déterminer librement sa politique culturelle sans être lié aux diktats du monde économique », a déclaré Pascal Regard, directeur de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques.

Dans sa conclusion, M. Onesta a interpellé la Commission européenne, et en particulier son président José Manuel Barroso qui avait prononcé à Berlin, en novembre 2004, un discours éloquent sur la culture européenne, intrinsèquement liée au projet européen, et leur a demandé d'agir en faveur de l'élargissement des ressources financières au secteur de la culture pour accompagner le programme MEDIA 2007. « La culture est pourvoyeuse de millions d'emplois en Europe et pourtant elle reste le parent pauvre du budget », a-t-il déploré. (I.L.)

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