Bruxelles, 27/03/2006 (Agence Europe) - L'Assemblée parlementaire euroméditerranéenne (APEM) a ouvert sa session, le 27 mars au Parlement européen à Bruxelles, dans un climat affecté à la fois par les suites de l'affaire des caricatures danoises de Mahomet jugées blasphématoires dans les pays musulmans et par la situation au Proche-Orient. Aucun élu israélien ne participe à la session, les parlementaires israéliens étant tous retenus par les élections du 28 mars dans leur pays. Les Palestiniens sont présents, mais des élus du Conseil législatif palestinien (CLP) n'ont pas pu obtenir un visa d'accès en Europe, leur parti, le Hamas, étant inscrit sur la « liste noire » antiterroriste de l'UE. Le vice-président du Conseil législatif, Hassan Khreishi, élu en tant qu'indépendant, a appelé l'UE à lever l'interdiction qui frappe le Hamas, en déclarant: « Vous voulez promouvoir le dialogue, alors vous devez le faire avec les interlocuteurs que le peuple palestinien a choisi démocratiquement », et « le Hamas est le parti majoritaire ». Une affirmation qui a été soutenue par la socialiste belge Véronique de Keyser, qui a dirigé la mission d'observation de l'UE aux élections palestiniennes du 25 janvier. Il faut, a-t-elle dit en substance, discuter du programme de la nouvelle Autorité palestinienne et maintenir l'aide au peuple palestinien. Le vice-président du CLP a lui aussi mis en garde contre « la rupture » de cette aide, qui « s'ajouterait à l'étouffement économique » des territoires palestiniens par les Israéliens.
La session a été ouverte par le Président du Parlement européen Josep Borrell, qui a ensuite cédé la place de président de l'Assemblée euroméditerranéenne , pour un an, au Président du Parlement tunisien Fouad Mebeeza. Dans ses deux premières années d'existence, notre Assemblée « a fait ses premiers pas dans un contexte marqué de risques », a constaté Josep Borrell. « Le climat politique en Méditerranée s'est détérioré », a-t-il regretté, en évoquant « le problème international provoqué par l'affaire des caricatures danoises ». Dans cette « crise », notre Assemblée a réagi « rapidement », en adoptant la première déclaration commune entre Européens et Arabes à ce sujet, a-t-il rappelé, en poursuivant: « heureusement, les passions se sont apaisées » (…). Mais que « le prix que nous avons payé (…) a été sans doute excessif ». Tout en soulignant que « la liberté d'expression est une valeur fondamentale de l'UE et de la Déclaration de Barcelone », M. Borrell a remarqué: cette crise a provoqué des réactions très différentes, « d'un côté, il y a des Prix Nobel qui insistent sur l'irrévérence¸de l'autre ceux qui proposent des lois pour limiter la liberté d'expression » afin de respecter les religions. La liberté de la presse doit être exercée de manière responsable et dans le respect de la loi, « mais c'est dangereux d'inculper les gouvernements pour ce que publient leurs médias », a averti M. Borrell. Quant aux tensions croissantes entre les deux rives de la Méditerranée, M. Borrell a rappelé que « le retrait des observateurs internationaux (britanniques et américains) et l'assaut militaire presque immédiat de la prison de Jéricho ont aggravé ces tensions », et ont obligé le Président Mahmoud Abbas à interrompre sa visite en Europe et au Parlement européen. Les élections palestiniennes ne sont pas les seules à avoir montré le soutien croissant dont bénéficie « l'islamisme politique », a affirmé M. Borrell, en ajoutant: « En Egypte et en Irak se manifeste la même tendance, et les sondages indiquent que d'autres pays suivront ». «C'est urgent se sortir de cette atmosphère de confrontation », a plaidé M. Borrell, qui a mis en garde: un de nos principaux objectifs et « de rapprocher nos sociétés. Nous avons appuyé l'idée d'une « Alliance de civilisations ». Nous devons contribuer à lui donner un contenu. C'est pour cela qu'a été créée la Fondation Anna Lindh, qui sera présidée à partir de maintenant par le Jordanien Muhteddin Haban Tuq ». Notre Assemblée doit réfléchir sur les « causes profondes de ce malaise », a insisté M. Borrell, qui a exhorté ses collègues: « Soyons un véritable laboratoire d'idées (…). Nous devons mieux structurer nos travaux ». « Occupons-nous maintenant de l'application de l'agenda des prochaines années. Soyons exigeants avec nos gouvernements (…), c'est la première fonction des députés ». Concrètement, M. Borrell s'est félicité de la décision de créer une commission ad hoc sur les femmes dans la Méditerranée et a noté que le Bureau de l'Assemblée a autorisé la prorogation du mandat du groupe de travail sur la paix au Proche-Orient . « Le conflit israélo-palestinien a toujours été le talon d'Achille de la coopération euroméditerranéenne. Malheureusement, nous devons continuer à lutter, comme par le passé, pour avancer malgré cette plaie ouverte », a reconnu M. Borrell, qui a ajouté: « Bientôt se formera le gouvernement de l'Autorité palestinienne. J'espère que cette plénière pourra envoyer un message clair à ce gouvernement (...). Nous devrions lancer un appel (…) afin qu'il remplisse tous ses engagements internationaux à l'égard de l'Europe, mais aussi du monde arabe et dans le contexte de la Ligue arabe. Ces engagements comprennent la mise en œuvre de la « Feuille de route ». Et nous attendons qu'Israël aussi remplisse ses engagements ».
