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Bulletin Quotidien Europe N° 9107
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/ukraine

Moscou est accusée de chantage politique envers Kiev dans le cadre de la querelle tarifaire sur le gaz

Bruxelles, 11/01/2006 (Agence Europe) - Alors que le conflit gazier opposant Moscou à Kiev - temporairement résolu la semaine dernière avec l'accord tarifaire auquel sont parvenus les gaziers russe Gazprom et ukrainien Naftogaz (EUROPE n° 9102) - prend une nouvelle tournure aux allures de crise politique en Ukraine à moins de trois mois des prochaines élections législatives (250 députés sur les 450 que compte le Parlement ukrainien ont rejeté mardi l'accord du 4 janvier), les membres de la délégation du PE chargée de la coopération avec l'Ukraine ont eu mercredi matin un échange de vues avec l'ambassadeur ukrainien auprès de l'Union, Roman Shpek. A l'image du représentant ukrainien, tous les députés intervenus dans le débat ont clairement accusé Moscou de pratiquer un injuste chantage politique envers Kiev dans le conflit sur le gaz dont l'Union a été la semaine dernière une victime collatérale. « Pour la première fois, Moscou a utilisé à grande échelle l'arme du gaz contre l'Union », a déploré le président de la délégation pour les relations avec l'Ukraine, le socialiste polonais Marek Siwiec. Plusieurs Etats membres ont en effet été temporairement affectés par l'arrêt des livraisons de gaz russe à destination des Ukrainiens les 1er et 2 janvier derniers. « La dispute n'est pas énergétique, elle est politique », a estimé M. Siwiec, avant d'accuser la Russie de vouloir « aller à contre sens de l'histoire un an après la Révolution orange ». « C'est un exemple de pensée impérialiste », a protesté le député polonais. « La manière dont la Russie a procédé avec l'Ukraine est inacceptable », a renchéri le président de la délégation du PE chargée des relations avec la Russie, le chrétien-démocrate néerlandais, Camiel Eurlings, pour qui « le lien politique est évident »: la Russie veut « faire payer à l'Ukraine le prix fort » pour sa perte d'influence sur les pays satellites ou ex-républiques de l'URSS. « Nous dépendons de l'énergie russe, mais la Russie ne doit pas oublier qu'elle dépend aussi des achats du riche client qu'est l'Union », a lancé M. Eurlings, pour qui une coopération plus étroite avec Moscou est nécessaire mais si certaines « conditions de confiance » sont respectées: garanties non seulement sur l'approvisionnement énergétique, mais aussi en matière de démocratie et d'Etat de droit ou encore de sécurité (respect de la non prolifération des armes nucléaires, en particulier dans le contexte de la crise iranienne). « Nous voulons que la Russie soit un partenaire privilégié, mais nous n'accepterons pas cela à n'importe quel prix », a averti
M. Eurlings. S'il a, lui aussi, accusé Moscou d'utiliser l'arme du gaz à des fins politiques dont les citoyens européens sont menacés d'être des « victimes économiques », le socialiste néerlandais Thijs Berman a aussi dénoncé « la timidité des Européens à l'égard du Kremlin ». « La Russie devient de plus en plus autoritaire, c'est indéniable », a déploré pour sa part le conservateur britannique Charles Tannock. Pour l'ambassadeur ukrainien Roman Shpek, les récents événements ont permis de tirer trois enseignements: - l'Ukraine « a fait preuve de détermination à régler cette crise énergétique profonde d'une manière civilisée » et « prouvé qu'elle est disposée à être un partenaire responsable et sur lequel on peut compter » en ne ménageant aucun effort pour assurer la continuité des livraisons de gaz russe à destination de l'Union et sa responsabilité de pays de transit. Elle a en outre démontré « une adhérence totale aux valeurs communes de l'Europe » ; - les tentatives russes de « créer une situation de crise dans la sphère du gaz et de l'utiliser comme un instrument de pression politique pour parvenir à ses fins à la veille d'élections législatives cruciales en Ukraine » sont évidentes ; - « une diversification des routes d'approvisionnement unit l'Union et l'Ukraine dans l'objectif commun de réduire la dépendance d'une seule source et du comportement imprévisible de la Russie ». Pour le représentant de Kiev, « la leçon la plus importante, c'est qu'il faut mettre enfin un terme à la « période de réflexion » sur les perspectives d'adhésion de l'Ukraine à l'Union ». « Le plus tôt elle se produira, le mieux ce sera », a conclu M. Shpek, en assurant que l'adhésion serait « le seul moyen de sauver l'Ukraine ».

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