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Bulletin Quotidien Europe N° 9327
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Jacques Delors estime que l'UEM doit devenir une « coopération renforcée », avec son budget propre et son fonds d'intervention conjoncturel

Jacques Delors a ajouté une touche personnelle aux travaux du Parti Socialiste Européen, réuni à la fin de la semaine dernière à Porto (voir notre bulletin n° 9325), en indiquant ce que les socialistes devraient, à son avis, entreprendre pour relancer la construction européenne en restant fidèles à leurs traditions.

Le constat. Dans les années soixante, tous les pays de l'UE se sont dotés de régimes de solidarité sociale couvrant l'intégrité des risques, grâce à un compromis dynamique entre les forces du capital et les forces du travail. Or, le modèle social qui en était résulté est remis en cause par le déséquilibre qui s'est créé au profit des forces du capital et aux dépens des forces du travail. Jacques Delors avait déjà expliqué en d'autres occasions que la prétention du monde de la finance de garantir aux investissements un rendement annuel d'au moins 15% réduit ou élimine la possibilité de distribuer aux travailleurs une part raisonnable des bénéfices de la croissance et encourage la réduction de l'emploi. Il a dénoncé à Porto une offensive contre les conquêtes chèrement acquises par le mouvement social-démocrate durant les 50 dernières années, ainsi que le déséquilibre entre la gestion de la monnaie et la gestion de l'économie. L'équilibre était prescrit par l'Union économique et monétaire (UEM), mais il a été oublié dans le « pacte de stabilité », alors qu'il fallait un pacte de coordination des politiques macro-économiques, avec une harmonisation fiscale minimale.

M. Delors rejette en particulier la concurrence fiscale entre Etats membres. Les marchés libres et la concurrence entre les entreprises sont logiques, mais « si l'on y ajoute la compétition entre les Etats, comme certains le proposent et comme quelques Etats membres le pratiquent, alors ne parlons plus d'Europe politique ni d'un espace économique défini par des règles et arbitré par le droit ».

Sur un plan général, Jacques Delors constate « des divergences profondes entre les Etats membres sur les finalités de l'Union» et dénonce le dysfonctionnement du moteur institutionnel de l'Europe, qui est le triangle Parlement européen/Conseil/Commission, chacun dans son rôle.

Les remèdes. M. Delors a rappelé que l'essentiel des politiques économiques, ainsi que les politiques du marché du travail et celle du Welfare State, relèvent des Etats membres: « Il faut sans cesse le rappeler aux démagogues de tous les bords». Dans quelques Etats membres «où nos amis politiques ont été ou sont encore au pouvoir, de nouvelles synthèses ont été trouvées entre les contraintes de l'économie et les exigences du social». Les pouvoirs de l'Europe sont limités, mais quelques initiatives sont possibles, et il a cité la pétition de la Confédération européenne des syndicats (CES) en faveur des services publics: « Ce qui est en cause, c'est la qualité de ces services et leur accessibilité pour tous. Notre vigilance doit être totale à ce sujet ».

Globalement, il faut poursuivre le triple rééquilibrage entre l'économique et le social, entre l'économique et le monétaire et entre la croissance quantitative et le développement respectueux de l'environnement. Il faut réagir à « l'usure des mots » et rendre leur signification à des concepts tels que l'égalité des chances et l'éducation tout au long de la vie (« les enfants pauvres d'aujourd'hui sont les adultes pauvres et les exclus de demain ») et rejeter la formule selon laquelle « entre le Monde et la Nation, il n'existe rien », et M. Delors d'ajouter: « si, chers amis, il y a l'Europe ». Pour les rééquilibrages cités, l'Europe peut agir.

Actuellement, on demande trop à la monnaie et pas assez à la politique économique, et ainsi l'on néglige le social, faute de croissance suffisante: « Les banquiers centraux ont l'air très heureux, nous on l'est moins». M. Delors ne pense pas convaincre tout le monde par un discours, mais il demande que « le chantier de la réflexion soit ouvert. Il implique non pas le changement des statuts de la banque centrale mais la coopération des politiques macro-économiques nationales et une harmonisation minimale à l'intérieur de l'Union économique et monétaire, notamment concernant l'assiette de l'impôt sur les entreprises, puis les taux. L'UEM doit devenir une véritable coopération renforcée, avec son budget propre permettant d'accompagner les efforts des pays de la zone euro, et peut-être aussi avec un fonds d'intervention conjoncturel, à utiliser bien entendu de manière raisonnable. Je demande que ce sujet soit discuté, et pas seulement par des monétaristes ou par des responsables qui veulent être bien vus des monétaristes, selon les idées à la mode ».

Il faut en même temps rétablir un minimum de confiance entre les Etats membres, qui doivent réaliser un « armistice psychologique », et ne pas faire semblant que les divergences n'existent pas, simplement « parce que les chefs de gouvernement s'appellent par leur prénom ». L'Europe a besoin de clarté.

(F.R.)

 

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