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Bulletin Quotidien Europe N° 9386
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/declaration de berlin

Les parlementaires veulent, comme la présidence du Conseil et la Commission, un texte court, compréhensible et abordant les défis d'avenir - Critiques sur la méthode choisie par la Présidence allemande pour négocier le texte

Strasbourg, 14/03/2007 (Agence Europe) - Notre débat ce matin montre que ce ne sera pas « si facile que ça » que de rappeler, dans une déclaration de deux pages, les « valeurs » communes de l'Europe, a estimé le président du Conseil de l'UE, Frank-Walter Steinmeier, en conclusion de la discussion du 14 mars, avec les parlementaires européens, au sujet de la Déclaration de Berlin que doivent adopter le 25 mars Conseil, Commission et Parlement à l'occasion du 50ème anniversaire du Traité de Rome. Pourtant, ces « valeurs » étaient l'un des points sur lesquels la plupart des orateurs étaient d'accord, à l'exception notable de divers eurosceptiques. Certains députés ont critiqué la méthode choisie par la Présidence allemande pour négocier ce texte, la jugeant insuffisamment ouverte, alors que la vice-présidente de la Commission européenne Margot Wallström l'a défendue, en affirmant qu'on ne peut pas négocier un texte de deux pages avec 450 millions de citoyens, mais il y a eu discussion publique au sujet de la Déclaration de Berlin, et vous, les élus européens, vous devez être à l'écoute des électeurs, « l'oreille collée au sol » (à ce sujet, voir aussi EUROPE N.9385). Pratiquement tous les chefs des groupes politiques ont insisté à la fois sur la nécessité de rappeler les conquêtes de cinquante ans d'intégration européenne et les défis de l'avenir, mais seulement quelques-uns ont explicitement cité la Constitution européenne: les anti-européens l'ont fait pour la proclamer morte et enterrée, le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, pour exiger: nous, Parlement européen, devons réitérer que le traité constitutionnel doit devenir une réalité. Ce qu'a fait aussi le social-démocrate allemand Jo Leinen, en estimant qu'il faut reconnaître que les traités actuels ne suffisent pas, et se prononcer pour « le nouveau traité ». Et d'espérer que la Présidence allemande aura, sur ce point, le même courage dont elle a fait preuve, lors du Conseil européen des 8 et 9 mars, concernant la protection du climat. Quant au président du Conseil et à la Commissaire Wallström, ils ont jugé le succès du Sommet de printemps à ce sujet très encourageant pour la négociation sur la Déclaration de Berlin.

En ouvrant le débat, M. Pöttering, qui signera la Déclaration à Berlin avec les présidents des autres institutions, s'est félicité que la rencontre de Berlin ne soit pas simplement une réunion entre gouvernements, et a esquissé ce qui, selon lui, devrait figurer dans ce texte: les « conquêtes » fondamentales de cinquante ans de construction européenne, les éléments qui sont à la base de cette construction (notamment la méthode communautaire), les valeurs essentielles de l'UE (en particulier la dignité humaine et le principe de solidarité, qui doit s'exprimer aujourd'hui concrètement aussi dans un domaine comme l'énergie), les défis d'avenir (énergie, climat, politique de sécurité, sécurité intérieure, cohésion sociale). Jo Leinen a souhaité lui aussi que la « méthode communautaire » soit évoquée dans la Déclaration de Berlin, là où il s'agira d'expliquer « ce que l'UE a de spécial »: cette méthode doit devenir la règle aussi pour les «deuxième et troisième piliers », a-t-il affirmé, applaudi par ses collègues. Cette notion est très familière aux « professionnels de l'Europe », mais elle est moins compréhensible pour l'opinion publique, a commenté M. Steinmeier, et M. Pöttering a suggéré que la déclaration pourrait, par exemple, parler de « la force des institutions européennes ».

