Mieux que prévu. Le Sommet Union européenne-Brésil qui s'est déroulé à Lisbonne a obtenu et même dépassé les résultats escomptés. Ces résultats peuvent être ainsi synthétisés:
1. Relance des relations politiques. La rencontre entre le président Lula da Silva et les autorités européennes a été chaleureuse. Il est vrai que dans les rencontres de ce genre tout le monde s'embrasse et la rhétorique joue son rôle. Mais cette fois-ci la cordialité était une exigence ressentie des deux côtés, parce que trop de négociations précédentes avaient mal tourné, que ce soit à propos de la zone de libre-échange UE/Mercosur ou des concessions respectives dans le Doha round). Les liens historiques, culturels et autres qui unissent le Brésil et l'Europe sont tels que la froideur des rapports n'était pas acceptable.
2. Des objectifs réalistes. La création, entre l'UE et le Mercosur, de la zone de libre-échange la plus étendue du monde n'est même pas citée dans la déclaration commune finale. La conclusion d'un accord UE/Mercosur est évoquée, mais avec un objectif raisonnable, celui d'«approfondir les flux d'échanges et d'investissements de région à région ». C'est souhaitable et possible, même si la situation interne du Mercosur n'incite pas à l'optimisme.
3. Modération à propos du Doha round. Le ton est enfin raisonnable et équilibré. Le résultat recherché est un accord «ambitieux et équilibré, conforme aux objectifs de développement du round et qui stimule de façon significative les flux d'échanges de produits agricoles, de produits manufacturés et de services», impliquant des « règles efficaces pour le commerce». Ces termes ont été de toute évidence pesés mot à mot, en mettant sur le même plan les échanges agricoles, industriels et de services, et n'oublient pas de citer les règles commerciales. L'ensemble se prête, c'est évident, à différentes interprétations. Le président Lula da Silva a été sage et modéré, en indiquant à la presse l'exigence que le Doha round apporte au moins un petit bénéfice aux pays pauvres, et en se déclarant disposé à faire preuve de souplesse. C'est encourageant, face aux déclarations de ceux qui continuent à considérer l'ouverture totale des échanges agricoles comme avantageuse pour les pays pauvres, alors qu'ils en seraient les principales victimes. Je reviendrai sur des déclarations récentes en provenance d'Afrique et d'Inde, qui prouvent une prise de conscience croissante de cette vérité que les pays grands exportateurs et le grand commerce rechignent à reconnaître. Lula da Silva a fait preuve de sagesse ; les négociateurs brésiliens au Doha round seront-ils aussi sages ?
4. L'alliance stratégique bilatérale. La déclaration finale du Sommet établit un programme ambitieux de collaboration: «dialogue au plus haut niveau» sur la politique étrangère ; poursuite des dialogues sectoriels existants sur le transport maritime, la science, la technologie, la société de l'information ; amélioration du dialogue sur l'environnement et le développement durable ; lancement des dialogues sur l'énergie , le développement régional, l'emploi et les affaires sociales, la culture et l'éducation ; mécanisme de consultation régulière sur les politiques sanitaire et phytosanitaire.
On pourrait s'interroger: les «dialogues» représentent-ils un instrument suffisant pour créer un partenariat véritable? Tout dépend de la volonté politique des partenaires, et de la nature concrète des dossiers et des discussions. Les domaines cités couvrent des aspects essentiels de la coopération euro-brésilienne , tels que la politique maritime, l'environnement (impliquant la protection de l'Amazone) et surtout l'énergie: une convergence de vues sur les biocarburants pourrait ouvrir la voie à des accords de coopération industrielle et commerciale de grande envergure (voir le point suivant), si la volonté (inscrite dans le texte) se concrétise de «coopérer pour garantir la production, l'utilisation et le développement durable de toutes les formes d'énergie, y compris les biocarburants, et pour promouvoir les sources d'énergie renouvelables».
5. La conférence de Bruxelles sur les biocarburants (qui a fait suite au Sommet de Lisbonne). La déclaration du président Lula da Silva à cette conférence a été extrêmement brillante et en bonne partie convaincante, en réponse aux nombreuses critiques dont son pays a fait, et fait encore, l'objet en tant que grand producteur et grand exportateur de biocarburants. Du côté européen, on a fait valoir aussi les contre-indications qui minent les excès de production. Le président brésilien a assuré que son pays a pris ou est en train de prendre les précautions et contre-mesures adéquates. C'est une affaire colossale qui peut déterminer en large partie l'avenir écologique, énergétique et alimentaire du monde, sur lequel les opinions continuent en partie à diverger, et qui mérite dès lors un commentaire spécifique.
(F.R.)