Bruxelles, 23/03/2006 (Agence Europe) - Dans son intervention devant les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE à l'ouverture des travaux du Sommet de printemps, le Président du Parlement européen, Josep Borrell, a abordé jeudi soir les principaux thèmes d'actualité: stratégie de Lisbonne révisée, emploi des jeunes, stratégie européenne pour l'énergie, financement de l'UE, directive « services », liberté de circulation des travailleurs,
M. Borrell a ainsi salué le début d'appropriation nationale de la stratégie de Lisbonne, tout en regrettant le manque d'objectifs quantitatifs dans les plans de réforme présentés par les Etats membres. Seulement onze parmi eux sont disposés à désigner un « représentant national » chargé de cette stratégie, a-t-il regretté en outre. Par ailleurs, il a relevé la contradiction entre les priorités indiquées par la Commission européenne dans la stratégie révisée (recherche et développement, innovation, éducation et formation, PME) et les perspectives financières 2007-2013 telles qu'envisagées par le Conseil. Il y aura encore un trilogue à ce sujet, « mais des divergences significatives » subsistent au sujet de la flexibilité et des ressources nécessaires pour des politiques présentant un intérêt européen particulier », a noté M. Borrell, en avertissant une fois de plus: il y a là un problème de crédibilité, l'UE propose constamment de nouveaux objectifs sans se doter des moyens pour les atteindre. Et il a lancé aux chefs d'Etat et de gouvernement: évitez de susciter de nouveaux désenchantements sur le projet européen, tâchons de parvenir à un accord qui nous permettra de remplir les attentes que nous avons déjà créées.
Quant au marché intérieur, M. Borrell a souhaité que les pays qui n'ont pas encore aboli les restrictions à l'accès sur leur marché du travail pour les ressortissants des nouveaux Etats membres le fassent le plus rapidement possible (voir autre nouvelle) et, en ce qui concerne les services, il a noté: « le Parlement est parvenu à apaiser les passions autour de la proposition de directive à ce sujet », beaucoup de malentendus ont été surmontés, et le Parlement a réussi à trouver une position moyenne. D'où son appel aux chefs d'Etat et de gouvernement: « Ne détricotez pas un accord élaboré de façon si minutieuse et qui doit permettre le développement d'un marché unique des services dans le respect des systèmes sociaux des Etats membres ».
M. Borrell a aussi tenu à aborder le problème de la pauvreté, qui touche encore 15% de la population de l'UE. L'objectif de la combattre « a pratiquement disparu des propositions de la Commission », a-t-il déploré. Les travailleurs non qualifiés devraient être les principaux bénéficiaires des actions envisagées pour améliorer la sécurité de l'emploi grâce à des programmes de formation, a-t-il aussi remarqué, alors que le rapport de la Commission « démontre le contraire »: seulement 45% (et dans certains pays seulement 20%) des participants à ces programmes sont des travailleurs peu qualifiés. Quant à l'objectif d'offrir dès 2007 à chaque jeune un emploi, un apprentissage ou une formation, M. Borrell s'est exclamé: « s'il ne fallait retenir qu'un seul objectif dans ces conclusions, parfois trop longues pour être bien comprises, ce devrait être celui-là ».
Autres inquiétudes du Président Borrell, la concurrence fiscale entre Etats membres qui risque de miner les bases de la cohésion sociale, et le vieillissement de la population. Dans ce contexte, rappelle-t-il, le Parlement insiste sur l'importance de la politique de l'immigration : or, sept ans après Tampere et quatre ans après Séville, l'Europe n'a toujours pas de politique d'immigration. Nous ne pouvons pas « laisser les pays du Sud de la Méditerranée, les pays de transit ou les pays qui se trouvent en première ligne pour l'arrivée d'immigrés régler seuls un tel problème », plaide M. Borrell, qui rappelle que, en 45 jours, entre 1000 et 1200 immigrants « voyageant sur des embarcations de fortune entre la Mauritanie et les Canaries se sont noyés dans l'océan Atlantique sans avoir pu gagner les côtes de l'Eldorado européen ».
Au sujet de la stratégie européenne de l'énergie, qui doit devenir « un élément essentiel de la politique extérieure de l'Union », M. Borrell reconnaît que l'energy mix est « une question particulièrement sensible au cœur de la notion de souveraineté nationale », et affirme: pour le Parlement européen, la sécurité énergétique à long terme ne sera pas possible sans les énergies renouvelables, mais le Parlement reconnaît aussi le rôle du nucléaire pour l'approvisionnement en électricité. M. Borrell a posé là le problème des « anciens monopoles » qui continuent de dominer les marchés, et a estimé que, dans ces conditions, il « n'est pas étonnant de voir l'Europe (...) se livrer à un pugilat nationaliste entre pays aux yeux desquels l'énergie constitue un problème stratégique au niveau national », en rappelant que le PE a exprimé son inquiétude à ce sujet (EUROPE n° 9153).