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Bulletin Quotidien Europe N° 9194
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Projets de M. Mandelson pour améliorer les règles du commerce mondial

Dans l'intérêt du monde. La pression en faveur d'un résultat positif du Cycle de Doha de l'OMC est compréhensible, mais pas à n'importe quel prix. Les conditions et les modalités sont, à mon avis, plus importantes que le succès en lui-même. Dans le commerce mondial, le volume des échanges est loin de représenter l'élément négatif ; sa progression est en général supérieure à la croissance économique. Les vraies priorités sont une meilleure participation des pays pauvres aux échanges mondiaux, la protection de l'équilibre naturel, le respect des règles existantes et l'introduction de règles nouvelles là où c'est nécessaire. Je ne vais pas revenir sur ce que j'ai écrit avant-hier et hier à propos des déviations, abus et dangers résultant de la contrefaçon et de la piraterie, sinon pour citer les conclusions d'enquêtes récentes: « Le commerce de faux médicaments rapporte plus que le trafic de stupéfiants, tout en comportant beaucoup moins de risques». Les conséquences de la situation actuelle sont ainsi résumées: « Economies sabotées, emplois condamnés, vies en danger ». Invoquer des corrections, c'est dans l'intérêt du monde entier et non de la seule Europe. Les enquêtes prouvent que la première victime des faux médicaments est l'Afrique, où les contrôles sont rares ou inexistants mais les effets sont effarants: « Au mieux, le malade ne guérit pas. Au pire, il meurt.» La liste des désastres est longue: 2.500 morts au Niger à cause de faux vaccins contre la méningite, ce n'est qu'un exemple. Selon Christophe Zimmermann, déjà cité avant-hier, « 50% des médicaments mis en vente sur Internet sont des faux». Conclusion globale de Michel Danet, secrétaire général de l'Organisation mondiale des douanes: « La contrefaçon, c'est le deuxième fléau du XXIème siècle, après le terrorisme».

Une priorité étrange. Je m'interroge parfois sur les raisons de la priorité trop souvent attribuée (même de la part de quelques ONG illustres et puissantes) aux intérêts du grand commerce international, alors qu'il en existe bien d'autres, qui s'appellent lutte contre la faim dans le monde et sauvegarde de la nature et de la biodiversité. Pour les pays les plus pauvres, la première exigence est de reconstituer une agriculture de subsistance visant d'abord à nourrir leurs populations, alors que les monocultures pour les exportations vers les pays riches ne profitent qu'au grand commerce et à quelques multinationales (et parfois à des autorités locales corrompues). Certes, les exportations des pays pauvres vers les pays riches, y compris vers l'Europe, doivent aussi être facilitées et encouragées ; mais elles dépendent du maintien des préférences commerciales en leur faveur, alors que l'ouverture des marchés internationaux erga omnes ne les aide guère, ainsi que le prouvent les cas des bananes et du sucre ( mis en concurrence avec les producteurs les plus efficients, bientôt les pays africains n'exporteront plus un seul kilo ni de bananes ni de sucre)

D'autres catégories de pays ont aussi des exigences vitales à faire valoir. Si les pays émergents estiment ne pas encore pouvoir ouvrir à la libre concurrence internationale certains secteurs des services, il faut les comprendre et en tenir compte. De son côté, l'Europe, on le sait, ne peut pas renoncer à l'activité agricole, pour un ensemble de raisons vitales que les lecteurs de cette rubrique connaissent et qui sont désormais reconnues au niveau politique le plus élevé. Elle doit donc résister aux pressions. En échange de contreparties valables, elle peut (et en partie elle doit) supprimer ses subventions à l'exportation qui dérèglent les marchés au détriment des pays pauvres ; mais sur l'accès au marché européen, elle a déjà atteint, et peut-être dépassé, la limite des concessions possibles. Quelques ambitions en moins pour le cycle de Doha, c'est pour l'Europe préférable à l'effondrement des traditions, de la nature et de l'équilibre territorial.

Trois documents pour le prochain semestre. L'évaluation correcte des négociations du cycle de Doha ne réside donc pas dans le froid calcul du volume de commerce supplémentaire qui pourra en résulter, mais dans le respect des exigences essentielles de l'humanité et dans l'équité des échanges. La bonne nouvelle est que Peter Mandelson a annoncé (voir notre bulletin n° 9185) que dans le deuxième semestre de l'année en cours, la Commission présentera trois «communications» concernant: a) une «approche ferme» pour définir une stratégie globale et résolue garantissant que les marchés sont effectivement ouverts et que les règles du libre commerce sont respectées de manière transparente ; b) une réflexion sur un régime antidumping adapté à la mondialisation, tenant compte des changements intervenus dans la production et le commerce ; c) une stratégie européenne spécifique à l'égard de la Chine, mettant l'accent sur la propriété intellectuelle, l'accès aux marchés et les investissements. Un succès équilibré du cycle de Doha reste pour M. Mandelson l'objectif immédiat. Ensuite, son regard se tournera vers l'avenir.

(F.R.)

 

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