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Bulletin Quotidien Europe N° 9297
Sommaire Publication complète Par article 41 / 42
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 706

*** EDOUARD BALLADUR: L'Europe autrement. Librairie Arthème Fayard (Paris). 2006, 158 p., 15 €. ISBN 2-213-62841-6.

Un bandeau rouge voulu par l'éditeur porte la couverture avec cette affirmation: "Enfin un plan B !". Rien de moins. Ainsi, après le séisme du "non" français à la Constitution, quelqu'un aurait trouvé la formule magique pour sortir l'Europe de l'ornière et les Français de leurs contradictions. Au-delà de l'aspect évidemment commercial du slogan, voilà qui, à l'évidence, ne peut qu'interpeller, dans l'Hexagone et au-delà. D'autant que le "sauveur", le "réconciliateur" providentiel, n'est pas n'importe qui: avoir été Premier ministre de la République garantit, à tout le moins, le sérieux du personnage, sa connaissance des dossiers, sa capacité à prendre de la hauteur par rapport aux contingences. Du coup, pourquoi ne pas y croire: et si Edouard Balladur avait bel et bien trouvé le remède miracle ? Dégagé des affaires au plus haut niveau mais toujours activement au service de la France, l'homme n'a-t-il pas puisé dans sa très riche expérience et une maturité politique qui ne prédispose plus aux ambitions personnelles l'intuition géniale marquée du sceau de la sagesse constructive ? Comment ne pas le croire ou, du moins, l'espérer à lire sous sa plume: "Laisser penser aux Français qu'il y a une autre voie d'avenir pour leur pays, plus prometteuse que la construction de l'Europe, est une illusion qui, sous un vocabulaire volontariste, dissimule la nostalgie du passé, l'ignorance de la réalité, le mépris de la vérité" ?

Le problème, c'est que, chez Balladur, l'Européen et le Français… cohabitent et continuent à vivre des vies séparées, l'Européen n'étant, chez lui, qu'au service de l'autre. Constatant à juste titre que "l'Union est moins victime de son succès, comme on se complaît à l'affirmer, que de l'absence de lucidité", il assène: "le diagnostic sur les causes de ses défauts de fonctionnement étant erroné, les solutions qui y sont apportées sont inadaptées". Dans toute sa cruauté, cette phrase résume paradoxalement à elle seule son ouvrage ! Pour s'en convaincre, prenons le sort que l'auteur réserve à la Commission. Celle-ci, reconnaît-il, "a été et demeure le moteur de la construction européenne", elle qui est "l'institution la plus intégrée et, en quelque sorte, une amorce de gouvernement fédéral". Et bien, cette institution qui, seule, a permis de garder l'église au milieu du village au cours des cinquante dernières années, Edouard Balladur propose de la rabaisser, de la placer sous la claire subordination du Conseil des ministres qui, lui, "obéit à une logique intergouvernementale". Pour faire de l'Union une union politique, "priorité doit être donnée à une instance purement politique", affirme l'ancien locataire de Matignon et, en l'occurrence, résidu d'un temps - que l'on espérait révolu… - où certains rêvaient, à Paris, d'une Commission qui soit un simple "secrétariat" au service des capitales, celles des grands pays en particulier. Certes, admet-il, "la Commission n'est pas aujourd'hui un organe seulement administratif": elle est peuplée de femmes et d'hommes qui sont "engagés politiquement". Mais voilà, ajoute-t-il, il n'en demeure pas moins que, "derrière eux, sont à l'œuvre des logiques administratives qui ne doivent pas prévaloir sur la décision politique". Quels que soient les reproches pouvant être formulés à l'encontre de la Commission et de la manière dont elle fonctionne aujourd'hui, cette analyse relève de la manipulation mensongère la plus éhontée, tant il est vrai que la décision politique n'a jamais cessé de relever du Conseil - désormais flanqué, pour ce qui est du domaine communautaire, du colégislateur parlementaire. En clair, Edouard Balladur fait œuvre, en la matière, de désinformation ou, à tout le moins, d'approximation intéressée, au service d'une "certaine idée de l'Europe" qui n'est sans doute plus en adéquation avec les attentes de beaucoup de citoyens européens de France et de Navarre.

