Bruxelles, 20/12/2005 (Agence Europe) - Tony Blair a défendu bec et ongles, mardi à Bruxelles, les résultats du Conseil européen des 15 et 16 décembre sur les perspectives financières 2007-2013, et aussi le bilan de six mois de présidence britannique, face à des députés européens en général très critiques et dans quelques cas (du côté des eurosceptiques britanniques) agressifs sinon injurieux. Devant la Conférence des présidents des groupes politiques élargie à tous les parlementaires intéressés, le Premier ministre britannique a reconnu à plusieurs reprises que l'accord atteint sur les perspectives financières n'était « pas idéal », mais qu'il était nécessaire pour pouvoir tourner le regard vers l'avenir. Le Président de la Commission européenne José Manuel Barroso lui a prêté main forte, en rappelant la difficulté de la négociation et en notant que certains Etats membres considéraient déjà excessif ce que le Parlement juge insuffisant si l'Union européenne doit être à la hauteur de ses tâches. L'accord au sommet, ce ne sont pas encore les futures perspectives financières de l'Union, ont souligné plusieurs députés, en rappelant que le Parlement avait encore son mot à dire. Le Président Barroso a assuré pour sa part qu'il avait « toujours rappelé aux Etats membres qu'il faut respecter les droits du Parlement » et qu'il faut commencer maintenant à négocier avec lui.
A ce propos, M. Barroso a semblé faire un petit pas de plus que lors de sa conférence de presse de lundi (lorsqu'il avait dit qu'il ne croyait pas à une amélioration substantielle du résultat du Sommet: voir EUROPE N.9093), en déclarant: pour les dépenses destinées à la culture, éducation, apprentissage tout le long de la vie, jeunesse et citoyenneté, il faudra faire « un effort supplémentaire », et si nous travaillons étroitement ensemble, « nous pourrons avoir quelques réelles améliorations ». M. Barroso s'est référé là au point 7 de l'accord sur les perspectives financières (que nous publierons intégralement dans EUROPE/Documents) qui affirme que le Conseil européen appelle le Conseil, sur la base d'une position commune, à s'entendre avec le Parlement européen sur un nouvel accord interinstitutionnel reflétant les conclusions du Sommet. Dans ce contexte, le Conseil européen prend note du fait que la Commission fera des propositions concrètes afin d'accroître la flexibilité du cadre financier, a souligné le Président Barroso, en constatant que le Parlement européen tient à cette flexibilité accrue, et en répétant: la Commission européenne est prête à travailler très étroitement avec le Parlement européen « pour avoir un bien meilleur budget ».
C'est clair que le Parlement européen aurait préféré un accord à « un niveau plus élevé », mais je pense que ce que nous avons obtenu était le « maximum que nous pouvions atteindre dans les circonstances » actuelles, a affirmé d'emblée Tony Blair, en ajoutant: l'objectif était de faire de l'élargissement un succès, et mon pays, qui a été un des défenseurs de l'élargissement ne peut pas continuer à l'être sans vouloir y mettre les moyens nécessaires. Quant au rabais britannique (sur lequel il a été violemment attaqué par plusieurs conservateurs britanniques et des élus du UK Independence Party), M. Blair a constaté que « pour la première fois », dans les contributions au budget de l'UE, « il y aura grosso modo égalité entre pays d'une taille similaire ». Critiqué par des parlementaires de tout bord qui lui reprochaient la contradiction entre la « vision » qu'il avait illustrée en juin dernier devant le Parlement et les montants finalement modestes prévus pour les dépenses d'avenir (innovation, R&D etc.), M.Blair a assuré: cette proposition fait « bien plus pour l'avenir que ne le pensent certains » (l'un de ces députés était Jerzy Buzek, membre polonais du groupe PPE-DE et rapporteur sur le septième programme de recherche et développement). En juin, a rappelé en outre M. Blair, je vous avais dit qu'il fallait entreprendre une réforme et une restructuration du budget, et c'est ce que nous avons décidé de faire à partir de 2008 - bien sûr, sur la base d'une proposition de la