Bruxelles, 20/12/2005 (Agence Europe) - Le gouverneur de la Banque d'Italie, Antonio Fazio, a finalement accepté le 19 décembre de donner sa démission, quelques jours après l'annonce de l'ouverture d'enquêtes à son égard, notamment, pour délit d'initié. J'ai pris cette décision « de manière autonome, avec la conscience tranquille », afin de « ramener la sérénité dans l'intérêt supérieur du pays et de la Banque d'Italie », dit-il dans un communiqué. Silvio Berlusconi a estimé qu'il s'agissait « d'un acte de grand sérieux et de grande responsabilité », alors que le directeur de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, a avoué son soulagement en déclarant que c'était « la meilleure décision à prendre ». La crédibilité de la BCE était en jeu, M. Fazio étant membre de son Conseil des gouverneurs.
A la tête de la Banque d'Italie depuis douze ans, Antonio Fazio est mis en cause pour sa partialité dans la gestion des OPA du néerlandais ABN-Amro et de l'espagnol BBVA sur deux banques italiennes - OPA qu'il a tenté de faire échouer afin d'éviter la participation de banques étrangères dans le capital des banques nationales. Depuis des mois, la situation du Gouverneur de la Banque d'Italie n'était plus tenable. Gouvernement italien, opposition, patronat, syndicats, milieux de la finance et dernièrement la Commission européenne (qui a lancé une procédure d'infraction à l'encontre de l'Italie: voir EUROPE n° 9088), tous ont appelé le gouverneur à rendre des comptes, mais M. Fazio n'a cessé de se défendre avec fermeté, en affirmant qu'il agissait « conformément à la loi italienne » et qu'il n'avait « rien à se reprocher ». En définitive, ce qui accéléré sa chute, c'est l'incarcération la semaine dernière de Gianpiero Fiorani, ancien numéro un de la Banca popolare italiana, impliquée dans l'affaire de l'OPA d'ABN-Amro sur Antoveneta. M. Fiorani aurait offert entre 1999 et 2003 au gouverneur Fazio des « cadeaux somptueux » d'une valeur incalculable. La BCE a estimé qu'il s'agissait là d'une violation grave du code de conduite souscrit par les membres du Conseil des gouverneurs et a ouvert une enquête interne.
Parmi les candidats à la succession d'Antonio Fazio, on cite Mario Monti, ancien Commissaire européen (notamment à la Concurrence), Antonio Padoa-Schioppa, ancien membre du Directoire de la BCE (qui dirige actuellement à Paris Notre Europe, la fondation de Jacques Delors), Mario Draghi, vice-président de Goldman Sachs qui a été en particulier directeur général au Trésor, Vittorio Grilli, directeur général au Trésor depuis quelques mois, Alberto Quadrio Curzio, professeur d'économie à Milan, et l'ancien ministre du Trésor Domenico Siniscalco.