Rabat, 22/11/2005 (Agence Europe) - L'Assemblée parlementaire EuroMed (APEM) a clos sa session extraordinaire, le 21 novembre à Rabat, par l'adoption d'une déclaration finale que Josep Borrell, président du Parlement européen et président en exercice de l'APEM, remettra le 28 novembre au Sommet euroméditerranéen de Barcelone. Les membres du Parlement européen et des parlements des Etats membres de l'UE et des pays partenaires y « proclament leur ferme engagement de contribuer à la poursuite des objectifs du processus de Barcelone » et y soulignent que « le dialogue parlementaire euroméditerranéen constitue un puissant instrument du processus » et est apte à apporter une « valeur ajoutée à la diplomatie gouvernementale ou multilatérale classique ». La tâche principale pour la prochaine décennie, selon l'APEM, est de réduire les frustrations porteuses de dangers (flux migratoires incontrôlés, incompréhension, terrorisme, etc.) que font naître les écarts de développement dans une région que le président Borrell définit comme une des « plus inégalitaires au monde ». La déclaration souligne: « les citoyens de la région sont préoccupés par le fait que le droit à la paix et à la démocratie, à la sécurité, à la prospérité économique et au progrès social soit hors de la portée de beaucoup d'entre eux ». En dix ans, le « fossé économique et social s'est encore élargi » et il faut agir vite pour qu'il ne se transforme pas en « fracture permanente ». Pour s'y attaquer, l'APEM entend faire pression sur les pays membres afin qu'ils fassent tout pour favoriser les conditions de la prospérité et économique et sociale et, surtout, qu'ils s'engagent plus résolument dans la voie des réformes dans tous les domaines. Elle insiste aussi sur une recherche plus active de règlement des conflits qui grèvent l'avenir des peuples de la région, sur une lutte coordonnée contre les extrémismes et le terrorisme et sur l'engagement à l'égard des traités de non prolifération et dans les enceintes de justice internationale (TPI). Il faut aussi, souligne la déclaration, « promouvoir une culture de tolérance » et « mobiliser tous les acteurs (...) pour lutter contre le racisme et la xénophobie, y compris l'antisémitisme et l'islamophobie, et, à partir du patrimoine culturel commun et du respect de la diversité », « déboucher sur une véritable alliance des civilisations ».
A l'ouverture de la session, le président du Parlement marocain, Abdelwahed Radi, avait souligné la priorité à accorder à la question des migrations illégales et au respect des droits des migrants légaux, ainsi que la nécessité d'assortir de ressources adéquates les projets et les initiatives lancées dans le cadre de Barcelone. Les réformes exigées par la partie européenne, mais que certains pays partenaires ont engagées d'eux-mêmes, « restent tributaires d'un soutien constant et de leviers économiques », a dit M. Radi, qui a aussi a évoqué la politique de voisinage, un sujet sur lequel la Commission est très fréquemment interpellée, invitée à clarifier cette politique vis-à-vis du processus de Barcelone. Cette politique nouvelle « doit avoir un contenu concret et être intégrée » dans le cadre de Barcelone, a-t-il affirmé. Pour sa part, le Président Borrell a dressé un bilan mitigé du processus de Barcelone, soulignant à la fois la dynamique créée mais aussi les obstacles, nombreux, qui l'ont freiné et qu'il n'a pas permis de résoudre: le conflit du Moyen-Orient d'abord, mais aussi un écart de développement grandissant (il y a eu, « pourtant, d'importants transferts de fonds publics de l'Europe »), les lenteurs des réformes dans les pays partenaires ( sans « donner des leçons à qui que ce soit (...) il s'agit de créer les conditions justes et efficaces pour une Méditerranée prospère tant économiquement que politiquement »). Sur la question des flux migratoires, M. Borrell a noté: « le rêve européen est en panne au sein de l'UE mais continue à faire rêver des millions de candidats à l'immigration (…). Si tu ne vas pas au Sud, le Sud viendra chez toi, de façon illégale ou clandestine ». Ce débat, qui montre la nécessité d'une « politique européenne d'immigration » et de « politiques nationales d'insertion des immigrés » fait « partie intégrante du débat sur le modèle social européen », estime M. Borrell qui, pour « redynamiser » le processus de Barcelone, appelle notamment à prêter davantage attention au fonctionnement démocratique de la société et aux droits de l'homme, à la solution des conflits, au cadre d' accueil de l'investissement, à l'éducation (en particulier des femmes) et à la création d'emplois (surtout pour les jeunes).
Au nom de la Commission européenne, Viviane Reding, s'est efforcée de dissiper les craintes d'une dilution du processus de Barcelone dans la politique de voisinage. Elle a aussi mis en avant l'importance des technologies de la communication comme vecteur de développement. Dans l'ensemble, elle a insisté sur le besoin de progresser plus résolument dans la voie des réformes politiques, économiques et sociales: la Commission, dit-elle, est prête à aider. Un credo repris par un représentant de la présidence du Conseil qui a lancé: pour revigorer le processus de Barcelone, « une seule clé, les réformes », a-t-il dit (rappelons que le parlement britannique est le seul à s'être abstenu de participer à l'APEM: NDLR).
Les mêmes thèmes ont été repris pendant le débat, au cours duquel le vœu a été émis que les pays Balkans soient associés au processus. Le président du groupe PPE-DE, Hans-Gert Pöttering, reconnaît au processus de Barcelone la vertu particulière d'avoir jeté des ponts entre les peuples des deux rives de la Méditerranée: « les attentats de Londres et Madrid montrent qu'il faut une approche forte ». L'élu de la CDU a appelé à lutter contre le terrorisme mais pas au détriment des libertés, une conviction qui l'amène à condamner Guantanamo. Luisa Morgantini (GUE/NGL, italienne) se réjouit du « vote historique » de l'APEM contre la peine de mort et de l'appel à adhérer au TPI. En plaidant pour une « alliance des civilisations », elle déplore: « Abu Ghraieb et Guantanamo ne nous aident pas à montrer le vrai visage de notre civilisation ». Carlos Carneiro (PSE, espagnol) a souligné l'urgence du dossier de l'immigration et a obtenu que soit organisée une réunion ad hoc sur ce thème, à une date et dans un lieu à fixer. Hélène Flautre (Verts/ALE, française), présidente de la sous-commission « droits de l'homme » du PE, a estimé que l'une des faiblesses du processus est l'insuffisante prise en compte de la question des droits de l'homme, dont elle fait la condition sine qua non de tout développement. Pour structurer le franc dialogue ainsi ouvert entre parlementaires, Pasqualina Napoletano (PSE, italienne) a souhaité que l'APEM ne fonctionne plus sur la base des nationalités mais en fonction des sensibilités politiques. Tout en retenant l'idée, le Président Borrell a estimé qu'il était « trop tôt pour en parler », faisant observer que le Parlement européen a mis longtemps pour accomplir une telle évolution (je ne suis pas sûr qu'on y soit « tout à fait parvenus », a-t-il noté).
Au cours de la conférence de presse finale, M. Borrell a évoqué l'intention de la délégation israélienne de se retirer de l'APEM après avoir fait part de sa réserve sur les conclusions politiques de la session extraordinaire de Rabat. Israël n'est pas isolé, « nous n'avons fait que respecter les procédures », fait valoir M. Borrell, en notant: « Israël, comme tout pays, peut s'estimer mis à l'écart, mais il demeure partie prenante de l'APEM (…). Je souhaite que le retrait d'Israël ne sera pas confirmé, ça sera mauvais pour l'APEM comme pour Israël ». Un retrait auquel peu de participants à la session semblaient croire.