Commission et en décidant à l'unanimité. Ainsi, on pourra réellement réfléchir « à quoi devrait ressembler un budget raisonnable de l'UE, a insisté le Premier ministre britannique, qui a comparé le budget européen tel qu'il a évolué au fil des années à une « maison avec différentes pièces construites à des époques différentes par différents architectes d'intérieur ». Maintenant, il s'agit de voir la maison dans son ensemble, et nous pourrons le faire dans le contexte du débat sur l'avenir de l'Europe, note M. Blair, en précisant: il fallait régler la question du budget pour pouvoir revenir aux questions qui se sont posées au début de notre présidence après les « non » français et néerlandais, à savoir « comment reconnecter l'Europe à ces citoyens ». Selon lui, pour le faire, on ne devra pas se limiter à rappeler « les réussites du passé, même si elles sont immenses », mais il faudra se montrer capables d'affronter les défis de l'avenir, à savoir: faire face à la mondialisation (pour y répondre il faut notamment achever le marché unique, ce qui signifie aussi adopter la directive sur les services), continuer à « œuvrer pour la cause de l'élargissement » (l'élargissement à l'Europe centrale et orientale est l'une des « meilleurs choses » qui nous soient arrivées, et la leçon à tirer est qu'il ne faut pas avoir peur des élargissements qui, au contraire, « ajoutent à notre force »), l'immigration illégale, le terrorisme (« je remercie le Parlement pour l'accord sur la rétention des données, et le fait que cela relève du premier pilier est un signe de notre bonne volonté à son égard »), le rôle international de l'UE (il faudra achever les négociations à l'OMC, bâtir sur les résultats de Montréal où pour la première fois on a pu associer tous les principaux pays du monde à l'effort contre le changement climatique, concrétiser le paquet développement, poursuivre les missions de l'UE au titre de la PESC).
José Manuel Barroso: « pensons un moment quelle serait l'ambiance si nous n'avions pas eu accord… »
Si nous n'avions pas eu de décision sur les perspectives financières « au moins au niveau des Etats membres », comment « nos partenaires nous auraient-ils regardé ? », « pensons un moment quelle serait l'ambiance aujourd'hui sans accord », a lancé le Président Barroso aux députés mécontents d'un résultat imparfait. Maintenant, nous devons avoir un débat réellement européen sur les perspectives financières, a-t-il estimé, car actuellement il y a 25 conclusions différentes sur le Sommet (selon lesquelles tous les 25 « ont gagné »), et même 50 analyses différentes, parce qu'en général les gouvernements sont pour l'accord obtenu alors que l'opposition est contre. « Notre ambition va bien au-delà de ce budget », mais honnêtement, c'était difficile d'obtenir un « meilleur accord », notamment à cause des contraintes budgétaires nationales, a répété M. Barroso. Et il a ainsi interpellé les députés européens: « vous pourriez faire un peu plus de pression sur vos partis chez vous, parce qu'ici, vous demandez pour l'Europe un budget égal à 1,08%,, et vos partis, à la maison, disent que 1,03% c'est déjà trop ! ». Pour M. Barroso, ce qui est positif c'est que, tout en évitant la paralysie maintenant, on a « ouvert des possibilités pour le futur », avec la clause de révision du budget (qu'il avait lui-même proposée et qui avait été déjà acceptée par la Présidence luxembourgeoise). « Cette vision du futur a sauvé les perspectives financières », juge M. Barroso, pour qui le débat sur l'avenir de l'Europe, « c'est aussi un débat sur les ressources ». La Commission prendra cet exercice au sérieux, ce ne sera « pas un exercice bureaucratique, nous voulons le faire avec vous, avec l'opinion publique », a assuré le Président de la Commission (pourquoi ne pas introduire la démocratie dans ce débat, en faisant des perspectives financières un thème sur lequel les citoyens auront à se prononcer lors des élections européennes de 2009 ? a demandé le socialiste espagnol Enrique Baron). En attendant, dans l'immédiat, on doit pouvoir « parvenir aussitôt que possible à un accord interinstitutionnel », espère M. Barroso.
