Luxembourg, 15/06/2006 (Agence Europe) - Le Conseil d'association UE-Egypte a tenu le 13 juin à Luxembourg sa deuxième session depuis l'entrée en vigueur de l'accord d'association il y a deux ans. La rencontre, à laquelle participait la présidente du Conseil de l'UE Ursula Plassnik, le Haut représentant pour la PESC Javier Solana, la Commissaire européenne aux relations extérieures Benita Ferrero-Waldner, et, du côté égyptien, les ministres des Affaires étrangères Ahmad Abulgeith et du Commerce extérieur Rachid Mohamed Rachid, a été pour une large part consacrée à la politique de voisinage. Le Caire semble marquer une forte réticence à s'engager dans toute forme de conditionnalité politique, estimant que les réformes réclamées par l'UE relèvent de ses propres choix, et n'accepte pas les appréciations européennes sur sa législation sociale (sur l'homosexualité ou le droit des minorités, notamment), ni celles qui s'appliquent aux libertés publiques.
L'UE a, d'emblée, affirmé, par la voix de Mme Plassnik, qu'elle « déplore que le plan d'action dans le cadre de la politique européenne de voisinage n'ait pas encore pu être arrêté, et espère que les négociations aboutiront rapidement au cours des prochaines semaines ». Cela « ouvrirait un nouveau chapitre dans les relations » et offrirait « la perspective d'une coopération renforcée dans les domaines politique, économique et social ». La présidente du Conseil a consacré l'essentiel de son intervention formelle à un plaidoyer détaillé en faveur de la conclusion d'un plan d'action. Elle a annoncé que, dans la perspective d'un « accord imminent » sur le plan d'action, l'UE a « réactivé les procédures lancées en 2005 » (mais suspendues en attendant la mise au point du plan) pour la création de huit sous-comités et d'un groupe de travail destinés à jouer un rôle essentiel en termes de « supervision, de coordination et de mise en œuvre » de la coopération. Un sous-comité des droits de l'homme et de la démocratie est notamment prévu.
Une réunion du Comité d'association aurait lieu avant fin 2006 pour sceller un accord que l'UE appelle de ses vœux de manière pressante, et pour parvenir à instaurer « une coopération et un dialogue politiques plus étroits sur la base (des) valeurs communes ». L'Egypte est appelée entre-temps à des efforts en vue, notamment, « d'accélérer les réformes politiques et économiques, de promouvoir la paix et la stabilité au Moyen-Orient et de lutter contre les menaces communes pour la sécurité ». Et, ajoute l'UE, « La fidélité à ces valeurs communes guidera les relations » à l'avenir, et l'ampleur des financements en dépendra.
En l'état, des points positifs sont relevés. L'UE relève « l'engagement manifesté de longue date par l'Égypte et les contributions précieuses qu'elle apporte » au processus de Barcelone. De même, l'action égyptienne au Moyen-Orient, sur le terrorisme, dans le dossier iranien ou du Soudan lui vaut des appréciations positives. Mais la présidente du Conseil de l'UE expose des « motifs d'inquiétude ». L'UE, rappelle-t-elle, a « récemment fait part de la préoccupation que lui inspiraient la sévérité et le caractère disproportionné du traitement infligé au Caire à des manifestants pacifiques » soutenant des juges égyptiens qui ont critiqué le déroulement des élections législatives de 2005. Elle serait aussi « préoccupée par des allégations de recours à la torture » et est soucieuse que l'Egypte veille davantage aux droits des minorités religieuses et sexuelles ou aux droits des femmes. Sur l'immigration, le satisfecit européen s'accompagne néanmoins du désir de nouer un « dialogue régulier » et de résoudre les différences de perception de la question de la « réadmission » des migrants clandestins.
Au plan économique, l'UE « se félicite que l'Égypte ait mené à bien des réformes économiques remarquables et qu'elle ait renforcé la stabilité monétaire et la croissance économique », mais son effort doit être « poursuivi et approfondi » pour en assurer la durabilité. La signature du plan d'action devrait permettre d'aider l'Egypte à « tenir ses engagements en matière de réformes réglementaires et législatives ». Les ministres égyptiens ont plaidé à la fois le droit de leur pays à mener ses réformes à son rythme, sans interférence extérieure et dans le respect des contraintes nationales. Le Caire réclame par ailleurs une plus grande ouverture du marché européen notamment à ses produits agricoles.
L'Egypte a aussi affirmé la nécessité de susciter un dialogue culturel approfondi en rappelant l'épisode des caricatures danoises.