Bruxelles, 09/11/2005 (Agence Europe) - A l'issue d'une quinzaine d'heures de discussions, mardi et mercredi à Genève en présence du directeur général de l'OMC Pascal Lamy, les ministres représentant les principaux groupes de négociations et les puissances commerciales qui négocient sur la libéralisation du commerce mondial dans le cadre du Doha Round se sont quittés mercredi après-midi sur un constat d'échec. Pris par le temps, les 148 pays membres de l'OMC devraient donc se résigner à réduire les objectifs de la réunion de Hong-Kong afin d'éviter un nouvel échec retentissant, après celui de Cancun en 2003.
« C'est la première réunion ministérielle de ce genre depuis août 2004, date à laquelle l'accord-cadre de négociations a été établi. Les discussions ont été en grande partie consacrées aux secteurs des marchandises industrielles et des services. Notre réunion a été utile, non pas en réduisant les divergences mais en les définissant », a résumé le Commissaire européen au Commerce Peter Mandelson à l'issue des travaux. « Le fossé est important. Cela a ramené tous les ministres présents à la réalité », a-t-il regretté. M. Mandelson déplore notamment que les intérêts des pays en développement les « plus indigents », ceux du G90, ne sont pas correctement pris en compte. « Il est essentiel de préserver les objectifs de développement du DDA et j'ai réclamé aujourd'hui « un paquet développement » clair et spécifique, à convenir indépendamment des autres secteurs » lors de la Conférence ministérielle de Hong-Kong en décembre prochain, a souligné le Commissaire, avant de poursuivre: « Je me suis battu cette semaine pour maintenir nos objectifs initiaux. Je n'étais pas dans la majorité ». « Ma crainte est qu'en réduisant les attentes pour Hong-Kong, nous conduirons l'ambition globale du Round à l'échec », a déploré M. Mandelson, en assurant toutefois que l'Union se battra pour éviter une issue négative du cycle de négociations en cours. Cependant, « à l'heure actuelle il n'y a pas assez de consensus entre les partenaires pour parvenir à des résultats ambitieux. Ceci peut être dû à de véritables différences d'approche ou d'intérêts économiques, ou aux tactiques de négociation et à la stratégie de la corde raide qui ont été pratiquées », a regretté le Commissaire européen, qui a par ailleurs rappelé que l'Union a proposé en matière agricole tout ce qui était « raisonnablement » faisable dans le contexte de l'engagement pris en août 2004 à Genève, notamment en matière d'élimination des subventions à l'exportation. « Nous avons fait des propositions crédibles que Pascal Lamy a jugées « sérieuses ». Je crois que nous avons négocié en bonne foi », a poursuivi M. Mandelson en précisant que l'Union resterait sur sa position: sa proposition du 28 octobre dernier (EUROPE n° 9059) couvrant tous les domaines de négociation et qui présente des avancées substantielles en matière d'accès au marché agricole sera donc la dernière. « Nos partenaires ne nous ont pas renvoyé l'ascenseur dans les domaines des biens industriels et des services », a-t-il encore martelé. M. Mandelson a toutefois assuré qu'il n'abandonnerait pas, car « ce qui est en jeu pour l'économie globale est trop important. (…) Nous soutiendrons les efforts de Pascal Lamy, dont la présence a déjà fait une différence positive », a-t-il conclu.
« Redéfinir les attentes pour Hong-Kong n'est pas le signe d'une crise », a pour sa part tenté de rassurer le secrétaire d'Etat américain à l'Agriculture, Mike Johanns, avant d'ajouter: « C'est un constat réaliste qui va nous permettre d'essayer de résoudre les problèmes plutôt que de se dénoncer mutuellement en décembre ». Son compatriote responsable du commerce, Rob Portman, a quant à lui soutenu la suggestion de M. Mandelson que les partenaires à l'OMC se mettent d'accord à Hong-Kong sur le paquet de mesures destinées à soutenir le développement du commerce des pays pauvres en laissant les questions non résolues pour 2006. « A ce stade, nous sommes dans une situation très difficile », a reconnu le ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim, principal animateur des pays émergents du G20. « Peut-être qu'il faut du temps ; dans ce cas, nous sommes prêts à attendre. Si une seconde réunion est nécessaire, nous pouvons l'envisager. Ce que nous ne pourrons certainement pas accepter, en revanche, c'est une diminution des ambitions du Doha Round », a insisté M. Amorim. Plusieurs diplomates à l'OMC envisagent déjà un Hong-Kong bis début 2006.