Pour la plupart des groupes politiques, le résultat du Sommet devrait être amélioré
De manière nuancée ou catégorique, la plupart des députés intervenus dans le débat ont estimé que le résultat du Conseil européen sur les perspectives financières devrait être amélioré. C'est une base de négociations, ont accordé certains, alors que d'autres ont été nettement plus négatifs. « Il n'y a pas encore de perspectives financières, il y a juste une décision du Conseil européen », a précisé Hans-Gert Pöttering, Président du groupe PPE-DE en ouvrant le feu. Et il a mis en garde les gouvernements: si vous ne négociez pas avec nous dans un esprit d'ouverture, sachez que, en l'absence de perspectives financières, notre marge de manœuvre (selon la procédure budgétaire annuelle) serait supérieure de 30 milliards à votre paquet… L'élu de la CDU, comme MM. Blair et Barroso, a rendu hommage au travail fait par Jean-Claude Juncker avant la présidence britannique (et il a noté en passant que le Premier ministre luxembourgeois mérite bien le Prix Charlemagne qu'il va recevoir le 25 mai 2006 à Aix-la-Chapelle). C'est vrai que votre situation chez vous est très compliquée, a dit M. Pöttering à M. Blair, en l'exhortant à poursuivre sur la même voie, et en constatant: en Europe, il faut à la fois « patience et passion, patience and passion ». Hannes Swoboda, vice-président autrichien du groupe socialiste (qui s'exprimait à la place du président Martin Schulz qui fêtait ses 50 ans), a reconnu plusieurs mérites à la Présidence britannique (poursuite de l'élargissement, accord sur la rétention des données, « presque consensus sur REACH »), mais s'est exclamé: « vous ne pouvez pas sérieusement penser que vos perspectives financières peuvent être la base pour les élargissements futurs ! ». Vous nous dites qu'un accord manqué aurait été pire, mais l'Europe ne doit pas « se limiter à éviter le pire (…) déjà à Nice on avait évité le pire », a averti M. Swoboda qui, en reprenant l'image de M. Schulz comparant la Présidence britannique au malheureux Titanic, a estimé: « vous avez évité l'iceberg, mais le navire n'est pas encore sur sa bonne route (…) ; mais ce n'est pas seulement votre faute, c'est vrai » (le navire est « à la dérive », a renchéri le non inscrit polonais Ryszard Czarnecki). « Telles qu'elles sont, nous ne pouvons pas accepter vos propositions », a conclu M. Swoboda.
Plusieurs députés ont reproché ce qu'ils considèrent un trop maigre résultat à l'attitude de l'ensemble des Etats membres, et ont critiqué la manière de laquelle s'est déroulée la négociation (avec du « sucre » distribué à droite et à gauche, a protesté la socialiste espagnole Barbara Dührkop Dührkop). « Je ne vous envie pas. Vous étiez comme des grimpeurs qui, en montagne, se lient ensemble avec une corde, car autrement les plus raisonnables d'entre eux rentreraient à la maison », a dit à Tony Blair le président du groupe ALDE Graham Watson. Si le Parlement devait voter aujourd'hui sur les perspectives financières, nous rejetterions votre proposition, a affirmé le libéral démocrate britannique, avant de noter: mais nous ne votons pas aujourd'hui, et il y a « de la place pour la négociation ». M. Watson a, cependant, reconnu que c'était très difficile de trouver un accord sur un budget à long terme en présence de « tant d'agendas conflictuels » des différents Etats membres. Le vrai défi pour vous, c'est l'état de votre opinion publique, a-t-il estimé en s'adressant à Tony Blair et, en admettant que ces difficultés sont exacerbées par les « plumes empoisonnées » d'une partie de la presse britannique, il lui a reproché: avec votre approche « rhétorique, votre mauvaise tactique de négociation, vous avez fait bien peu pour changer le climat ». Monica Frassoni, coprésidente du groupe des Verts/ALE, a été encore plus explicite: nous n'avons plus de temps pour « du double langage, s'il vous plaît, épargnez-nous ça », a-t-elle affirmé, en prévenant: nous rejetons votre proposition, parce qu'elle n'est pas à la hauteur des défis. Comme d'autres députés, la verte italienne a demandé plus d'argent pour le développement rural, l'action extérieure de l'UE, la culture et la jeunesse, et moins pour la fusion nucléaire (mettez ailleurs ces 3 milliards d'euros destinés à quelque chose qui n'est pas encore à notre portée, s'est-elle exclamée). En outre, Monica Frassoni a estimé que le Commissaire Barroso devrait être « un peu plus engagé » en faveur des dépenses administratives, après « les réformes désastreuses » de Neil Kinnock (ancien vice-président de la Commission Prodi). Quant à Giusto Catania, qui s'exprime à la place de Francis Wurtz, président du groupe GUE/NGL, il a été totalement négatif: c'est un des pires accords imaginables, il ressemble trop à la lettre « des six du 1% », il va vers une Europe « à deux vitesses, et peut-être même trois », et pour une Europe à 27 nous aurons un budget inférieur de 25% de celui de l'Europe à 15. Nettement positif, l'Irlandais Brian Crowley, président du groupe de l'Union de l'Europe des nations, a félicité au contraire Tony Blair pour le sommet et pour la Présidence britannique (dont le Président Borrell avait aussi reconnu la présence constante au Parlement européen, en notant: « le vice-premier ministre Prescott fait pratiquement partie du paysage parlementaire ! »). « Aucune solution n'est une solution parfaite », a estimé M. Crowley à propos des perspectives financières. Et il a conclu en exhortant Tony Blair: votre engagement ne doit pas cesser avec la fin de la présidence, vous devez coopérer avec les présidences successives.
