Bruxelles, 05/02/2007 (Agence Europe) - Le denier rapport alarmant des experts internationaux du panel intergouvernemental sur l'évolution du climat (EUROPE n° 9358) n'a pas fini de faire des vagues. La gravité de ses projections a donné tout son sens à la conférence de Paris sur une gouvernance écologique mondiale. Elle a également favorisé l'appui de 46 pays - principalement les pays de l'UE et quelques pays d'Afrique et d'Amérique latine, à la proposition du Président français Jacques Chirac, de créer une Agence des Nations Unies pour l'environnement.
Cette agence de l'ONU pour l'environnement (ONUE), qui n'a pas les faveurs des Etats-Unis, de la Russie, et des pays émergents, aurait vocation à donner une impulsion politique globale à la lutte contre le réchauffement planétaire et à « conjurer les périls qui menacent la survie même de l'humanité », en conférant plus de cohérence aux programmes éclatés de l'actuel programme des Nations pour l'environnement (PNUE).
Dans son discours devant la conférence, Stavros Dimas, Commissaire à l'environnement, a souligné les avantages d'une telle initiative. « Il n'y a pas un seul groupe de pays qui soit capable à lui tout seul de s'attaquer au changement climatique. S'il y a un exemple pour illustrer la raison pour laquelle nous devons travailler tous ensemble au niveau international, c'est bien le changement climatique. Cela requiert non seulement une volonté politique forte, mais aussi des institutions multilatérales bien financées et qui fonctionnent. ( …). Dans l'UE, nous avons proposé d'examiner sérieusement la manière dont les Nations unies traitent les questions environnementales, et de renforcer la voix de l'environnement au sein de l'ONU, notamment via le renforcement du PNUE, puis son passage progressif au stade supérieur - une organisation de l'ONU pour l'environnement. Nous pensons qu'ainsi les Nations unies seront mieux équipées pour traiter des questions environnementales pressantes d'aujourd'hui, de l'eau à la pollution de l'air, à la biodiversité au changement climatique », a-t-il déclaré
Cette conférence a fourni au Commissaire l'occasion d'insister sur les avantages économiques à retirer de la transition vers une économie à faible teneur à carbone, et de présenter les dernières initiatives de la Commission européenne pour intensifier la lutte contre le réchauffement planétaire - sa stratégie « Energie pour l'Europe », l'objectif proposé d'une réduction de 30% des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2020 (par rapport à 1990) à viser par les pays industrialisés dans les négociations internationales sur l'après-2012, et l'objectif unilatéral de l'UE d'une réduction de 20% de ses propres émissions, dans l'hypothèse où un accord international serait impossible.
Le Commissaire a également confirmé la volonté de la Commission de légiférer pour réduire plus efficacement les émissions de CO2 des voitures neuves particulières. « Pour le secteur automobile, en tant que l'un des principaux émetteurs de CO2, la législation est maintenant nécessaire pour atteindre l'objectif communautaire de 120g de CO2/km (…) Je suis heureux que la Commission prenne la décision d'introduire une législation pour réduire les émissions de CO2 des voitures ».
Dans sa communication à ce sujet, attendue le 7 février, la Commission devrait s'en tenir à cet objectif moyen par voiture d'ici à 2012, mais la présentation de cette mesure contraignante pourrait être différée à 2008 , le temps que soit disponible l'analyse d'impact détaillée à laquelle procédera la Commission pour indiquer aux constructeurs automobiles le meilleur moyen d'atteindre cet objectif. C'est là l'une des hypothèses qui permettrait à José Manuel Barroso, président de la Commission, de trancher le différend qui opposait Stavros Dimas à son collègue à l'industrie, Günter Verheugen, sans trop effaroucher l'industrie automobile allemande.
Dans une interview donnée au Bild am Sonntag du 4 février , le Commissaire Dimas a souligné que l'Allemagne, actuellement à la Présidence tournante de l'UE, n'était pas pionnière en matière de lutte contre les changements climatiques, puisque « un certain nombre d'autres pays sont plus près de réaliser leurs objectifs de Kyoto, comme la Grande-Bretagne et la Suède ». Le Commissaire ajoutait que « d'autres sont derrière l'Allemagne ». Mais la Commission se refuse à entrer dans une polémique avec Berlin. En réponse à la presse l'invitant à commenter les propos de M. Dimas, sa porte-parole, Barbara Helfferich, a démenti, le 5 février, que le Commissaire Dimas soit particulièrement en colère contre l'Allemagne: « Stavros Dimas n'est pas remonté contre l'Allemagne ou qui que ce soit. Le Commissaire a accordé une interview au Bild am Sonntag sur les objectifs de Kyoto et la manière dont les différents Etats membres entendent les atteindre. Il a loué l'Allemagne pour les efforts qu'elle déploie pour tenter de s'approcher de son objectif. Le Commissaire a toujours souligné que l'UE et les Etats membres jouent un rôle majeur dans la lutte contre le changement climatique ». (an)