Dans son intervention, Frank-Walter Steinmeier a insisté lui aussi sur la nécessité que la Déclaration de Berlin tourne à la fois « le regard vers le passé et vers l'avenir », un passé dont nous pouvons être fiers, a-t-il ajouté, en notant le rôle joué au fil des années par le Parlement européen, qui a rendu possibles beaucoup de progrès, et en particulier « plus d'intégration, plus de démocratie, plus de transparence ». Le 25 mars devrait être la journée de la confiance et de l'optimisme, a estimé le ministre allemand des Affaires étrangères, pour qui le Conseil européen de la semaine dernière a montré que même une Europe à 27 est capable d'agir et d'offrir des solutions aux défis de l'avenir. La déclaration de Berlin, qui « n'est pas encore définitivement prête », devra être un texte court, compréhensible pour les citoyens, a-t-il répété. En assurant que la Présidence allemande tiendra compte de la teneur du débat au Parlement, M. Steinmeier a indiqué que la Déclaration de Berlin: - appréciera, dans une première partie, ce que la construction européenne a permis en cinquante ans: paix, stabilité, bien-être, et aussi « le dépassement de la division du continent ». Sans la « volonté de liberté » de nos concitoyens d'Europe de l'Est, ceci n'aurait pas été possible, et la déclaration le dira, a tenu à souligner M. Steinmeier ; - évoquera, parmi les réussites de l'Europe, les principes qui sont à la base de son fonctionnement: démocratie, transparence, subsidiarité, égalité entre Etats membres… Des principes dont nous pouvons être fiers et qui peuvent servir d'exemple pour la « coopération régionale » d'autres pays: - énoncera les valeurs fondamentales européennes: solidarité, liberté, responsabilité, tolérance, respect pour l'autre, car l'Europe est « plus qu'un espace économique commun », et ces valeurs lui permettent de fonctionner comme « entité politique » ; - évoquera les « tâches pour l'avenir », parmi lesquelles figurent l'énergie, le climat, la politique de sécurité et de défense, ainsi, que , « bien sûr », la lutte contre le terrorisme (dans le respect des droits de l'homme), une approche commune face à l'immigration illégale (là, le vice-président du groupe des Verts, Daniel Cohn-Bendit, l'a accusé d'oublier « les 50 millions d'immigrés illégaux qui vivent chez nous et qui voudraient avoir davantage de droits »), le modèle de société européen. L'Europe a « un visage social », et lors de leur discussion de la semaine dernière les chefs d'Etat et de gouvernement ont insisté là-dessus, a précisé M. Steinmeier. Et, en notant que « le processus de réforme et de renouveau » européen va se poursuivre, et qu'il y aura des élections européennes dans deux ans, il a estimé: les électeurs ont le droit de savoir de quelles instruments nous disposons pour mener à bien toutes ces tâches, et nous souhaitons donc que la Déclaration de Berlin comporte « un engagement commun » d'en créer les prémisses.

Nous devons montrer que l'Europe « tourne le regard vers l'avant », que nous voulons « une Union meilleure et plus forte » dans l'intérêt des citoyens, a enchaîné Margot Wallström, qui a constaté que « nous sommes d'accord » d'avoir une déclaration brève, « accessible », « concrète mais pas trop spécifique » qui reconnaît nos réussites mais se tourne vers l'avenir, soulignant ce qui rend l'Europe « spéciale ». Selon elle, le succès du Sommet de printemps montre que « nous ne devrions pas être timides », et la Déclaration de Berlin devrait souligner « le génie de l'UE », capable de garder le « juste équilibre entre le général et le particulier, le commun et l'individuel ». Nous devrons aussi dire que l'élargissement a été un plus pour l'UE, et qu'il continuera à l'être, a estimé la Commissaire, en ajoutant que l'UE n'est pas « obsédée » par les problèmes institutionnels ; si elle s'inquiète de ses institutions, c'est parce qu'elle veut qu'elles fonctionnent bien.