Nigel Farage, coprésident du groupe Indépendance et démocratie, n'est pas satisfait non plus de la Présidence britannique, mais pour d'autres raisons. Tony Blair a promis de ne pas mettre le chèque britannique sur la table, mais il l'a fait, et la seule chose qu'il a réussi, c'est l'ouverture des négociations à la Turquie à laquelle s'oppose « une vaste majorité d'Européens » et qui coûterait encore plus d'argent, a énuméré l'élu du UK Independence Party (UKIP). Pourquoi le contribuable britannique devrait-il payer pour le métro de Varsovie ou les égouts à Budapest, alors que les transports publics de Londres « s'écroulent ? », a-t-il demandé, avant d'affirmer: « Chirac, contrairement à vous, défend les intérêts nationaux ». Encore plus virulent, le conservateur britannique Roger Helmer (non inscrit, car, expulsé du groupe PPE-DE) a accusé Tony Blair de « vendre en tranches de salami » le rabais britannique, sans rien obtenir en échange. Gordon Brown avait raison de dire que personne ne croit plus un mot que vous prononcez, a-t-il dit à
M. Blair, pour conclure: il semble que vous vous inquiétez de votre « héritage », et bien, on se souviendra de vous comme de celui qui « a gaspillé l'héritage Thatcher ». C'est grâce à Margaret Thatcher que l'Europe centrale et orientale va mieux, et pas à l'Union européenne, a affirmé un autre élu du UKIP, Gerard Batten, pour qui la politique européenne actuelle tend à faire de ces pays des « drogués des subventions » - ce que Tony Blair a rejeté avec véhémence. Le chef de file des conservateurs britanniques Timothy Kirkhope a brandi une feuille blanche en s'écriant: « le bilan de votre présidence, c'est ça, M. Blair ! » (le Premier ministre lui a répondu en lui souhaitant de réussir à garder ses troupes au sein du groupe PPE-DE, alors que le nouveau leader des Tories, David Cameron, a promis de les faire sortir). « Votre bilan est catastrophique », a fustigé un autre Tory, Geoffrey Van Orden, en citant la situation en Ethiopie et au Zimbabwe. Si l'Ethiopie et l'Erythrée sont presque en guerre, ce n'est pas la faute de notre présidence, a répliqué M. Blair. A M. Van Orden qui s'impatientait (« Et Mugabe, et Mugabe ? »), M. Blair a rétorqué: « il y a tant de problèmes dans le monde, je fais de mon mieux: laissez-moi souffler ! ». Esko Seppänen (GUE/NGL, finlandais) s'en est pris, lui, au Président Barroso, en se demandant: « quel rôle il joue dans le cirque Blair: clown ou trapéziste ? ».
Vous êtes « un vendeur fantastique », a reconnu à M. Blair la libérale allemande Silvana Koch-Mehrin, sévère sur le fond, alors qu'Alexander Stubb (PPE-DE, finlandais) lui a dit qu'il sympathisait avec lui, en plaisantant: au sommet, l'accord a finalement été obtenu par trois « leaders du centre droit: Merkel, Barroso et…Blair ». D'autres députés ont fait des suggestions concrètes, comme le travailliste britannique Terence Wynn, qui a suggéré d'économiser un milliard d'euros en supprimant les sessions à Strasbourg, ou le libéral démocrate Andrew Duff qui a proposé de mettre en place une commission d'enquête, avec des représentants du Parlement, pour préparer la « renégociation du système de financement ». Pourquoi ne pas réexaminer les dépenses de la PAC afin de tenir compte de la réforme du régime « sucre » et des résultats de la conférence de l'OMC à Hong-Kong ? a demandé pour sa part le travailliste britannique Richard Corbett.
