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Bulletin Quotidien Europe N° 9297
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/communication

La Commission sonde les experts quant à l'opportunité de mettre sur pied un observatoire indépendant de l'opinion publique européenne

Bruxelles, 30/10/2006 (Agence Europe) - La Commission européenne a organisé vendredi 27 octobre à Madrid la conférence « Comprendre l'opinion publique européenne », la première d'une série de cinq événements portant sur les éléments principaux de son Livre blanc sur la stratégie européenne d'information et de communication. Représentants d'instituts nationaux de sondage, d'entreprises actives dans ce secteur, fonctionnaires européens/nationaux, chercheurs et journalistes ont débattu de la proposition de la Commission de mettre sur pied un observatoire indépendant de l'opinion publique européenne (voir EUROPE n°9121 et 9122). Il émerge des discussions qu'une meilleure collaboration est nécessaire, notamment en vue d'améliorer la méthodologie des enquêtes et la diffusion des résultats. Il n'est cependant pas acquis que la création d'une structure ad hoc au niveau européen représente la meilleure façon d'y parvenir. À Madrid, il fut aussi question du bon usage des sondages dans le fonctionnement de la démocratie, de l'émergence d'une opinion publique européenne, du rôle des médias pour expliquer l'Europe, voire même du projet européen.

« Une suggestion que nous faisons dans notre Livre blanc est de créer un observatoire indépendant de l'opinion publique européenne. L'observatoire pourrait consister en une agence concrète disposant de son propre personnel à temps plein. Ou cela pourrait être un réseau d'experts nationaux se réunissant régulièrement », a déclaré Margot Wallström en introduisant les débats. La Commissaire européenne en charge de la stratégie européenne d'information a indiqué que ses services ont « besoin d'experts pour améliorer l'élaboration des sondages, fournir une analyse rapide et complète des résultats, garantir une couverture et une diffusion médiatiques maximales de ces résultats, contribuer à la prise de conscience de l'opinion publique et nourrir le débat démocratique ». Elle a interrogé les experts sur la nécessité de revoir les « méthodes » utilisées pour sonder l'opinion en y intégrant les nouvelles technologies de communication telles qu'Internet ou la téléphonie mobile. Elle les a questionnés sur l'opportunité d'améliorer les enquêtes de l'Eurobaromètre, en les liant avec d'autres outils de collecte d'informations. Depuis 30 ans, l'Eurobaromètre publie deux fois par an des enquêtes d'opinion essentiellement quantitatives couvrant l'ensemble du territoire de l'UE et relatives à des questions d'intérêt européen.

Quelle serait la valeur ajoutée d'un observatoire indépendant de l'opinion publique au niveau européen ? Antonis Papacostas, responsable de l'Eurobaromètre à la Commission, a dessiné les contours possibles d'une telle structure. La Commission a besoin de mieux savoir ce que les gens pensent de l'Europe et nous avons besoin de mieux communiquer sur notre action, a-t-il déclaré. À ses yeux, un observatoire européen pourrait effectuer des analyses plus approfondies que les enquêtes actuelles et aurait à la fois une fonction de « mémoire » à travers l'étude prolongée de l'opinion publique et une fonction d'« anticipation » afin de mieux prévoir les évolutions de l'opinion des citoyens européens. Et d'ajouter: nous ne souhaitons pas réinventer la roue ni construire « un super-super Eurobaromètre » mais plutôt bénéficier des expériences existantes, peut-être en coordonnant mieux les actions mais sans trop standardiser et en communiquant mieux aux citoyens. « Ne l'oublions pas », a-t-il rappelé, « notre principal obstacle, ce sont les gouvernements nationaux ». Dans leur réponse à la consultation sur le Livre blanc, les États membres ne voient en effet pas d'un bon œil la création d'un observatoire européen. Les directions nationales de l'information veulent maîtriser leurs propres données et ne souhaitent pas devoir se positionner vis-à-vis de données européennes qui les obligeraient à sortir du cadre national, souligne-t-on à la Commission.

