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Bulletin Quotidien Europe N° 9073
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/pe/acp/sucre

L'Assemblée alerte le Conseil Agriculture - Une réduction drastique du prix garanti aurait des conséquences dévastatrices pour les ACP

Edimbourg, 22/11/2005 (Agence Europe) - L'Assemblée parlementaire paritaire ACP/UE est vivement préoccupée par la menace que fait peser la réforme du régime communautaire du sucre sur l'avenir d'un produit essentiel pour l'économie des pays producteurs ACP (Afrique/Caraïbe/Pacifique). Du débat très vif qu'ont eu les députés européens et leurs partenaires ACP sur un projet de résolution concernant les produits de base agricoles et miniers (rapporteurs: Louis Claude Nyassa, Cameroun, et Nirj Deva, conservateur britannique) s'est dégagée la demande d'une initiative forte des deux co-présidentes de l'APP pour interpeller la Commission et les ministres de l'Agriculture de l'UE à l'heure de leurs discussions à Bruxelles (voir autre nouvelle). Jacques Vergès (GUE, français) est à l'origine de cette initiative formelle.

Sharon Hay Webster, coprésidente jamaïcaine de l'APP, a rappelé que l'accord de Cotonou reconnaît l'importance des matières premières agricoles et minières pour les pays ACP et que la réforme du régime sucre de l'UE constituera le plat de résistance des négociations agricoles à la ministérielle de l'OMC à Hong-Kong (13-18 décembre). Elle a confirmé que l'APP rédigerait "un courrier adéquat" signé de sa main et de celle de la coprésidente Glenys Kinnock (travailliste britannique) pour exprimer ses préoccupations et demander de prendre en compte les intérêts des pays ACP producteurs de sucre. Les députés ont demandé d'atténuer la réduction drastique du prix garanti (-39%) et de reporter la date d'application de la réforme, pour donner aux pays ACP le temps de s'adapter à la nouvelle donne. Tous jugent que la réforme, si elle est adoptée en l'état, aura des effets désastreux sur l'économie de pays pauvres déjà vulnérables. Rappelant que le sucre est "l'un des liens historiques entre l'Europe et la Caraïbe depuis 350 ans", Donald Ramotar (Guyana) a souligné que la restructuration du secteur sucre était en cours dans son pays, en ajoutant: "moralement, l'Europe devrait nous donner le temps de développer une industrie plus forte, plus concurrentielle. Ce n'est pas beaucoup demander ". Selon lui, "des coupes drastiques dans la plus grande source de revenus dans les échanges extérieurs du Guyana", non seulement compromettraient la lutte contre la pauvreté mais seraient aussi "pour les pays développés, une menace en termes d'immigration". Marie-Hélène Aubert (Verte française) a dénoncé la « libéralisation à marche forcée préjudiciable aux ACP et à l'Europe ». Jugeant "inacceptable la baisse drastique du prix garanti qui ruinera de nombreux pays", elle a appelé à la remise en cause de la logique même de la réforme. Selon elle, « mieux vaut en revenir à des quotas ». Le sucre n'est pas un produit comme les autres, a souligné Bernard Lehideux (ALDE, français), en évoquant son rôle culturel et écologique ("l'arrachage de la canne à sucre serait aussi grave que la déforestation ailleurs"), en déplorant que la commission budgétaire du PE n'ait pas suivi la demande de la commission du développement de porter à 80 millions d'euros l'enveloppe initiale compensatoire prévue pour les ACP. Et d'ajouter: " nous avons passé des accords avec les ACP. Sur cette base, une industrie sucrière a été créée. Nous avons un combat à mener car le panel OMC n'a pas demandé une baisse des prix de 39%". Opposant les 39% de réduction des prix proposée par l'UE à la réduction de 19% demandée par les ACP et compatible avec les règles de l'OMC, Mme Deerpolsing (Maurice), mathématicienne de formation, a remis en cause la validité des hypothèses comptables sur lesquelles s'appuie la Commission. "Les modèles reposent sur des hypothèses mathématiques. Lorsque les hypothèses sont fausses, doit-on prendre des risques quand l'avenir de millions de personne est en danger ?", s'est-elle interrogée. Linda McAvan (PSE, britannique) a jugé injuste de prévoir "5 milliards d'aide pour les agriculteurs européens ", et prétendre "qu'il n'y a pas d'argent pour les quelques millions d'euros promis aux ACP. Les députés européens vous défendent ici, mais ne le font pas au Parlement européen". Pour Max van den Berg (PSE, néerlandais), c'est là "que le bât blesse". Maria Josefa Miguel (Mozambique, un pays où « plus de 80% de la population dépend de l'agriculture ») s'est alarmée de l'effet prévisible de la réforme sur la durabilité du secteur et a plaidé pour "une réforme graduelle".

M. Akpovi (Bénin) a parlé du "Tsunami silencieux" qui menace les pays ACP producteurs de coton. "Si aucun calendrier n'est fixé pour la suppression des subventions des pays riches et si aucune aide financière n'est prévue, les ACP ne pourront pas porter la responsabilité d'un échec des négociations à Hong-Kong", a-t-il averti. « Si nous n'avons plus ni le sucre, ni la banane, devrons-nous nous concentrer sur la culture de la marijuana » ? a ironisé l'ambassadrice de la Jamaïque (la députée jamaïcaine qui copréside l'APP ne pouvait intervenir au nom de son pays). Le projet de rapport sur les produits de base agricoles et miniers a été adopté par les deux collèges, mais Astrid Lulling (PPE, luxembourgeoise) a tenu "à se distancer de certaines revendications", dans la perspective de Hong-Kong. "Au lieu d'accuser l'UE qui est le plus grand importateur de produits alimentaires des pays en développement les plus pauvres, nos associés ACP feraient mieux de demander aux autres pays industrialisés et aux pays émergents de prendre des engagements équivalents ". Pour le co-rapporteur camerounais Louis Claude Nyassa, "il n'est pas question de remettre en cause la coopération ACP/UE, mais de faire en sorte que l'UE et les ACP travaillent ensemble, dans le cadre de l'accord de Cotonou, mais aussi au-delà, à l'OMC, pour défendre des positions communes". La résolution sera votée jeudi.

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