Bruxelles, 12/04/2007 (Agence Europe) - La Banque centrale européenne (BCE) a maintenu jeudi les taux d'intérêt de la zone euro à leurs niveaux précédents. Le taux de soumission appliqué aux opérations de refinancement reste donc à 3,75 %, le taux d'intérêt de la facilité de prêt marginal à 4,75 %, et celui de la facilité de dépôt à 2,75 %. Après la hausse intervenue le mois dernier (EUROPE n° 9382), ce statu quo était attendu par les acteurs du marché, qui tablent sur un nouveau resserrement monétaire en juin. « Je ne dirais rien aujourd'hui qui viserait à changer les anticipations pour le mois de juin », a indiqué Jean-Claude Trichet à l'issue de la réunion du Conseil des gouverneurs, renforçant ainsi les attentes des marchés. La BCE suivra de « très près » l'évolution de la situation, a aussi précisé son Président. En ne recourant pas au terme de forte vigilance, qui est généralement utilisé pour signaler une hausse imminente, il laisse donc entendre que celle-ci n'est pas envisagée pour le mois de mai.
Les informations disponibles étayent le raisonnement de notre décision de relever les taux en mars et confirment que des risques à la hausse continuent de peser sur la stabilité des prix à moyen terme, avait initialement indiqué M. Trichet. Un « suivi attentif est nécessaire » et la BCE continuera à « agir fermement et opportunément » pour éviter tout risque pour la stabilité des prix, a-t-il poursuivi, estimant qu'actuellement la politique monétaire de la zone euro « continue d'être du côté accommodant » avec des taux directeurs modérés, une croissance du crédit et de la monnaie vigoureuse et des liquidités abondantes dans la zone euro.
La croissance robuste en 2006 (2,7% pour la zone euro - voir autre nouvelle) se poursuit au premier semestre 2007, a expliqué M. Trichet. En effet, la demande intérieure, « relativement forte » dans la zone euro, devrait se maintenir, l'investissement devrait conserver sa dynamique, et la consommation devrait « se renforcer avec le temps », conformément à l'évolution du revenu disponible et à la croissance de l'emploi. A plus long terme les risques sont néanmoins à la baisse, notamment en raison de « craintes d'une montée des pressions protectionnistes, la possibilité de nouveaux renchérissements des prix du pétrole et d'une évolution désordonnée des déséquilibres mondiaux ». A ce stade, « non je ne peux pas vous dire qu'il faut réviser le potentiel de croissance de la zone euro vers le haut », a répondu M. Trichet, interrogé sur les estimations publiées par d'autres organisations internationales, notamment celles du Fonds monétaire international (FMI). Si ce dernier estime que la croissance européenne pourrait légèrement dépasser la croissance américaine cette année, M. Trichet s'en est tenu aux chiffres actuels, qui évaluent la hausse du PIB entre 2,1% et 2,9% pour 2007 et entre 1,9% et 2,9% pour 2008. Les prochaines projections de ses services seront disponibles en juin.
Les risques pour l'inflation sont en revanche toujours orientés à la hausse. Principal élément en cause, une éventuelle évolution des salaires plus importante que prévu. De 1,9% en mars 2007, le taux d'inflation en rythme annuel de la zone euro devrait baisser dans les mois à venir, avant de remonter vers la fin de l'année pour s'établir à nouveau autour de 2%, a répété le Président de la BCE, qui observera avec « une attention particulière » les négociations salariales dans les pays de la zone euro. « Nous exhortons les partenaires sociaux à autant de responsabilité que possible en tenant compte de situations qui ne sont pas forcément identiques », a reconnu M. Trichet, même si « pour l'ensemble de la zone euro nous pouvons certainement dire que nous suivrons de très près ce qui se produira dans ce domaine ». La modération salariale reste essentielle si nous voulons préserver le pouvoir d'achat de ces salaires, a-t-il analysé, en rappelant que la tranche de la population la plus exposée à l'inflation est constituée des plus démunis. (ab)