Tony Blair, après avoir fait tomber sa veste, a répondu à presque tous les députés, à qui il a dit: d'après mon expérience, « en politique, il y a trois groupes de personnes »: « les réactionnaires » (en s'adressant aux eurosceptiques britanniques qui arboraient en plénière le Union Jack, M. Blair a dit: « vous qui êtes venus avec le drapeau de votre pays, vous ne représentez pas votre pays ») ; les « commentateurs »; les « faiseurs ». Les problèmes, ce ne sont pas les commentateurs qui les règlent, mais les faiseurs, a-t-il conclu.
M. Blair: cela aurait été plus facile pour moi de bloquer un accord au sommet - M. Borrell: le
Parlement n'a pas encore fixé ses « lignes rouges »
Lors de sa conférence de presse à l'issue du débat, Tony Blair a réitéré son appel pour un « réexamen fondamental » du budget qui doit commencer déjà « à mi-chemin » des nouvelles perspectives financières, dès 2008, et qui doit aboutir à un budget « plus rationnel » au plus tard en 2014. La réforme du système des ressources propres, devrait-elle inclure l'introduction d'une taxe européenne ? lui a-t-on demandé. « Je n'ai jamais été favorable à des taxes européennes. Attendons de voir ce que la Commission proposera dans son rapport » en 2008/2009, s'est limité à dire M. Blair. Le Premier ministre britannique est revenu sur les virulentes critiques auxquelles il doit faire face dans son pays depuis l'accord du week-end dernier (une critique qu'il ne peut pas partager « car il s'agit d'un accord équitable pour le Royaume-Uni », notamment parce qu'il garantit, « pour la première fois », une « parité » entre les contributions nettes britanniques et celles d'autres pays comparables, notamment la France). Sur le fond, « le peuple britannique n'est pas hostile à l'Europe », mais il n'est pas surprenant de voir que le soutien en faveur de l'UE diminue « si, dans la presse britannique, vous lisez que le Royaume-Uni est le seul à payer pour l'élargissement » ou que le gouvernement britannique a « cédé le rabais sans contrepartie ». C'est le grand problème d'une grande majorité de la presse britannique qui, sur les questions d'intégration européenne, n'est « pas objective mais plutôt partielle ». Evidemment, « le plus simple aurait été pour moi de bloquer un accord au Conseil européen, de rentrer chez moi et de dire: je suis resté ferme sur tous les points. Cependant, dans ce cas, l'élargissement ne fonctionnerait pas », alors que « nous en bénéficions beaucoup », a martelé M. Blair. Il est encore plus « absurde » de dire que le Royaume-Uni serait mieux servi s'il quittait l'Union européenne. « Les intérêts britanniques sont le mieux défendus si nous sommes des bons partenaires en Europe. C'est dans notre intérêt », a souligné M. Blair.
Le Président du Conseil européen s'est dit confiant que la réforme à long terme du budget européen pourra réussir. « Je pense qu'il est juste de dire qu'une majorité du Parlement européen est en faveur des réformes, ce qui est un signe d'espoir pour l'avenir ». Quant à la « Commission Barroso, elle est très certainement une Commission favorable aux réformes ». Reste à voir si, le moment venu, les Etats membres seront aussi prêts à faire le pas vers les réformes nécessaires, a ajouté M. Blair.
M. Blair n'a pas voulu spéculer sur les marges de manœuvre qui existent encore pour augmenter le budget lors des négociations interinstitutionnelles avec le Parlement européen. Il a seulement rappelé, avec José Manuel Barroso, que pour plusieurs Etats membres, « le plafond de 1,03% du RNB » (proposition initiale de la Présidence britannique) était déjà trop élevé. Le président du Parlement européen, Josep Borrell, a réitéré que le PE souhaitait des améliorations, mais qu'il n'avait « pas encore fixé ses lignes rouges » pour la négociation avec le Conseil et la Commission. Dans l'accord du Conseil européen, certaines politiques européennes ont été « fortement négligées », peut-être parce qu'elles sont plus européennes que nationales. Maintenant, c'est au PE d'introduire une « approche paneuropéenne » dans le débat, « et j'espère que le Parlement européen le fera » au terme d'un « large débat qui devra commencer par les ressources propres », a conclu M. Borrell.