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Bulletin Quotidien Europe N° 9359
Sommaire Publication complète Par article 34 / 35
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 719

*** KATRIN RUCKER, LAURENT WARLOUZET (sous la dir. de): Quelle(s) Europe(s) ? - Which Europe(s) ? Nouvelles approches en histoire de l'intégration européenne - New Approaches in European Integration History. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Courriel: pie@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Euroclio", n° 36. 2006, 388 p.. ISBN 90-5201-040-0.

La jeune association Richie, pour "Réseau international de jeunes chercheurs en histoire de l'intégration européenne", a organisé à Paris, en 2005, un colloque qui, véritable aubaine pour eux, a permis à des doctorants et à de jeunes post-doctorants de treize nationalités différentes (ainsi qu'à neuf éminents professeurs de six pays différents, eux coutumiers du fait), de présenter leurs travaux. Ce forum représentatif de l'état des recherches menées par la jeune génération se retrouve dans ces pages qui illustrent les différents types d'Europe ayant été pensés, projetés ou mis en œuvre tout au long du XXe siècle. Certaines des 25 contributions revisitent des sujets classiques grâce à des fonds d'archives inédits ou à des perspectives nouvelles ; d'autres abordent des sujets originaux, tant sur le plan chronologique que thématique ou méthodologique. Ainsi que le soulignent les deux coordinateurs de l'ouvrage dans leur introduction, les approches classiques relevant de l'histoire politique, de l'histoire économique ou des relations internationales se combinent avec l'histoire de l'idée européenne, mais aussi l'histoire des représentations et la géographie historique.

Une première partie du livre est consacrée à l'idée européenne avant la construction communautaire. A côté de contributions (présentées soit en anglais, soit en français) consacrées à la manière dont les idées et le combat paneuropéen du comte Coudenhove-Kalergi ont été ressentis par les Britanniques et aux projets d'union franco-britannique avant la Deuxième Guerre mondiale, on y trouve notamment, au détour d'un regard que Jean-Michel Guieu porte sur "l'Europe des mouvements français de soutien à la Société des Nations" entre 1918 et 1950, une question d'une parfaite actualité, à savoir la définition des limites de l'Europe. Le problème existait déjà dans les cénacles qui, à la fin des années 20, soutenaient le projet Briand d'Union fédérale européenne, moment où trois Etats posaient problème: la Turquie (déjà !) et la Russie, coupables de s'être "développées l'une et l'autre en Asie en même temps qu'en Europe", mais aussi la Grande-Bretagne, considérée "comme la moins européenne des puissances européennes" même si, note l'auteur, beaucoup se refusaient "à concevoir une Europe sans elle". Rien de neuf sous le soleil, en somme, même si ce temps-là était aussi porteur d'un militantisme européen qui, en la personne d'un certain Philippe Serre, envisageait une Organisation des Nations unies devenant "une association interfédérale avant une fédération de fédérations", tant il est vrai, ajoutait ce pacifiste genevois oublié, que "le gouvernement mondial naîtra plus facilement de l'union de vastes fédérations que de cette poussière de nations qui composent, à l'heure actuelle, le monde". Le propos a-t-il perdu de sa force d'interpellation soixante ans plus tard ? Plus loin dans l'ouvrage, la question des frontières revient dans une éclairante contribution que Laetitia Harcour consacre à "la représentation mentale de l'espace européen chez les dirigeants politiques allemands et français et son incidence sur la construction de l'Europe".

La deuxième partie étudie le fonctionnement des institutions européennes en prenant en compte tant l'histoire diplomatique (la "crise de la chaise vide" telle qu'elle a été vécue par le couple France-Allemagne, entre autres) que l'histoire des acteurs et de leurs représentations. A cet égard, saluons la réflexion historiographique qu'Anna-Maria Fiorentini consacre à "la conception de l'Europe de Piero Malvestiti". Président de la Haute autorité de la Communauté européenne du charbon et de l'acier jusqu'en 1963, cet Italien dont beaucoup ont sans doute oublié le nom même en Italie a été un chantre de la méthode fonctionnaliste chère à Monnet. Cette méthode était toutefois, à ses yeux, un outil au service d'un idéal politique plus ambitieux, comme en attestent ces lignes admirables tirées d'un discours qu'il avait prononcé en 1960: "La supranationalité représente une conquête historique parce que, si Robert Schuman a eu raison d'écrire en 1953, que le supranational se situe à mi-chemin entre le national et le fédéral, cela signifie que - puisque nous sommes entrés dans la phase du supranational - nous allons sortir de la phase nationale, qui produit fatalement un nationalisme aveugle, source de divisions, de haines et de conflits. Conquête morale, car la supranationalité marque le début d'un processus de révision des valeurs morales sur notre continent, attendu qu'il ébranle l'identification de l'Etat avec la patrie, de l'Etat avec la nation, identification qui, pendant des siècles, a inspiré la formation spirituelle et intellectuelle de nos peuples, avec les résultats que l'on sait, hélas. J'estime que, dans sa source première, le principe supranational est avant tout un principe éthique, un principe que nous devons faire germer dans la conscience des Européens pour les préparer à une civilisation morale supérieure". Là encore, vous en conviendrez, le propos mérite plus que jamais d'être médité par certains !

