Bridgetown, 22/11/2006 (Agence Europe) - Les députés européens et les députés des Etats ACP, réunis à la Barbade en Assemblée parlementaire paritaire, ont été unanimes à saluer, le 21 novembre, le bon déroulement des premières élections démocratiques jamais organisées depuis quarante ans en République démocratique du Congo. Mais c'est vers l'avenir du processus démocratique qu'ils se sont tournés, appelant à sa consolidation. A l'ouverture de la session, Mme Glenys Kinnock, travailliste britannique et coprésidente de l'APP, avait jugé « la situation très préoccupante », eu égard à la « fragilité des résultats contestés ». Les députés ont été nombreux à relayer ces préoccupations, et l'APP, qui avait dépêché une mission paritaire d'observation des élections présidentielles, reste vigilante. Suivant la proposition de l'Angola, l 'Assemblée a décidé d'adresser une lettre au Président élu Joseph Kabila et à son compétiteur Jean-Pierre Bemba (42% des votes), appelant les deux acteurs à jouer chacun son rôle, de manière constructive. Une initiative saluée par le Commissaire Louis Michel.
Au cours du débat, Hamadou Sylla, vice- président de l'Assemblée nationale du Mali, en a appelé à la communauté internationale (ONU, UA, UE) pour éviter à tout prix le « retour à la guerre des dernières années ». Pour Robert Evans (travailliste britannique), « le Congo a tourné une page », et l'heure est venue pour le pays de tirer parti de son énorme potentiel de richesse. « Avec le fleuve Congo, la RDC pourrait fournir des ressources à tout le Sud de l'Afrique », a déclaré l'eurodéputé en insistant sur la nécessité de soutenir cette nouvelle démocratie. Selon lui, « le défi pour Joseph Kabila est de donner un statut à ceux qui étaient dans l'opposition, un statut qui évite de les humilier et les pousse au contraire à une opposition constructive ».
Eustache Akpovi, parlementaire béninois qui était à la tête de la délégation ACP pour la mission d'observation des élections (Jürgen Schröder conduisait la délégation européenne), s'est interrogé sur ce que pourrait faire l'UE pour « régler le problème des multinationales liées à des Seigneurs de guerre qui tirent les ficelles politiques ».
Pour Johan Van Hecke (ALDE belge), « il y a des raisons d'être optimiste mais pas euphorique » ; le travail commence maintenant, et la priorité, c'est la sécurité, compte tenu du nombre de milices encore présentes. Marie-Hélène Aubert (Verte française) estime qu'il « reste beaucoup à faire ». Quelle va être l'action de l'UE pendant la période de suivi et d'accompagnement du processus démocratique ? s'est-elle interrogée, en estimant que deux questions se posent: la reconstruction de l'Etat congolais et l'utilisation des ressources et matières premières du pays comme recettes budgétaires et pour le développement durable du Congo au plan social et environnemental
Dr D Salomon Nguema Owono, parlementaire de la Guinée équatoriale, a exprimé la crainte que la paix ne puisse s'instaurer dans un pays « tellement riche », où se côtoient « tant de multinationales et d'intérêts occidentaux ». De l'avis de Nirj Deva (PPE-DE, Britannique), l'urgence maintenant c'est « la construction de la paix, la construction d'une Nation ». Mettant en exergue le paradoxe du Congo, doté d'une richesse énorme en ressources naturelles, mais dont le revenu par tête d'habitant est tombé à 110 dollars US (un niveau inférieur à celui atteint en 1960), l'eurodéputé s'est demandé « qui va pouvoir entreprendre cette tâche énorme » de redresser la barre, et « quel plan avons-nous ? »
Le représentant du Soudan s'est félicité du bon déroulement des élections démocratiques dans un pays qui a une très longue frontière commune avec le Soudan. « Tous les changements positifs en RDC nous touchent aussi », a-t-il souligné.
Zbigniew Zaleski (PPE-DE, Polonais) a salué le rôle de l'église dans la mobilisation des électeurs congolais. Appelant de ses vœux une feuille de route, un agenda de développement du Congo, il souhaite qu'une attention particulière soit portée à l'éduction et la formation des jeunes, et que soient encouragés les petits investisseurs plutôt que les gros.
« Nous devons soutenir le processus, insister auprès de Jean-Pierre Bemba pour qu'il accepte de jouer son rôle dans le Parlement et les parlements nationaux », a estimé Ana Maria Gomes (PSE, Portugaise), ajoutant qu' « il faut qu'on puisse former une armée nationale et il faut absolument donner la voix aux femmes du Congo, qui ont besoin d'être soutenues ». « Certes, Jean-Pierre Bemba conteste les résultats du scrutin, mais il utilise les voies légales », a souligné Fiona Hall (ADLE, Britannique), ce qui constitue un moindre mal.
« Quels que soient les résultats et les difficultés, le processus est couronné de succès. Nous demandons que se poursuive le soutien à la RDC », a déclaré Bornito de Sousa, député angolais, dans la perspective des élections municipales et locales prévues en 2007, et de la reconstruction du pays. « Je propose que les préoccupations de notre assemblée soient transmises à Joseph Kabila pour qu'il continue à jouer un rôle de conciliation, à Jean-Pierre Bemba pour qu'il joue un rôle constructif de stabilisation du pays et de la région. Dans un pays qui a des frontières avec toutes les régions, on ne peut tolérer ce qui irait à l'encontre du processus électoral ». Son appel a été entendu par l'APP.
Louis Michel, Commissaire au Développement, s'est félicité de l'appréciation unanimement positive des élections. « Nous devons faire comprendre au Président que sa légitimité passe aussi par une opposition qui joue son rôle. Quant à M. Bemba, il a fait un bon score, et il est lui aussi représentatif du peuple congolais. La situation reste fragile, c'est vrai. Mais la seule chose que la communauté internationale puisse faire, c'est d'accompagner. La pire des choses serait de s'ingérer », a déclaré le Commissaire, confiant qu'avec son potentiel de richesse, la RDC a les moyens de sa relance. Pour aider dans cette nouvelle étape, la Commission européenne et la Banque mondiale travaillent depuis des mois sur un paquet de mesures et de moyens qui vont être discutés avec les nouvelles autorités congolaises pour rendre possible la reconstruction de l'Etat. 411 millions d'euros sont d'ores et déjà prévus dans le 10ème FED, (2008-2013) pour la République démocratique du Congo, soit le double de ce que contenait l'enveloppe du 9ème FED, a précisé Louis Michel. A la clôture du débat, le Commissaire a tenu à rendre un hommage appuyé à la Commission électorale indépendante (CEI) et à son Président l'abbé Malu-Malu « qui a fait preuve d'un courage exceptionnel ». (an)