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Bulletin Quotidien Europe N° 9323
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/turquie

Ankara fait un geste dont la portée reste encore floue

Bruxelles, 07/12/2006 (Agence Europe) - La Turquie a offert d'ouvrir un port et un aéroport aux navires et avions chypriotes, a indiqué jeudi un porte-parole de la Présidence finlandaise, sans que l'information ne soit néanmoins confirmée côté turc. Le Conseil et la Commission ont accueilli la nouvelle avec satisfaction et prudence, attendant des éclaircissements sur les conditions et la portée de la proposition d'Ankara, dont les conséquences sur la suite des négociations d'adhésion à l'UE restent dès lors encore incertaines.

« L'initiative turque est un pas positif vers la pleine mise en œuvre du protocole d'Ankara, mais doit encore être clarifiée », a en effet déclaré dans un communiqué le ministre des Affaires étrangères finlandais, Erkki Tuomioja. « Si la Turquie est prête pour une telle avancée inconditionnelle, ce pas positif influencera les discussions du Conseil sur la poursuite du processus de négociation d'adhésion de la Turquie à l'UE », a-t-il ajouté. Même constat à la Commission, dont le Président, José Manuel Barroso, s'est félicité de la proposition turque, en espérant que celle-ci devienne « parfaitement claire ». La porte-parole du Commissaire Olli Rehn avait elle aussi insisté auparavant sur le besoin d'éclaircissements avant d'évaluer l'impact de l'ouverture suggérée par Ankara. Rappelons que la Commission a proposé de ne pas ouvrir huit chapitres clés des négociations et de n'en fermer aucun autre, tant que la Turquie ne se conformera pas à ses obligations en matière d'union douanière (EUROPE n° 9317)

Réunis jeudi, les ambassadeurs des Vingt-cinq ont ainsi repoussé leurs discussions sur ce point à ce vendredi, espérant entre-temps des précisions de la part de la Turquie, dont la proposition « sème la confusion », selon un diplomate européen. Alors que les ministres des Affaires étrangères doivent trancher cette question lundi, le manque de clarté actuel des avancées éventuelles ne favorise pas la prise de décision. En attendant de clarifier l'ensemble des éléments de la proposition d'Ankara, le Coreper et la Présidence finlandaise s'interrogent en effet sur l'opportunité de prendre la recommandation de la Commission pour base des discussions au Conseil Affaires générales de la semaine prochaine, explique ce diplomate.

Les interrogations sur les conditions de l'ouverture vont bon train. Certains diplomates évoquent une ouverture temporaire, valable pour 2007 et concomitante à la recherche d'une solution globale par les Nations Unies, d'autres considèrent que, si la Turquie semble disposée à ouvrir de manière inconditionnelle un de ses ports, elle pourrait demander en contrepartie à l'ouverture d'un aéroport en Turquie qu'un aéroport international soit également ouvert à Chypre Nord. Des points que cherchait encore à éclaircir la Présidence finlandaise au moment où nous allions sous presse. Cette conditionnalité pourrait concerner l'aéroport d'Ercan dans le nord de l'île, à propos duquel des discussions avaient déjà été menées dans le cadre des négociations avortées de la Présidence finlandaise (EUROPE n° 9315). Une éventuelle contrepartie impliquant l'ouverture d'un aéroport international dans la partie nord de Chypre se heurte néanmoins toujours à l'intransigeance de Nicosie. Le porte-parole du gouvernement chypriote ayant indiqué jeudi à plusieurs agences de presse que « cela ne pourra jamais arriver », un veto chypriote à la levée de l'embargo sur la partie nord de l'île restait donc d'actualité.

Pourtant « sans veto, pas de crise », avait constaté jeudi matin Bahadir Kaleagasi, représentant à Bruxelles de l'industrie et des milieux d'affaires turcs (TÜSIAD). Le blocage par Chypre de l'ouverture du commerce direct avec la partie nord de l'île « rabaisse la crédibilité de l'UE en tant qu'union », avait insisté devant quelques journalistes M. Kaleagasi, estimant qu'« un mouvement unilatéral (d'Ankara) serait temporaire et conditionné par une réponse » de l'UE et en particulier de Chypre. Le processus d'adhésion de Chypre a été « mal géré », déplore aussi M. Kaleagasi. Malgré le rejet du plan Annan par les Chypriotes, ceux-ci ont quand même adhéré à l'UE, alors que la Turquie, qui a répondu à la demande des Européens en soutenant nettement le plan, n'a pas obtenu la levée de l'embargo imposé à la communauté chypriote turque pourtant promise par l'UE, a-t-il insisté. La Turquie a accepté de ne pas faire de la question de Chypre une question de « fierté nationale » en soutenant la réunification de l'île, mais il s'agit désormais de « dignité ». Une avancée dans ce dossier est un geste politique plutôt qu'économique, car les chapitres pour lesquels la Commission propose de ne pas ouvrir les pourparlers sont, selon lui, « ceux où la Turquie a fait le plus de progrès » et qu'un manque de progrès immédiats dans ces domaines ne devrait pas réduire le volume actuel du commerce entre l'UE et la Turquie.

La proposition de la Turquie constitue « un tournant significatif » dans les relations entre l'UE et Ankara, s'est félicité Martin Schulz dans un communiqué. Pour le Président du groupe socialiste au Parlement européen, « la position ferme et unie adoptée par l'Union européenne a atteint son but ». Et d'estimer que « la Turquie a répondu positivement à notre demande, mais elle doit toujours respecter le protocole d'Ankara dans sa totalité et ouvrir tous ses ports et aéroports ». C'est « un pas important, mais insuffisant », selon l'élue libérale allemande, Silvana Koch-Mehrin. (ab)

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