Bruxelles, 27/03/2006 (Agence Europe) - Les réactions des députés européens aux résultats du Sommet européen de printemps des 23 et 24 mars sont relativement positives, mais guère enthousiastes, et souvent contrastées même au sein d'un même groupe politique (voir EUROPE n° 9158 et notre Edition spéciale
N° 9159, notamment sur les commentaires du Président Borrell).
Au groupe PPE-DE, le Président Hans-Gert Pöttering parle d'un résultat « positif, même si pas spectaculaire »: il salue les conclusions sur la directive « services » et sur une plus grande coordination en matière de politique énergétique, et rappelle que la prochaine priorité sera l'accord sur les perspectives financières. D'autres élus de la CDU/CSU voient plutôt le côté négatif des choses. Ainsi, Werner Langen (CDU) n'hésite pas affirmer que l'échec de la tentative italienne d'obtenir une déclaration contre le protectionnisme signifie que le Conseil européen n'a pas obtenu grand-chose sur la politique européenne de l'énergie, car, si les Etats membres « ne sont même pas d'accord sur des principes fondamentaux du marché commun dans ce secteur, comment pourront-ils parvenir à un consensus sur une meilleure coordination de la future politique de l'énergie de l'UE ? ». Selon lui, des pays « avec des marchés de l'énergie libéralisés comme l'Allemagne, le Royaume-Uni ou les Pays-Bas auraient dû soutenir davantage » l'initiative italienne. Quant à Alexander Radwan (CSU), il s'insurge contre « l'égoïsme national » des Etats membres, et dit avoir de plus en plus l'impression que le marché intérieur est « sacrifié sur l'autel de l'élargissement ». Le conservateur britannique Timothy Kirkhope est particulièrement déçu, lui, des conclusions du Sommet sur la directive « services ».
Au contraire, au groupe socialiste, le président du Parti des Socialistes Européens, Poul Nyrup Rasmussen, estime dans un communiqué que « quelques décisions positives et prometteuses ont été prises, malgré les tensions et les désaccords ». L'ancien Premier ministre danois note ainsi que l'initiative sur l'énergie avait été proposée en octobre dernier (au Sommet de Hampton Court) par le social-démocrate Tony Blair, et qu'elle a le plein appui des partis de la famille du PSE. En outre, il salue les progrès faits pas la notion de flexicurité et le soutien donné par les chefs de gouvernement socialistes ou sociaux-démocrates à l'intention de leur homologue portugais d'utiliser la dépense publique pour encourager croissance et emploi (c'est le résultat de la stratégie de croissance et investissement du PSE récemment approuvée par nos leaders à Prague, dit-il). Et il conclut: « Les socialistes ne sont pas favorables au nationalisme ou protectionnisme économique (…), mais les néolibéraux tendent à appeler « protectionnisme » tout ce qu'ils n'aiment pas. Protéger les droits des travailleurs, ce n'est pas du protectionnisme ».
Au groupe ADLE, le président Graham Watson est raisonnablement satisfait. Le Sommet est enfin parvenu à « assigner une mission claire à la Commission et aux Etats membres pour (…) faire progresser l'UE vers les objectifs de la stratégie de Lisbonne », estime-t-il, même s'il reconnaît que « ce coup de pouce n'a été possible qu'en évitant les sujets qui fâchent, comme la résurgence du nationalisme économique ». Par ailleurs, le libéral démocrate britannique réitère sa conviction que « ces « Sommets économiques » de printemps devraient devenir des sessions normales du Conseil européen » car « les chefs d'Etat et de gouvernement ont largement de quoi débattre pour justifier une réunion formelle trois fois par an, plus une réunion informelle en octobre ». Au sein du même groupe, l'Allemand Jorgo Chatzimarkakis salue le feu vert donné à l'Institut européen pour la technologie.
Le groupe des Verts/ALE est nettement plus négatif. « Un autre printemps, un autre Sommet faisant des promesses creuses: les Sommets de printemps sont devenus une routine ennuyeuse et prévisible », déplore la coprésidente Monica Frassoni, qui critique en particulier « les faibles conclusions sur l'énergie, qui ignorent complètement le thème central du dysfonctionnement des marchés de l'énergie ». C'est ce que fait aussi le luxembourgeois Claude Turmes, qui s'indigne: « Les consommateurs européens ont été floués d'au moins 15 milliards d'euros uniquement en 2005 à cause du manque de compétitivité du marché de l'énergie. Le Sommet de Bruxelles a complètement ignoré ce désordre actuel. Tous les bénéfices de la supposée libéralisation du gaz et de l'électricité sont passés dans les poches d'une poignée d'entreprises de l'énergie et de leurs actionnaires ». En outre, il juge « regrettable que la Présidence autrichienne ait cédé au lobby pro-nucléaire, dont la France et la Commission sont le fer de lance », alors qu'il se félicite de l'appel à une augmentation de l'efficacité énergétique et à un objectif de 15% pour les énergies renouvelables d'ici à 2015 (même si un objectif plus ambitieux de 20% « aurait donné un coup de fouet à la confiance des investisseurs dans les technologies à venir »). Le Belge Pierre Jonckheer juge quant à lui « irresponsable » de la part du Chancelier Schüssel de promettre de créer 2 millions d'emplois par an, alors qu'il salue la proposition de demander aux Etats membres de présenter des rapports nationaux sur la protection et l'inclusion sociale d'ici septembre et l'engagement de réexaminer les indicateurs environnementaux structurels.