Il va de soi que cet a priori jette une ombre et, en tout cas, la suspicion sur les autres idées avancées par Edouard Balladur. Celle, par exemple, qui le voit se demander s'il ne conviendrait pas de "moduler l'influence des différents Etats de l'Union dans les instances et les procédures de décision en fonction à la fois de leur population et de leur contribution nette". Ou celle qui consisterait à mettre en place des cercles de "coopération spécialisée" permettant d'éviter que se crée "un noyau dur de pays, toujours les mêmes, qui progresseraient ensemble dans les domaines identiques et qui pourraient avancer plus vite vers l'intégration, ce qui, à côté d'effets bénéfiques, ne manquerait pas de créer des déséquilibres, des frustrations, et de provoquer un risque de division". En clair, Balladur se veut l'inventeur d'une méthode qui permette de dépasser "les contradictions inhérentes au compromis initial entre une construction de type intergouvernemental et une de type fédéral". Une méthode qui, en somme, consiste à privilégier l'approche la moins vertueuse et la plus problématique… Pour sûr, Descartes doit se retourner dans sa tombe !

Michel Theys

*** L'Europe, notre Etat souverain en devenir. Avenir de l'Europe et Citoyenneté: actions et réflexions des Fédéralistes européens. Union des Fédéralistes Européens - Belgique (214 D chaussée de Wavre, B-1050 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5083035 - fax: 6269501 - Courriel: uef_bel_fr@hotmail.com). 2005, 136 p..

Aboutissement d'un cycle de conférences-débats organisé par la section belge francophone de l'Union des Fédéralistes européens en partenariat avec différentes organisations de la société civile et avec le soutien de la DG Education et Culture de la Commission en vue de sensibiliser à la notion de citoyenneté européenne, cet ouvrage réunit des contributions qui abordent deux thèmes: le projet de traité constitutionnel et la participation des citoyens, d'une part, l'avenir de l'Europe, de l'autre. Parmi les signataires (ou interviewés) connus, on retrouve notamment Etienne Davignon, Bronislaw Geremek, Armand De Decker, Dusan Sidjanski, Pierre Jonckheer, Jean-Claude Juncker, Pervenche Berès, Didier Donfut et Gérard Deprez. La préface est, quant à elle, signée par Jo Leinen, président de la commission constitutionnelle du Parlement européen et président d'honneur de l'UEF, qui, constatant qu'il est difficile pour l'Union "de s'entendre sur des projets concrets si elle ignore sa nature et ses ambitions", juge que les Européens ne peuvent plus se permettre le luxe d'escamoter le "problème de la finalité du projet européen". A noter aussi que cet ouvrage est dédié à la mémoire de Fernand Herman, signataire de plusieurs contributions. Comme en écho aux idées défendues par Edouard Balladur (voir supra), ce député européen trop tôt disparu expliquait notamment, dans l'une d'entre elles, pourquoi le gouvernement européen qu'il appelait de ses vœux ne pourrait jamais être le Conseil. D'abord, avait-il expliqué devant la Convention européenne en juin 2002, parce que "gouverner une des plus grandes puissances commerciales et financières du monde est devenu une fonction à temps plein qui ne peut plus être exercée à titre subsidiaire, quelques heures par mois par des personnes totalement absorbées par la gestion de leur propre pays". Ensuite parce que les membres du Conseil, "élus ou désignés pour défendre l'intérêt national et pas l'intérêt européen, (…) n'hésiteront jamais à sacrifier celui-ci à celui-là". Troisièmement, parce que, "responsables devant leur seul parlement national, ils ne seront jamais sanctionnés pour n'avoir pas bien servi l'intérêt commun", ces personnages étant "démocratiquement irresponsables" devant les représentants élus des citoyens européens. Enfin et surtout parce que, "bien que composé d'hommes forts dans leur pays respectif, le Conseil est la plus faible des institutions européennes", tant il est vrai qu'un "attelage composé de chevaux vigoureux mais tirant dans des directions opposées nous mènera moins loin qu'un attelage de rossinantes faméliques tirant dans la même direction". Allez, Descartes peut se dire que tout n'est pas perdu.

