Bruxelles, 09/11/2005 (Agence Europe) - Selahattin Demirtas, président de l'Association des droits de l'Homme de Diyarbakir - région de Turquie où vit une grande communauté kurde, a affirmé le 7 novembre à Bruxelles, lors d'une conférence de presse sur le thème « Les Kurdes ont-ils été oubliés avec la date du 3 octobre 2005 ? » (début des négociations d'adhésion avec Ankara), qu'il y a « encore une guerre dans cette région ». En 2004, « le conflit entre le gouvernement turc et le PKK (Parti des travailleurs kurdes) a fait 219 morts, et il en a fait 270 dans les premiers mois de 2005 », et des milliers de gens ont été mis en garde à vue ou ont été victimes de mauvais traitements pour le simple fait « d'avoir exprimé leurs opinions », a-t-il rappelé, en lançant: « essayez de mettre les critères de Copenhague dans ce tableau ». « L'Union européenne ne veut pas s'exprimer sur le problème kurde. Dans ses rapports, elle ne cite pas ce problème, ou seulement en partie, et elle n'essaye pas de trouver de solution », déplore-t-il. A propos du rapport de la Commission sur la Turquie publié le 9 novembre (voir autre nouvelle), M. Demirtas note: « D'après nos informations, ce rapport désignera le PKK comme unique responsable des conflits dans la région ». Selon lui, l'approche de l'Union reste « superficielle » et ne prend pas en compte les « raisons qui ont conduit à ce conflit ». Nazmi Gur, vice-président du Parti de la démocratie du Peuple-Turquie et membre du comité exécutif de l'EUTCC (Commission civique UE-Turquie), a évoqué pour sa part « les efforts déployés par les Kurdes dans le processus d'adhésion », en déplorant: « ces efforts ne sont reconnus ni par l'UE ni par la Turquie ». Or, selon lui, le problème kurde « n'est pas seulement un problème kurde ou turc, c'est aussi un problème de l'Union européenne ». Rappelant que l'UE n'arrive même pas à « nommer » ni même à « identifier » la situation des Kurdes, il a insisté: « malgré tout, les Kurdes soutiennent pleinement l'adhésion de la Turquie à l'Union car c'est le seul moyen de réaliser des changements dans le pays ». Kris Van Dyck, député flamand N-VA, a profité de l'occasion pour lancer un avertissement à l'UE: « la question kurde doit être résolue avant l'accession de la Turquie à l'Union, sinon, nous aurons un gros problème ». Jan Beghin, député flamand socialiste, membre de l'EUTCC, a conclu le débat en s'exclamant: « Qu'attend l'UE pour enfin entamer le dialogue avec les responsables kurdes et reconnaître clairement le problème ? ».