Strasbourg, 14/03/2006 (Agence Europe) - Dans un discours au ton résolument volontariste, mardi à la tribune du Parlement européen à Strasbourg, le Président de la République fédérale d'Allemagne, Horst Köhler, a exhorté l'Europe à puiser dans « l'inquiétude créatrice » (un terme qui était le fil conducteur de son propos) qui la caractérise et dans l'idéalisme de sa jeunesse, pour vaincre la morosité actuelle et être de nouveau « en forme ». « Pourquoi, si peu de temps après sa réunification », l'Europe se montre-t-elle « à nouveau si désunie ? », a demandé d'emblée le président allemand. En estimant que « l'Europe sera toujours pleine d'inquiétude créative », il s'est montré confiant que l'Europe saura faire face, « encore une fois », aux défis d'avenir. Ainsi, a-t-il rappelé, il y a trente ans, le ministre néerlandais des Affaires étrangères Van der Stoel disait que, dans une Europe en pleine crise institutionnelle et économique, les trois mots clé « achèvement, approfondissement et élargissement » auraient dû être remplacés par « panne, revers et fuite » Or, il y a vingt ans, l'Acte unique européen ouvrait la voie au marché intérieur, et il y a dix ans, les objectifs du marché intérieur étaient pour l'essentiel atteints. Et l'euro est entre-temps un succès, a ajouté M.Köhler (qui, comme Secrétaire d'Etat à l'époque du Chancelier Kohl, avait très énergiquement plaidé pour la monnaie unique à l'époque où, en Allemagne, elle n'était guère populaire: NDLR).
L'Europe a donc montré qu'elle est « capable de transformer des défis en des chances », estime le Président allemand, qui avertit cependant qu'il y a des conditions à respecter . D'abord, a-t-il dit, très applaudi, « celui qui affaiblit le marché intérieur par le protectionnisme se fait du mal à lui-même(…), il méconnaît la dimension de la concurrence mondiale et fait entrevoir à ces citoyens une fausse sécurité », car il « limite à long terme la capacité de l'Europe d'affirmer sa place dans le monde, de créer des emplois avec une perspective d'avenir et les moyens d'obtenir un équilibre social ». Une autre condition est le respect de la subsidiarité, et M.Köhler salue le travail de simplification législative lancé par la Commission Barroso, en particulier parce que les processus décisionnels européens demeurent obscurs pour les citoyens. En même temps, il prévient: mais les citoyens « ne veulent pas être seulement des spectateurs qui comprennent (…),ils veulent être entendus, et veulent pouvoir prendre l'initiative ». « Subsidiarité, transparence, participation démocratique, droit à l'initiative citoyenne: tout cela est dans le Traité constitutionnel (…) et le Traité contient beaucoup plus de choses bonnes et justes. Et nous ne devrions pas renoncer à la légère à tout cela, d'autant plus que quatorze pays membres ont déjà ratifié le traité ». Applaudi par la majorité des députés, hué par les eurosceptiques, M. Köhler a poursuivi: l'Europe se trouve maintenant dans une phase de réflexion, mais nous devrons aussi « parler sérieusement et concrètement entre nous, dans les institutions européennes et dans les partis, tout comme dans l'opinion publique (…). La diversité et la créativité ne pourront que faire du bien à ce débat européen, et une seule chose devrait compter: la force de l'argument juste ». Selon Horst Köhler, « les citoyens se félicitent aussi lorsque l'Union se fixe de nouveaux objectifs et prend des mesures qui rendent la vie des Européens plus facile et plus sûre. L'exemple le plus récent et le plus frappant est celui de la politique de l'énergie. (….) Dans cette question, nous avons besoin rapidement de bonnes décisions ».
Le Président Köhler a tenu à citer un exemple de débat réussi avec les citoyens, avec des jeunes citoyens cette fois-ci, lors de la rencontre qu'il a organisée à Dresde, afin de poursuivre un dialogue ouvert par l'ancien président portugais Sampaio, justement avec M. Sampaio et les présidents de la République autrichien, finlandais, italien, hongrois et letton, avec cent étudiants de sept pays d'Europe. Ces jeunes étaient « bien préparés », ils avaient rédigé leurs « Demandes de Dresde pour la cohésion de l'Europe », a noté M. Köhler, en précisant: ils pensent à un droit électoral unique, ils souhaitent une Maison de l'histoire européenne, ils veulent que l'UE consacre 5% de son PIB (au lieu de 3% selon les responsables politiques) à la recherche et développement, ils demandent une armée européenne et un service civil européen. Cet idéalisme et cet enthousiasme ont « beaucoup de l'enthousiasme de ceux qui ont reconstruit l'Europe après la guerre (…), c'est là la typique inquiétude créative » de l'Europe, a affirmé M.Köhler, en concluant: certains de ces étudiants avaient profité du programme Erasmus. Jacques Delors avait proposé de créer « un chèque européen pour l'éducation, et je trouve l'idée excellente. Prenons comme l'exemple cet élan des jeunes ».
Le Président Borrell avait accueilli le Président Köhler comme « le paradigme de l'Europeén , en lui disant: vous m'avez raconté votre expérience d'enfant réfugié, rentré dans un pays détruit, puis votre expérience de l'étranger (notamment à la tête du Fonds Monétaire International: NDLR), donc vous avez vu l'Europe de l'intérieur et de l'extérieur, et vous avez toujours combiné parole et action.