Des perles de ce type, on en trouve encore disséminées un peu partout dans les autres parties du livre qui, tout à tour, abordent des sujets relevant de la problématique de l'Europe des régions, des politiques sociale, monétaire et de coopération au développement, des élargissements, de l'Europe pendant la "guerre froide" et de l'Europe de la Défense. Le tout compose un ouvrage passionnant qui prouve que, chez les historiens, la relève de la garde sera assurée !

Michel Theys

*** GIANCARLO VILELLA: Le fonctionnaire européen. Un essai d'introduction. Les Editions du Boulevard (France. Internet: http://www.editionsduboulevard.fr ). 2006, 109 p., 8 €. ISBN 2-35211-003-3.

Giancarlo Vilella, fonctionnaire du Parlement européen, enseignant universitaire et expert international en administration publique, entend fournir, à travers cet essai qui s'adresse à la fois à des étudiants et à des fonctionnaires nationaux et européens, des clés pour faciliter la compréhension de la "mutation", au fil des années, des fonctions et de l'image de ceux qui "se mettent au service de l'administration européenne", une mutation qui va de pair avec l'évolution de l'intégration et des institutions européennes. Son expérience comme directeur général de l'Institut International de Sciences Administratives (IISA) l'a amené à participer au débat international sur l'administration publique, ce qui lui a permis de mieux cerner le profil et les spécificités du fonctionnaire européen, une figure qui, rappelle-t-il, est "très récente", au sein d'une administration jeune par rapport aux administrations territoriales, nationales et internationales. "Il n'est pas difficile d'imaginer l'esprit pionnier et aventureux" des premiers fonctionnaires européens, ainsi que les "grandes incertitudes" auxquelles ils faisaient face, note l'auteur, qui évoque plusieurs facettes de son personnage, notamment sa relation avec le citoyen (dans la poursuite de l'intérêt général) et sa relation avec son administration (selon lui, "ne pas reconnaître, historiquement, l'effort énorme et la contribution fondamentale qui (…) ont été fournis par la fonction publique européenne pendant une difficile phase de transition constituerait une faute d'évaluation grave"). Giancarlo Vilella décrit en particulier la crise de la Commission européenne en 1999, "strictement liée aux dysfonctionnements administratifs", et la réforme du règlement sur le statut des fonctionnaires et le régime des autres agents européens, "c'est-à-dire de la fonction publique européenne". La nécessité d'une telle réforme avait été perçue pour la première fois à la fin des années 70, ce qui avait abouti au rapport du Comité Spierenburg, rappelle l'auteur, tout en notant qu'il aura fallu "attendre vingt ans et la crise de la Commission Santer pour ouvrir un véritable processus de réforme". Réforme qui s'imposait suite du "processus de maturation considérable" vécu par l'administration et la fonction publique européennes qui ont dû "s'adapter rapidement et de façon créative aux changements désordonnés en cours", constate Giancarlo Vilella. Et d'expliquer: au cours de cette évolution, "les fonctionnaires (et les structures) du Parlement voyaient les pouvoirs de leur institution augmenter de façon peu linéaire et peu logique, les fonctionnaires (et les structures) de la Commission voyaient leur institution jouer un rôle gouvernemental frustré, les un(e)s et les autres réalisaient que les décisions étaient davantage le fruit d'une approche ou d'une dialectique politiques, et non plus seulement des conflits d'intérêts nationaux et sectoriels".

(MG)

*** STEVE JACOB: Institutionnaliser l'évaluation des politiques publiques. Étude comparée des dispositifs en Belgique, en France, en Suisse et aux Pays-Bas. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Cité européenne", n° 35. 2005, 271 p.. ISBN 90-5201-078-1.

L'évaluation des politiques publiques répond à une volonté de réduire les déficits publics et d'offrir un service public de qualité en modernisant la gestion publique, mais également de renforcer la confiance de la population. Steve Jacob se propose d'étudier cet instrument en mettant l'accent sur sa facette institutionnelle. L'auteur a choisi d'étudier le concept en se penchant sur le cas des Pays-Bas, de la Belgique, de la France et de la Suisse. Ces quatre pays, géographiquement proches, sont comparables sur plusieurs points et ont pu s'influencer mutuellement. Steve Jacob combine des études de cas dans les secteurs où le concept est le plus à l'œuvre dans chacun de ces pays (la santé et l'éducation) à une étude comparative entre ces pays.

(FRo)

*** RAINER PITSCHAS: Trusted Governance due to Public Value Management. Public Governance in Europe between Economization and Common Weal: A Value-Based Concept of Public Administration. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlaang.com - Internet: http://www.peterlang.de ). Collection "Speyerer Schriften zur Verwaltungswissenschaft", n° 1. 2006, 137 p.. ISBN 3-631-55490-7.

