Bruxelles, 16/10/2007 (Agence Europe) - Semaine cruciale à Genève où les négociateurs des 151 pays membres de l'OMC tenteront de surmonter les divergences persistantes entre pays riches et en développement sur les modalités de libéralisation des échanges en agriculture et sur les produits industriels (NAMA). Après une nouvelle session du Comité de négociations agricoles, lundi 15 octobre, son président, Crawford Falconer, tiendra des consultations informelles durant la semaine avant une seconde réunion formelle vendredi. Le président du Comité de négociations sur les NAMA, Don Stephenson, a quant à lui prévu des consultations informelles pour tenter d'assouplir les revendications des pays en développement sur les NAMA. A Genève comme dans les capitales, une attention particulière sera également portée au sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Afrique du Sud, du Brésil et de l'Inde, mercredi 17 octobre à Pretoria.
Dans une prise de position commune aux groupes de négociation du NAMA-11 (emmené par l'Afrique du Sud, le Brésil et l'Inde), des ACP, des pays africains et des petites économies vulnérables, 110 pays en développement ont jeté un froid la semaine dernière en réclamant des modifications substantielles au texte de compromis de M. Stephenson sur les NAMA ainsi qu'à sa formule de réduction tarifaire qui, selon eux, exige des réductions en pourcentage plus grandes de leur part que ce qui est demandé aux pays développés. « Le round de Doha est un round pour le développement des pays en développement, en particulier des pays les moins avancés. On ne peut pas faire disparaître la centralité de l'agriculture d'un coup de bâton magique (…) Un progrès significatif dans ce domaine est critique pour établir un régime commercial équitable et obtenir un résultat équilibré de ce round », soulignent-ils dans leur déclaration. « L'agriculture détermine l'ambition du round. Les modalités sur les NAMA doivent s'articuler sur un résultat comparable à ce qui est réalisable en agriculture », poursuivent-ils avant d'ajouter: « L'aspect crucial de la formule ou de la modalité de réduction tarifaire est qu'elle doit exiger une réciprocité moins que totale dans les engagements de réduction (…) Selon ce principe, les engagements de réduction doivent être exprimés en pourcentages et être plus élevés pour les pays développés que pour les pays en développement (…)Les propositions qui cherchent à imposer des engagements de réduction aux pays en développement, y compris les économies vulnérables, plus élevés que ceux des pays développés ne peuvent être acceptées ». Le projet de compromis Stephenson sur les NAMA repose sur une « formule suisse » dotée de deux coefficients de réduction tarifaire distincts applicables aux pays riches et aux pays en développement avancé, ces coefficients se situant dans des fourchettes comprises entre 8 et 9 pour les premiers et entre 19 et 23 pour les seconds. Mais, si les pays développés exigent un coefficient de réduction tarifaire de 15 (contre 10 pour eux-mêmes) applicable aux pays en développement, la plupart des pays émergents réunis sous la bannière du NAMA-11 refusent de descendre en deçà d'un coefficient de 30, voire 35, applicable pour eux-mêmes. En revanche, le front des émergents n'est pas homogène puisqu'un groupe de 8 pays emmené par le Chili, le Mexique et Singapour, se sont dits prêts à concéder davantage sur les NAMA que les pays du NAMA-11.
Cette prise de position du monde en développement a aussitôt suscité des réactions alarmantes de l'UE et des Etats-Unis qui ont de nouveau appelé l'Afrique du Sud, le Brésil et l'Inde à réaffirmer, lors du sommet tripartite de Pretoria, leur engagement à conclure le round et à se rallier au compromis proposé par les médiateurs agricole et industriel à l'OMC. « Les pays en développement risquent de porter atteinte aux négociations qui sont proches d'un moment de vérité et qui ont déjà été retardées longtemps », a averti le commissaire au Commerce Peter Mandelson le 11 octobre dernier. « Le rejet du texte de compromis sur les NAMA par des pays émergents leaders comme l'Afrique du Sud, le Brésil et l'Inde, pourrait causer des dommages terribles au processus de négociation en cours et le vider de la confiance et de l'élan qui lui reste », a-t-il poursuivi, estimant que si les économies les plus vulnérables ont réellement besoin de protection, les économies les plus compétitives comme l'Inde doivent seulement faire face à une ouverture modeste de leurs économies selon le projet de compromis actuellement sur la table. « La formule de réduction tarifaire sur les NAMA s'applique seulement à 30 pays en développement. On leur demande une contribution modeste: consolider leurs tarifs encore non consolidés à l'OMC ; réduire leurs pics tarifaires ; consolider leurs droits aux niveaux auxquels ils sont actuellement appliqués. Tandis que les autres pays en développement feraient des coupes de 1 ou 2% sur 10 ans. Si cela n'est pas modeste, je ne sais pas ce qui l'est », a-t-il conclu.
A Genève, on attend désormais un nouveau texte de compromis révisé sur l'agriculture et les NAMA au début ou à la mi-novembre. Du côté des négociations sur les services, les choses bougent. S'exprimant lundi à la London School of Economics dans le cadre d'une conférence organisée par le Forum européen des services, Pascal Lamy a réaffirmé l'importance des services dans le cadre du round de Doha. Avec une part de 68% du PIB mondial et un montant d'échanges mondiaux qui a atteint 2 800 milliards de dollars en 2006, les services ont un « poids aussi important » dans les négociations que l'agriculture et l'industrie, a insisté le directeur général de l'OMC. (E.H.)