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Bulletin Quotidien Europe N° 9451
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échec des négociations du G-4 à Potsdam - Peter Mandelson refuse de l'interpréter comme une « épreuve de force » Nord-Sud

Bruxelles, 21/06/2007 (Agence Europe) - Le silence radio était de rigueur à Potsdam, en Allemagne, où étaient réunis à huis clos depuis mardi les négociateurs en chef du G-4, le commissaire au Commerce Peter Mandelson et ses homologues américain, brésilien et indien, respectivement Susan Schwab, Celso Amorim et Kamal Nath, et où les médias étaient tenus à l'écart des discussions. Il s'est soudainement brisé jeudi après- midi lorsque les négociateurs indien et brésilien ont décidé de se retirer prématurément des négociations. « Il était inutile de poursuivre les négociations compte tenu de ce qui est sur la table », a déclaré M. Amorim lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue indien chef de file des pays émergents du G-20. Le négociateur brésilien a en outre précisé que l'agriculture, principale pierre d'achoppement des négociations de Doha lancées en 2001, était « à l'origine de l'échec » de la réunion de Potsdam prévue pour s'achever samedi.

L'enjeu des discussions était énorme puisqu'il s'agissait pour le « quatre majeur » de trouver un compromis intermédiaire sur les modalités de libéralisation des échanges agricoles et sur les produits manufacturés (NAMA) qui aurait servi de base à un accord multilatéral. Il est désormais difficile d'imaginer comment les 150 pays membres de l'organisation multilatérale pourraient boucler le round d'ici fin 2007 en concluant un accord global au mois de juillet.

Des progrès insuffisants pour une convergence d'ensemble…

« Nous avons couvert un vaste ordre du jour et sommes allés sur tous les terrains de la négociation. Nous ne sommes pas parvenus à la convergence sur l'ensemble des dossiers mais nous avons accompli des progrès sur quelques questions comprenant l'accès au marché et les subventions agricoles, la concurrence à l'exportation et les subventions à l'exportation. Nous avons également eu de bonnes discussions relatives aux services, aux règles », a pour sa part affirmé Peter Mandelson dans une déclaration publiée à l'issue des travaux. Des progrès toutefois insuffisants pour permettre aux membres du G-4 de converger sur « les grands nombres du triangle soutiens internes/accès au marché agricole/accès au marché industriel (NAMA) », a-t-il ajouté. Le commissaire au Commerce estime toutefois que les membres du G-4 sont désormais sur « un terrain d'entente assez large » sur le volet agricole pour parvenir à un compromis qui soit « juste pour les pays en développement et à la limite de ce que l'Union peut faire ».

« Mais nous ne pouvons pas négocier avec nous-mêmes », regrette M. Mandelson, qui déplore l'opacité dans les négociations sur les produits industriels, volet dans lequel il n'existe, selon lui, « pas de terrain d'entente comparable » et « sans lequel il ne serait pas possible de trouver un trade off raisonnable ». « Nous avons été invités à mettre sur la table notre dernière meilleure offre agricole tout en sachant que cela n'amènerait rien en retour dans les limites de notre mandat de négociation et dans le cadre d'un effort proportionnel consenti par tous les membres G-4 », ajoute le commissaire au Commerce.

Et un refus des pays émergents de contribuer au DDA, selon Peter Mandelson

« Il s'agit d'un round consacré au développement. Les pays en voie de développement - mais seulement ceux en mesure de le faire - devraient faire moins d'efforts et recevoir plus que les pays développés. Dans le cas des PMA, c'est un round gratuit. Mais, alors qu'en Europe, nous sommes disposés à payer beaucoup - et plus que d'autres - nous ne pouvons pas donner sans rien en retour. Il ressort des discussions sur les NAMA que nous n'avons pas été en mesure de constater des changements significatifs concernant les droits de douane des économies émergentes qui soient un juste retour de ce que nous payons pour le round », poursuit M. Mandelson, avant d'ajouter: « J'aurais espéré que cela ne soit pas le dernier mot échangé lors du G-4 ».

Le commissaire au Commerce refuse d'interpréter cet échec comme « une épreuve de force Nord-Sud ». « Le monde développé et les pays émergents doivent créer des trade-offs pour les pays les plus démunis (…). Cela signifie abaisser les tarifs douaniers dans le monde développé et les réduire, dans une juste proportion et avec un délai plus long, dans les pays en voie de développement qui sont en mesure de le faire. [Une concession] qui, par ailleurs, aiderait ces pays [les pays émergents, NDLR] à stimuler leur propre croissance et réformes économiques à l'avenir », conclut M. Mandelson avant de confirmer qu'il présentera aux ministres du Commerce de l'Union les résultats du G-4 lundi à Luxembourg.

Flexibilité européenne et rigidité indienne, de source diplomatique

Sous couvert d'anonymat, plusieurs fonctionnaires et diplomates avaient donné à l'agence Associated Press, dans la nuit de mercredi à jeudi, quelques éléments sur l'évolution des discussions en cours depuis mardi. D'après ces informations, les négociateurs ont d'abord abordé mardi le dossier des soutiens internes américains à l'agriculture. Alors que le Brésil et les Etats-Unis s'étaient jusqu'à présent toujours montrés en désaccord sur le degré des concessions attendues (Brasilia souhaite que les dépenses annuelles pour les aides internes américaines soient plafonnées dans une fourchette comprise entre 12 et 15 milliards de dollars contre une offre de Washington s'élevant à 22 milliards de dollars), les positions de M. Amorim et Mme Schwab auraient été beaucoup plus proches que ce que les deux pays ont annoncé publiquement. Mercredi matin, l'Union s'est montrée plus flexible en matière d'accès au marché agricole en se disant prête à réduire ses tarifs douaniers les plus élevés de 70%, soit 10 points de plus que dans son offre d'octobre 2005. Elle a néanmoins souhaité que ses produits sensibles (produits laitiers, bœuf et volaille) ne soient sujets qu'à hauteur d'un tiers de cette réduction, soit 23,3%. L'Inde se serait, pour sa part, montrée moins flexible sur ce dossier en exigeant de maintenir à 20% la liste de ses produits spéciaux (produits sensibles pour les pays en développement). Dès mercredi après-midi, les discussions ont calé sur le volet des NAMA, le Brésil et l'Inde se montrant peu flexibles sur cette question en proposant, sous la formule « suisse » complexe utilisée pour déterminer les réductions tarifaires sur les NAMA, d'adopter un coefficient de 30 contre celui de 35 récemment défendu par M. Amorim. Les pays développés, l'Union et les Etats-Unis en tête, souhaitent limiter à 10% pour eux-mêmes et à 15% pour les pays en développement le montant maximum des droits de douane sur les NAMA. (eh)

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