Notre famille politique joue depuis toujours un rôle central en faveur de l'intégration européenne, a rappelé Joseph Daul, président du groupe PPE-DE, qui a voulu rendre un « hommage admiratif et affectueux » aux Européens qui ont vécu cinquante ans « sous le joug communiste ». 2007 n'est pas seulement le 50ème anniversaire du Traité de Rome, c'est aussi le 60ème anniversaire du Plan Marshall, et sans l'aide des Etats-Unis, ni la Déclaration Schuman ni le Traité de Rome n'auraient vu le jour, a affirmé l'élu de l'UMP. Martin Schulz, président du groupe socialiste, a le sentiment que « nous sommes à une croisée des chemins », soit on garde le cap de l'intégration européenne, soit on va vers la « renationalisation ». Et « même dans cette maison », il y a « les propagandistes de la haine », s'est plaint le social-démocrate allemand, qui s'est interrogé sur la désaffection de la jeune génération face à l'Europe. Nous devons donner aux jeunes des réponses concrètes, leur dire qu'en Europe ils ont une chance d'être formés et éduqués et d'avoir un emploi décent, qu'ils peuvent donner de telles perspectives à leurs enfants, s'est exclamé M. Schulz. Si vous dites cela, ça veut dire que l'intégration européenne, après cinquante ans, n'a pas produit un tel résultat, lui a rétorqué Bruno Gollnish, président du groupe Identité, tradition et souveraineté, pour qui l'Europe, « en ouvrant de manière indiscriminée ses frontières », a créé du chômage, de la pauvreté et de la précarité: nos industries « sont ruinées les unes après les autres, notre agriculture est condamnée à l'horizon 2013, même nos services sont en sursis », a clamé l'élu du Front national français. Au contraire, pour Graham Watson, président du groupe ALDE, la Déclaration de Berlin offre l'occasion d'expliquer aux citoyens pourquoi l'UE est plus nécessaire que jamais. Donnez-nous un texte « court et simple », du type qu'on pourrait « clouer sur la porte d'une église », a dit à Angela Merkel le libéral démocrate britannique, qui a répété: une déclaration de deux pages, c'est une page de trop, et le Comité des Régions fait une déclaration en neuf points qui « dit tout ». Cristiana Muscardini, coprésidente du groupe UEN, a évoqué à plusieurs reprises la Déclaration Schuman, et a plaidé pour « la reprise du débat pour un nouveau Traité », car l'UE à 27 ne peut pas fonctionner avec des règles « déjà trop étroites pour l'Europe à quinze ». Je ne vois pas où vous puisez votre optimiste, a lancé Daniel Cohn-Bendit au Conseil et à la Commission, pour qui « si on parle de prospérité, il faut parler aussi de pauvreté, et la pauvreté existe en Europe ». Je ne crois pas beaucoup à votre méthode des « sherpas », et le grand danger de votre stratégie, c'est « la banalité », a protesté avec véhémence le vert allemand, en exhortant: vous voulez parler de climat dans votre déclaration ? Et bien, dites que dans cinquante ans l'UE utilisera à 100% des énergie renouvelables. Pour conclure: si on parle de valeurs, il faut parler aussi de droits des minorités, de droit à l'orientation sexuelle, et pas de référence à Dieu… Sévère aussi, Francis Wurtz, président du groupe GUE/NGL, a craint que la Déclaration de Berlin ne soit que la « célébration » d'un jubilé, ce qui serait, politiquement, « un coup d'épée dans l'eau ». En déplorant que, pour la méthode, on ait choisi « le quasi huis-clos des dirigeants », le communiste français a exhorté à « une bonne dose d'esprit critique sur les causes de la crise de confiance » entre l'Europe et les Européens, afin d'ouvrir la voie à « une vraie relance du projet européen ».Beaucoup plus virulent, Nigel Farage, coprésident du groupe Indépendance et démocratie, a ironisé: avec la Déclaration de Berlin, on pense même pouvoir « contrôler le temps qu'il fait », et on parle de valeurs fondamentales comme si c'était l'Europe qui les a inventées, alors que le modèle social économique ne fonctionne pas et que nous sommes « une entière génération économique en retard sur les Etats-Unis ». Roger Helmer, non inscrit britannique, a renchéri: l'UE rend l'Europe « plus pauvre, moins démocratique, moins libre », et Angela Merkel ignore les « non » à la Constitution européenne qui devrait être « morte, kaputt » mais qui, « comme Dracula ou Frankenstein, refuse de se coucher ». (mg)

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