Bruxelles, 28/09/2007 (Agence Europe) - A trois mois du 1er janvier 2008, date-butoir fixée par l'OMC pour l'entrée en vigueur des accords de partenariat économique (APE) négociés entre l'UE et six sous-ensembles régionaux ACP (Afrique/Caraïbe/Pacifique), la guerre des arguments bat son plein entre adversaires et partisans des APE. Rappelons que ces accords préparatoires au libre-échange sonneront le glas des préférences unilatérales dont jouissent actuellement les Etats ACP pour leur accès au marché européen.
Le 27 septembre - journée mondiale de mobilisation contre les APE (EUROPE n° 9509 et 9505), plus de cent représentants d'organisations membres de la campagne anti-pauvreté - ONG de développement, organisations paysannes et réseaux syndicaux d'Europe et des pays ACP - sont venus manifester devant le siège de la Commission européenne, à Bruxelles, pour dénoncer l'injustice d'accords commerciaux jugés contraires au développement de pays parmi les plus pauvres au monde. Une occasion pour eux de célébrer le cinquième anniversaire des négociations en cours, en disant « non » aux APE, « non » à des accords de libre-échange qui vont ouvrir les marchés ACP à une concurrence dévastatrice des exportations de l'UE et conduire à l'accroissement des inégalités sociales et de la pauvreté par la destruction des industries locales et de l'agriculture vivrière. Le même jour, 200 organisations de plus de 40 pays ont organisé des événements dans l'UE et les pays ACP. De Port au Prince à Fidji, de Ouagadougou à Copenhague, des milliers de travailleurs, agriculteurs, manifestants ont donné de la voix pour tenter d'empêcher la signature des APE.
Les commissaires européens Peter Mandelson (Commerce) et Louis Michel (Développement) ont aussitôt réagi par la publication d'une lettre ouverte. Dans l'espoir d'apaiser les craintes, la lettre rappelle les arguments inlassablement répétés: - la date-butoir du 1er janvier 2008 pour l'instauration d'arrangements commerciaux compatibles avec les règles de l'OMC ne peut être manquée si l'on veut garantir que les pays ACP conserveront le meilleur accès possible au marché de l'UE, sans avoir à redouter l'attaque, à l'OMC, des pays en développement qui ne sont pas des ACP ; - les APE sont conçus pour aider les pays ACP à construire des « économie plus fortes », « mettre un terme à leur dépendance à l'égard des préférences commerciales et du commerce des produits de base », créer des opportunités pour les entreprises locales, attirer de nouveaux investissements et construire des marchés régionaux forts. «Ces accords transformeront une relation commerciale fondée sur la dépendance en une relation fondée sur la diversification économique et des économies de la croissance », gages d'intégration progressive dans l'économie mondiale ; - le libre-échange n'interviendra pas au 1er janvier 2008, mais progressivement ; - l'UE n'est pas en train de mettre la pression sur les ACP pour conclure les négociations cette année: « au contraire, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour être aussi flexibles que possible », déclarent les deux commissaires ; - il est erroné de croire que le « SPG Plus » (qui ouvre droit à des préférences supplémentaires au SPG) pourrait constituer une alternative aux APE puisque aucun pays ACP, susceptible d'être éligible, n'a ratifié et mis en œuvre les accords clés internationaux sur le travail et le développement durable. « Appeler à la fin des négociations sur les APE quand il n'y a pas d'alternative crédible, c'est jouer au poker avec les moyens de subsistance de ceux que nous croyons aider », précise la lettre ouverte.
Oxfam International se réjouit que MM. Mandelson et Michel aient apporté une réponse aux préoccupations exprimées mais souligne que la lettre ouverte échoue à « dissiper certaines préoccupations fondamentales ». L'ONG précise: « La flexibilité proclamée de l'UE est démentie par son comportement dans les négociations puisqu'elle continue à insister sur la date-butoir et réitère ses exigences dans des domaines comme les services, les investissements et les marchés publics qui auraient des implications négatives pour le développement ». Selon Oxfam, très peu de pays ACP seront prêts à signer un APE avant la fin de l'année, et aucun d'entre eux ne doit être contraint à le faire. « Des alternatives viables doivent être envisagées, au moins pour la période transitoire jusqu'à la conclusion des négociations, parce que c'est ce qui avait été prévu au début de ce processus ».
A l'opposé, donc sur la même ligne que la Commission, Eurochambres voit dans ce mouvement anti-APE une « campagne de mystification et de diabolisation menée avec fanfare par les mouvements sociaux et les ONG ». Dans un communiqué, l'association des Chambres européennes de commerce réitère son soutien aux APE, estimant que le commerce est au cœur même du développement. « Le développement durable ne peut être réalisé que par le renforcement des économies africaines et les bénéfices qu'elles retireront à long terme de leur intégration dans le système commercial global. Les APE sont le meilleur instrument pour démarrer ce processus en favorisant l'intégration régionale et en rendant ainsi les marchés élargis plus attractifs pour les investissements », déclare son président, Pierre Simon. Il ajoute: « La coopération entre l'UE et les pays africains ne signifie pas seulement des revenus pour les parties impliquées, mais aussi le transfert de « know how ». Les investissements des entreprises de services contribueront de manière significative à un secteur des services plus efficace dans les pays ACP, ce qui bénéficiera à toutes les autres entreprises de la région ». Eurochambres se dit déçue que « de nombreuses ONG gâchent les opportunités d'un dialogue constructif par des déclarations populistes anti-APE qui ne sont d'aucun secours pour personne ». Tous les paris sont ouverts sur la capacité qu'auront les négociateurs à trouver, au-delà des arguments contradictoires, une solution satisfaisante pour tous: ACP, UE, OMC. (an)