(MT)

*** HURREM CANSEVDI, MONIKA SEINEL: Das Rädewerk der Europäischen Kommission. Economica Verlagsgruppe Hüthig Jehle Rehm (Postfach 102869, D-69018 Heidelberg. Tél.: (49-06221) 489591 - fax: 489450 - Courriel: rez@hjr-verlag.de - Internet: http://www.huethig-jehle-rehm.de ). 2006, 295 p., 49 €. ISBN 3-87081-451-9.

Comment fonctionne la Commission ? Quelles sont ses responsabilités ? Comment le travail y est-il organisé ? Combien de personnes y travaillent-elles ? Comment fonctionne la répartition des tâches avec les autres institutions de l'Union ? Et surtout, où peut-on prendre contact ? Cet ouvrage apporte des questions précises à ces questions et à bien d'autres, en s'employant à dévoiler les "engrenages" de la Commission. Cette quatrième édition a été complètement révisée, mise à jour et amplifiée par les auteurs, de nombreux diagrammes et tableaux venant enrichir le propos. Une source de référence fort utile pour tout qui, à un titre ou à un autre, doit opérer dans l'orbite de cette institution à la fois emblématique et méconnue.

(CDi)

*** The Federalist. A Political Review. Fondazione Europea Luciano Bolis (Edif Onlus, 5 via A. Volta, Pavia, Italia. Internet: http://www.euraction.org ). 2006, n° 1, 76 p..

Avec constance depuis 1959 déjà, la revue fondée par Mario Albertini propage les idées et réflexions fédéralistes sur le monde tel qu'il évolue et, donc, se prépare, notamment à travers l'avant-garde européenne. Cette livraison s'intéresse ainsi à la problématique - de plus en plus actuelle - de l'énergie directement couplée à celle du "nationalisme économique", ce qui plaide, selon les éditeurs, en faveur de la constitution d'une avant-garde européenne. A noter aussi un somptueux propos que Tommaso Padoa-Schioppa a consacré à "l'Europe de la mélancolie".

(PBo)

*** ANNE-KATRIN NEYER: Multinational teams in the European Commission and the European Parliament. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.de ). Collection "Forschungsergebnisse der Wirtschaftsuniversität Wien", n° 10. 2005, 143 p.. ISBN 3-631-54332-8.

Les institutions européennes sont, par nature, peuplées de ressortissants de tous les pays de l'Union. La diversité, point fort et source de fierté de l'Union, est omniprésente dans ces organismes où toutes les nationalités se mettent au service de l'avenir de l'Europe. Dans un souci d'efficacité, le travail d'équipe y est privilégié, mais très peu d'études ont été faites jusqu'à présent pour savoir dans quelle mesure ces cultures, parfois antagonistes, étaient aptes à travailler ensemble. Anne-Katrin Neyer contribue à combler cette lacune avec cette étude effectuée dans le cadre de son doctorat à l'Institut européen de l'Université de Vienne. A travers les cas de la Commission et du Parlement européen, son but a été d'identifier les caractéristiques susceptibles d'influencer les performances des équipes multinationales dans le cadre des administrations publiques. Après une brève introduction, l'auteur expose les bases théoriques de son étude avant d'analyser ensuite la littérature existant sur le sujet. La troisième partie est dédiée à la méthodologie suivie, cette dernière consistant en un recueil de données empiriques qui sont, pour la plupart, des interviews de fonctionnaires européens. Les quatrième et cinquième chapitres présentent les résultats obtenus respectivement pour la Commission et pour le Parlement. La conclusion de l'étude résume les résultats des parties empiriques et offre un certain nombre de méthodes de gestion adaptées à un contexte d'équipes multinationales, ainsi que des pistes pour d'éventuelles recherches ultérieures.

