Bruxelles, 22/11/2006 (Agence Europe) - Pour son retour devant la commission des affaires économiques et monétaires du PE depuis sa réélection à la tête de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker a tracé mercredi les contours de son nouveau mandat. La voie suivie sera largement cohérente avec son premier exercice, mais les progrès en termes d'assainissement devraient désormais autoriser les ministres à ne plus se concentrer uniquement sur le respect de la règle des 3% et les pousser à atteindre les vrais objectifs du Pacte de stabilité et de croissance, à savoir les objectifs d'équilibre à moyen terme. Si « le retournement conjoncturel gagne en largeur et est en train de se solidifier », on ne « peut pas se satisfaire d'un taux de chômage de 8% », a par ailleurs souligné le Premier ministre et ministre des Finances luxembourgeois, qui souhaite des politiques plus actives dans ce domaine.
Ayant constaté que « le taux d'inflation est en train de s'approcher d'un taux compatible avec la stabilité des prix tel que défini par la BCE », M. Juncker a insisté pour bien prendre en compte tous les facteurs qui y contribuent. Si l'évolution du prix du pétrole constitue toujours un risque pour l'avenir, « nous constatons une accalmie, mais n'osons pas nous imaginer que cette accalmie est durable », a-t-il expliqué, laissant ensuite entendre à ceux qui sont en charge des politiques économiques, mais aussi monétaires, qu'il ne faut « pas fermer les yeux sur cette baisse récente des prix et sur l'influence qu'elle va avoir ». Pour renforcer le volet politique de l'UEM, « nous devons avoir les ambitions de nos moyens », car c'est bien des premières que nous manquons, a ensuite répété M. Juncker, qui rappelle immédiatement: « Il n'est pas dans mes intentions de changer quoi que ce soit au rôle fixé par les traités à la BCE », mais nous pourrions faire autrement mieux qu'à l'heure actuelle. D'autres risques pour l'économie demeurent, en particulier la persistance des déséquilibres globaux qui fait toujours craindre des corrections désordonnées ou brutales. A l'avenir, nous comptons relancer avec plus de vigueur le débat à l'Eurogroupe sur les sujets macro structurels (déséquilibres globaux, Agenda de Lisbonne…), pour mieux en comprendre les implications sur les mécanismes d'ajustements économiques au sein de l'Union économique et monétaire (UEM).
Les longs échanges sur les divergences de croissance et d'inflation entre les pays de la zone euro ont montré qu'il n'y avait pas à ce stade d'incohérences préoccupantes. Si elles ne posent pas de problème à l'heure actuelle, j'estime tout de même qu'il y a là « un danger potentiel pour la zone euro », a néanmoins remarqué M. Juncker. Autre préoccupation de longue date, la possibilité de coordonner la séquence des réformes des Etats membres de la zone euro n'a pas fait long feu lors du dernier Eurogroupe (EUROPE n° 9301). La bonne séquence entre les réformes structurelles est un grand sujet « mais à chaque fois que j'aborde certains grands sujets ils ont tendance à disparaître comme grand sujet », a ironisé le Président de l'Eurogroupe. Nous pensions qu'il serait sage que les pays de la zone se trouvant dans une situation comparable entament les mêmes réformes structurelles, au même moment et avec la même finalité, mais le débat a montré le contraire, a-t-il confirmé. Dès la réunion du 27 novembre, M. Juncker cherchera à intensifier les discussions budgétaires entre ministres des Finances sur la rapidité avec laquelle les Etats de la zone euro devraient atteindre leurs objectifs à moyen terme. A propos de la représentation externe, il confirme son intention de plaider à terme pour « l'abandon de la mentalité du siège » et au plan de la communication, il reconnaît aussi qu'elle est « mauvaise ». Hors du cadre strict de son mandat à l'Eurogroupe, « je continuerai aussi de plaider pour la mise en place d'un socle minimum de droits sociaux », a ensuite assuré M. Juncker à Ieke van den Burg (PSE, Néerlandaise), qui s'interroge sur les ambitions de l'UE en matière d'emploi. « Ce n'est pas du romantisme social, c'est de l'économie » et du bon usage que l'on en fait, lance-t-il, en précisant: « Je ne fais aucune allusion à la sécurité sociale, mais vise surtout le droit du travail », notamment les règles en matière de licenciements, de contrats de travail atypique ou le principe d'un salaire minimum. (ab)