Les gouvernements et les administrations se trouvent actuellement au centre d'un grand mouvement appelant à leur modernisation, l'objectif étant d'en améliorer l'efficacité en en réduisant les coûts et en les orientant davantage vers une logique de satisfaction du "client". Inspirée des doctrines de l'économie de marché, cette "économisation" de la gestion publique, comme l'écrit Rainer Pitschas, soulève toutefois des questions, telles que celles des valeurs morales sous-tendant les rapports entre l'administration et le citoyen ou de la confrontation entre l'esprit d'entreprise et une gestion publique encadrée par les lois et chargée du bien commun. Ce livre s'appuie sur l'expérience de l'Allemagne mais ne s'y arrête pas.

(FRo)

*** HERWIG C.H. HOFMANN, ALEXANDER H. TÜRK (sous la dir. de): EU administrative Governance. Edward Elgar Publishing (Glensanda House, Montpellier Parade, Cheltenham, Glos GL50 1UA, UK. Tél: : (44-1242) 226934 - fax: 262111 - Courriel: info@e-elgar.co.uk - Internet: http://www.e-elgar.com ). 2006, 640 p.. ISBN 1-84542-285-6.

Une des particularités de l'Union est l'interactivité entre de nombreux niveaux d'administration qu'elle implique. Ce livre montre comment ces administrations interagissent d'une manière novatrice et donnent chair à une gouvernance à niveaux multiples propre à l'Union, mais il ne s'y limite pas. Outre un point de vue "externe" sur les lois et procédures conditionnant les activités administratives, il propose aussi un point de vue "interne" sur le rôle plus méconnu des administrations en termes de structuration et de coordination tout au long du cycle politique, de la définition de l'agenda à l'application des normes, abordant notamment le concept de comitologie. La deuxième partie s'intéresse plus précisément à la gouvernance administrative de l'Union par secteurs (aides d'Etat, environnement…), tandis que la troisième regroupe des analyses transversales.

(FRo)

*** The EU Made Simple. All you need to know about the European Union. Editions Amcham EU - American Chamber of Commerce to the European Union (53 av. des Arts, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32 2) 5136892 - fax: 5137928 - Courriel: amchameu@amchameu.be - Internet: http://www.amchameu.be ). 2006, 158 p., 30 €. ISBN 2-914685-46-7.

La Chambre de commerce américaine auprès de l'Union, considérée comme l'un des lobbies les plus influents sur la scène européenne, propose une introduction aux rouages de l'Union. Devant la complexité de la machinerie européenne, les auteurs ont choisi de couvrir ses facettes les plus importantes et de les présenter de la manière la plus simple et directe possible. Dans un premier temps, les origines de la construction européenne sont exposées: comment et pourquoi elle est née, un historique de ses traités, les personnages clés dans l'histoire de l'Union… Des sujets comme la Constitution, les élargissements ou le budget sont aussi traités de manière claire et succincte. Après une deuxième partie où sont fournies des informations et statistiques sur les Etats membres (superficie, date d'adhésion, le produit intérieur brut et ses origines par secteur…), la publication présente les institutions européennes. Une brève introduction explique leurs liens et dépendances, avant que soient exposés le rôle et le fonctionnement de chacune: pouvoirs de la Commission, tâches du président et des commissaires, mais aussi structures (Directions générales, services …), salaire moyen d'un fonctionnaire ; le Parlement européen est disséqué par groupes parlementaires, ainsi que le processus électoral pour devenir député européen, structuration interne ; le Conseil de l'Union avec son système de présidence rotative, les différents processus de vote. Les trois Cours, les Comités et les autres organes européens sont également survolés. La quatrième partie de l'ouvrage traite de la prise de décision, le tout étant ponctué par un index alphabétique des noms les plus importants et par un dictionnaire du jargon communautaire. Très accessible et donc fort utile comme sas d'entrée dans l'univers européen.

(NDu)

*** The Federalist. A Political Review. Fondazione Europea Luciano Bolis (Edif Onlus, 5 via A. Volta, Pavia, Italia. Internet: http://www.euraction.org ). 2006, n° 2, 67 p..

Ce numéro de la revue fédéraliste fondée en 1959 est tout entier consacré à l'héritage laissé par Altiero Spinelli, décédé voici vingt ans déjà. Mario Albertini rappelle les principes d'action contenus dans le Manifeste de Ventotene (du nom de l'île où Spinelli fut incarcéré par le régime mussolinien et où il jeta les bases de sa réflexion et de son combat fédéraliste en compagnie d'Ernesto Rossi), des extraits de ce document majeur ainsi que deux autres discours de Spinelli étant ensuite reproduits. Il s'en dégage une pensée qui conserve toute sa pertinence et n'a pas pris une ride.

(PBo)

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