(NDu)

*** GERRIT LINKE: Das Instrument der verstärkten Zusammenarbeit im Vertrag von Nizza. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Interdisziplinäre Europa Studien", n° 3. 2006, 226 p.. ISBN 3-631-54781-1

Même si la coopération renforcée prévue par le traité de Nice n'a encore jamais été appliquée en pratique, sa possibilité n'en existe pas moins: sur le papier, les progrès en matière d'intégration européenne ne doivent plus fatalement être réalisés en même temps, envers et contre tout, par tous les Etats membres. Voici qui n'est pas sans importance après les avatars constitutionnels et dans une Union sans cesse élargie où prévaut l'hétérogénéité des intérêts et des capacités. Cette étude juridique offre une vue d'ensemble des formes précédentes d'intégration différenciée, tant du point de vue de la théorie que de la pratique. Elle s'intéresse aussi aux préalables juridiques à l'établissement et à la mise en œuvre d'une coopération renforcée, ainsi qu'aux conséquences qui en découleraient pour la législation de l'Union. L'auteur cherche encore à discerner dans quels domaines une action de ce type pourrait être envisagée.

(CDi)

*** SUSANNE PFEIFFER: Die deutsch-französische Partnerschaft: störanfällig, aber strapazierfähig ? Eine Analyse im Bereich der Außen-, Sicherheits- und Europapolitik (1990-2000). Peter Lang (voir coordonnées supra). 2006, 419 p.. ISBN 3-631-54656-4.

Depuis le Conseil européen de Nice de décembre 2000, la pérennité des relations franco-allemandes et du rôle moteur joué au sein de l'Union par ces deux Etats fondateurs ne cesse plus de susciter des spéculations et, à tout le moins, des interrogations. Cette étude montre que le doute et le pessimisme en la matière ne sont pas tout à fait injustifiés. Susanne Pfeiffer s'emploie à montrer, dans ce livre, que les élites gouvernementales allemandes et françaises n'ont pas l'adaptabilité requise pour assurer une évolution continue de leur coopération, celle-ci n'étant plus, dès lors, encouragée, ce qui affecte aussi la qualité de la relation entre les deux pays. Pour cette politologue, la solidité de la relation franco-allemande est moindre que ce qu'on pourrait croire - ou espérer.

(CDi)

*** TAMARA EHS: Helvetisches Europa - Europäische Schweiz. Peter Lang (voir coordonnées supra).Collection "Politik und Demokratie", n° 6. 2005, 206 p. ISBN 3-631-54381-6.

Alors que la recherche sur l'intégration européenne s'empêtre encore couramment dans le débat - pourtant désormais si pas dépassé, en tout cas réducteur - entre les fonctionnalistes et les fédéralistes, certains n'hésitant pas à considérer la prise de conscience européenne comme une simple arabesque, l'auteur de ce livre prend l'exemple de la Suisse pour s'employer à démontrer la relation réciproque, au cours de l'histoire, entre le développement du concept d'unité, d'une part, et l'évolution de l'Etat et de la nation, de l'autre. L'exemple peut paraître étonnant puisque la Suisse ne fait pas partie de l'Union européenne, mais il ouvre néanmoins des perspectives intéressantes. En tout cas, de façon originale et grâce à une analyse de texte d'une grande finesse, l'étude révèle l'instrumentalisation de l'idée "Europe" à travers les politiques intérieure et étrangère, le tout invitant le lecteur à tirer ses propres conclusions quant aux évolutions actuelles de l'intégration européenne.

(CDi)

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