Bruxelles, 07/12/2006 (Agence Europe) - La Banque centrale européenne a poursuivi jeudi, à son rythme, le resserrement de la politique monétaire de la zone euro. Comme les analystes s'y attendaient, le Conseil des gouverneurs a décidé d'augmenter les taux d'intérêt de 25 points de base, portant le taux de soumission minimal appliqué aux opérations principales de refinancement à 3,50 %. Le taux d'intérêt de la facilité de prêt marginal et celui de la facilité de dépôt passent respectivement à 4,50 % et à 2,50 %. Ces opérations prendront effet au 13 décembre 2006. Un ajustement, décidé à l'unanimité, et qui était attendu depuis la précédente hausse intervenue en octobre (EUROPE n° 9280) et le statu quo observé le mois dernier (EUROPE n° 9299). « Cette décision reflète les risques à la hausse pour la stabilité des prix à moyen terme », a expliqué Jean-Claude Trichet à la presse à l'issue de la réunion. « La politique monétaire reste accommodante », a insisté le Président de la BCE, qui observe toujours une forte croissance de la monnaie et du crédit et une abondance des liquidités dans la zone euro. Dans les deux années à venir l'inflation annuelle devrait ainsi tourner « autour de 2% », avec des risques toujours orientés « à la hausse », de sorte que la BCE continuera de suivre « très attentivement » l'évolution de la situation, a affirmé M. Trichet.
La croissance du PIB « continue d'être robuste, bien que plus modérée par rapport aux taux enregistrés lors de la première moitié de l'année », a-t-il noté, en estimant que les conditions demeuraient favorables pour une poursuite de la reprise économique, basée sur la demande interne. Les projections des services de la BCE, publiées jeudi, entrevoient une hausse du PIB entre 2,5% et 2,9% en 2006, entre 1,7% et 2,7% en 2007 et entre 1,8% et 2,8% en 2008. Des fourchettes revues légèrement à la hausse par rapport aux estimations de septembre dernier, principalement en raison de prix du pétrole moins élevés. Les prix du brut constituent toujours un risque de baisse pour la croissance, au même titre que d'éventuelles résurgences protectionnistes ou une correction désordonnée des déséquilibres mondiaux.
En novembre, la hausse des prix au sein de la zone euro a atteint 1,8%, contre 1,6% le mois précédent et 1,7% en septembre, a rappelé le Président de la BCE, qui constate néanmoins que « les taux d'inflation devraient augmenter à nouveau au début 2007 pour ensuite tourner autour de 2% dans le courant de l'année, reflétant aussi l'impact de taxes indirectes plus élevées ». Selon les projections de ses services, le taux d'inflation devrait se situer entre 2,1% et 2,3% cette année, entre 1,5% et 2,5% en 2007 et entre 1,3% et 2,5% en 2008. Des niveaux quelque peu inférieurs à ceux anticipés en septembre. Les risques qui pèsent sur la stabilité des prix restent liés à un éventuel impact plus prononcé que prévu des hausses précédentes des cours du brut, à de nouvelles augmentations de ces cours, aux prix administrés et aux taxes indirectes. « Plus fondamentalement, compte tenu de la période favorable de croissance du PIB observée au cours des quelques trimestres passés et des signes positifs des marchés du travail, les développements des salaires pourraient être plus importants qu'escompté actuellement », a ensuite insisté M. Trichet, estimant « crucial » que les partenaires sociaux continuent d'agir avec responsabilité.
Interrogé par la presse désireuse de savoir si le niveau de risque que représente l'évolution des salaires avait augmenté, M. Trichet a répondu par l'affirmative. « En ce qui concerne les salaires, peut-être avons-nous le sentiment que ces risques ne se sont pas matérialisés, mais quand ils se matérialisent il est trop tard, peut-être nous faut-il être particulièrement attentifs à cet élément de risque », a-t-il en effet indiqué, ajoutant: « Nous croyons qu'il y a une tentation qui ne serait pas à nos yeux une tentation qu'il conviendrait de suivre ».
Pressé ensuite de préciser si, comme certains acteurs l'anticipent, la BCE avait l'intention d'augmenter ses taux en février prochain, M. Trichet a réfuté tout a priori, mais a rappelé ses prérogatives. « Nous ne prenons jamais d'engagement à l'avance, mais nous pouvons (...) prendre cette décision si elle est appropriée, en tenant compte des conditions dans lesquelles nous nous trouverons et de la nécessité absolue d'apporter la stabilité des prix et d'être crédibles ».
Concernant les risques d'une hausse de la monnaie commune face au dollar, M. Trichet a simplement indiqué que « le taux de change de l'euro est un élément important dans l'ensemble de 'équation (monétaire)», s'en tenant ensuite à la rhétorique habituelle, qui veut que des excès de volatilité et des mouvements désordonnés des taux de change ne sont pas souhaitables. (ab)