Dans une brève intervention, l'ambassadeur El-Wahah Derbal, représentant personnel du Secrétaire général de la Ligue arabe, a rappelé les enjeux auxquels fait face son organisation, qui tiendra le 28 octobre à Khartoum un sommet auquel Benita Ferrero-Waldner¸ Commissaire européenne aux Relations extérieures, a été invitée à participer. Dans son intervention devant l'Assemblée, Benita Ferrero-Waldner a exposé les initiatives que la Commission européenne entend mener à court et moyen terme dans le cadre du processus euroméditerrranéen de Barcelone, alors que pour la Présidence autrichienne, le Secrétaire d'Etat Franz Morac a esquissé les développements du processus depuis le Sommet de novembre dernier à Barcelone.
La veille de la session (sur laquelle EUROPE reviendra), les commissions parlementaires - politique, sécurité et droits de l'homme, économique et sociale et aspects culturels et humains (dont l'immigration) - se sont réunies pour amender les textes à soumettre sous la forme d'une résolution unique à la plénière. Les débats les plus animés ont eu lieu au sein de la commission politique, l'accent étant mis, comme attendu, sur l'affaire des caricatures danoises et, de manière moins virulente mais catégorique, sur la situation au Proche-Orient. D'un avis général, les discussions ont eu lieu dans une très grande confusion surtout autour de quelques articles demandant une législation européenne spécifique contre l'islamophobie. Le collège regroupant les membres du Parlement européen a rejeté en bloc ce court texte et une rédaction satisfaisante a été trouvée, à l'initiative de membres des parlements nationaux européens. Seule une députée suédoise s'est alliée à ses collègues d'Egypte, de Jordanie, de Palestine et du Maroc, principalement, pour réclamer une législation ad-hoc. Cherifey Osman, sociale-démocrate suédoise, explique sa position par la tradition dans son pays de lois protégeant les minorités.
Sur le Proche-Orient, plusieurs députés, notamment européens (Véronique de Keyser, Luisa Morgantini, Helène Flautre ou Pasqualina Napoletano notamment), ont proposé des amendements au projet de texte qui, au départ, n'appelait que les Palestiniens à respecter les acquis du processus de paix et les engagements pris au titre de la « Feuille de route ». L'appel a été « équitablement » adressé à Israël également, et en particulier au gouvernement qui ressortira des élections de mardi. Mme de Keyser a estimé qu'il fallait dialoguer avec ceux que le peuple a démocratiquement choisi, et Mme Napoletano a insisté sur l'obligation, pour le gouvernement que forme le Hamas, de reconnaitre Israël et les engagements pris. Le vice-président du CLP lui a répondu par l'affirmation qu'en réalité, c'est toute l'OLP qui l'a reconnu. « Vous n'allez pas demander à toutes les factions palestiniennes (qui le composent, dont Hamas) de le faire à chaque fois ? ». Il s'en est, pris à ceux, qui, « en Europe, gardent une mentalité de colonisateur et défendent l'occupation ». « Arrêtez de vous lamenter sur les droits de l'homme lorsqu'on voit ce que subit le peuple palestinien, le citoyen comme le député qui ne peut pas aller aux sessions du parlement palestinien sauf par vidéoconférence. Vous êtes des hypocrites. Vous ne protestez même pas contre les destructions d'infrastructures payées par vous, par le contribuable européen », s'est-il exclamé.