Bruxelles, 18/04/2007 (Agence Europe) - Une délégation de parlementaires européens n'a pas hésité à critiquer mardi 17 avril, devant le Congrès américain à Washington, les activités illégales de la CIA en Europe. Des députés de la commission des libertés civiles du Parlement, qui avaient rendu en février un rapport critique sur les méthodes de la CIA dans la lutte contre le terrorisme, ont déclaré devant une commission d`enquête du Congrès américain que les pratiques de l`agence de renseignement consistant à transférer secrètement des détenus de pays européens vers des pays où ils peuvent être torturés étaient illégales. Les députés ont également réagi, devant deux sous-commissions des Affaires étrangères du Congrès, aux critiques formulées à leur encontre par le directeur de la CIA, Michael Hayden, qui avait, en privé devant des responsables européens, accusé le rapport d'exagérer fortement l`étendue du recours à la méthode des vols et des prisons secrets pour les terroristes présumés. Pour les députés européens, cette pratique s'avère être « un instrument illégal utilisé par les Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme », a affirmé le rapporteur de la commission d'enquête du PE sur les activités de la CIA, Claudio Fava (PSE, italien), aux membres du Congrès américain. « Pour nous, en tant que parlementaires européens, la notion même de 'remise' ou d''extradition' réalisée en dehors du contrôle d'une quelconque autorité judiciaire sur le territoire de l'UE est un abus de la Convention européenne des droits de l'Homme », a déclaré, selon AP, Jonathan Evans (PPE-DE, britannique), président de la délégation européenne qui visitait Washington. De son côte, la vice-présidente de la commission d'enquête du Parlement, Sarah Ludford (ALDE, britannique), a vivement critiqué cette pratique, jugée non seulement illégale mais contre-productive. « Beaucoup d'entre nous sont immensément inspirés par les valeurs constitutionnelles des Etats-Unis, et très troublés par les importants dégâts faits à la réputation et à la crédibilité des Etats-Unis de par les abus des droits de l'Homme de ces cinq dernières années et de leur efficacité en matière d'antiterrorisme », a-t-elle déclaré. Le député démocrate William Delahunt a indiqué que cette pratique de restitution était perçue comme une « hypocrisie » dans la mesure où elle empêche les Etats-Unis de parler de manière crédible à propos du respect de la démocratie et de l'Etat de droit dans le monde. En revanche, le député républicain Dana Rohrabacher a estimé que les restitutions étaient une méthode parfaitement acceptable devant être utilisée pour protéger les citoyens de tous les pays face à un nouveau type de guerre. Il a par ailleurs fustigé la partie du rapport du PE qui mentionne le procès en juin de 26 personnes en Italie, dont plusieurs agents américains de la CIA, à propos de l'enlèvement d'un imam radical à Milan, en 2003 (EUROPE n° 9376). « Des personnes nous défendent et mettent leur vie en péril et pourtant, le fait de les traduire devant des Cours étrangères et de les jeter en prison pour avoir fait ce que notre gouvernement leur a demandé de faire, notamment en coopération avec ces mêmes gouvernements européens, c'est une parodie. Nous devrions les soutenir plutôt que d'essayer de rendre leur travail plus difficile », a-t-il dit, selon Voice of America.
Le rapport du PE avait accusé la Grande-Bretagne, la Pologne, l`Italie et d`autres pays d`avoir mis leurs aéroports à la disposition de la CIA, pour que celle-ci transporte des terroristes présumés vers des prisons secrètes dans des pays tiers, où ils ont pu être torturés (Rapport sur la CIA, voir EUROPE n° 9366). (bc)