Les experts sont d'accord avec la nécessité d'améliorer la collaboration à l'échelle européenne pour affiner la méthodologie des sondages d'opinion et mieux en diffuser les résultats. Mais si certains apparaissent acquis à l'idée d'un observatoire européen, ils sont nombreux à s'interroger sur la nécessité d'établir une telle structure. S'agit-il de créer un organe pour en faire un véritable « outil de pilotage politique » ou de continuer simplement à nourrir la recherche académique, s'interroge Pierre Giacometti, Directeur général de la société d'études française IPSOS. Lena Kolarska-Bobinska, Directrice de l'Institut polonais des affaires publiques, n'est pas fondamentalement opposée à l'idée d'un observatoire, à condition que ce soit fait en collaboration étroite avec l'échelon national. Elle propose pour commencer d'établir un dialogue systématique avec les partenaires sociaux, la société civile, les think-tanks et les journalistes afin d'améliorer la dissémination des résultats de chaque enquête de l'Eurobaromètre. Roger Jupp, qui dirige la société Lansdowne Market Research, a estimé qu'il faudra « examiner avec attention quel type de données devra être collecté », une telle démarche imposant de se demander ce qui constitue l'opinion publique européenne. Existe-t-il « une volonté politique » d'utiliser les données collectées ou s'agit-il d'une démarche « purement académique » ?, a-t-il questionné. « Quand il y a un problème, on propose de créer une nouvelle institution ! », ironise Peter MacDonagh, ancien conseiller du Premier ministre irlandais Bertie Ahern, pour qui un « réseau d'experts en opinion publique » permettrait de diversifier les compétences pour assister la Commission.

Dominique Reynié, Directeur de l'Observatoire interrégional du politique auprès de l'Institut d'études politiques de Paris, a dégagé cinq éléments à prendre en compte dans la réflexion sur la création d'un observatoire indépendant de l'opinion publique: - distinguer les questions européennes (ex: traité constitutionnel, l'euro, l'élargissement) des questions plus générales (ex: égalité hommes/femmes, économie de marché) ; - collaborer avec d'autres organismes similaires au niveau international dans le cadre de travaux de recherche transnationaux ; - produire des données originales ; - rendre publiques ces données afin d'inciter les parties intéressées à les commenter ; - associer des panels d'experts et de journalistes.

Alejo Vidal-Quadras (PPE-DE, espagnol), vice-président du PE en charge de la politique d'information et de communication, a émis des réserves vis-à-vis de la création d'un observatoire européen. Le PE n'y est « pas très favorable », a-t-il fait savoir en se prononçant pour « une plus grande coopération » entre les instituts nationaux de sondages d'opinion. Et d'ajouter: notre objectif ne devrait « pas » être « plus d'informations mais de meilleures informations ».

Dans un effort de synthèse, Claus Sørensen, Directeur général à la communication au sein de la Commission, a vu se dégager des travaux de la conférence « un consensus sur un réseau assistant la Commission sur des questions méthodologiques », tandis que « les missions et le format d'un observatoire indépendant doivent encore être clarifiés ». En guise de conclusion, Margot Wallström a constaté que la proposition d'un observatoire européen ou d'un réseau d'experts était « controversée » et « très discutée ». « Nous y réfléchissons très sérieusement et nous n'avons pas encore abandonné telle ou telle idée », a-t-elle ajouté. Elle a indiqué que la Commission prendra une décision politique « dans le courant du printemps » 2007 au moment où elle présentera les résultats de la consultation paneuropéenne engagée dans le cadre du Livre blanc. Le calendrier est en effet lié aux célébrations qui auront lieu en mars prochain lors du cinquantième anniversaire du traité de Rome.

Dialoguer avec l'opinion publique malgré les difficultés à parler d'Europe

Joaquín Almunia, Commissaire européen en charge des affaires économiques et monétaires, a évoqué « l'asymétrie » entre la véritable « demande d'Europe » de la part des citoyens européens et la difficulté à communiquer sur cette Europe, qui provient notamment des procédures décisionnelles lentes et complexes au niveau européen et de la tendance des décideurs politiques nationaux à se réfugier trop souvent derrière « l'alibi européen » pour se dédouaner de décisions impopulaires prises à Bruxelles.

« Existe-t-il une opinion publique européenne ou s'agit-il de comprendre l'opinion publique en Europe ? », s'est interrogé Alberto Navarro, secrétaire d'État espagnol aux Affaires européennes. Selon lui, la population espagnole est prête à miser sur l'Europe parce que la solidarité européenne a rendu possible la convergence économique de l'Espagne avec le reste de l'UE. Il a salué « le travail exceptionnel des médias » espagnols qui ont toujours évoqué l'Europe comme une « opportunité historique à saisir ».

Alejo Vidal-Quadras a par ailleurs estimé nécessaire de faire prendre conscience aux citoyens européens que le projet européen « n'est pas réservé aux élites » mais qu'ils « peuvent et doivent participer ». Il a rappelé l'initiative du PE d'organiser des fora citoyens dans cinq États membres sur des sujets tels que les frontières ou la dimension sociale de l'Europe. « La réalité est assez sombre », a-t-il observé: nos concitoyens manquent de connaissances sur les questions européennes et l'espace laissé vide est souvent occupé par la démagogie. (mb)

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