Bruxelles, 14/10/2005 (Agence Europe) - Les Ambassadeurs des Etats membres (Coreper) ont décidé vendredi de convoquer pour le 18 octobre à Luxembourg une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères de l'UE pour débattre de la stratégie que l'UE devrait suivre dans les négociations commerciales à l'OMC sur le cycle de Doha. Le Conseil extraordinaire examinera aussi la situation de plus en plus alarmante de la grippe aviaire et l'aide de l'UE aux victimes du séisme au Pakistan et de l'ouragan Stan en Amérique centrale (voir autres nouvelles). Le Conseil européen informel de Hampton Court pourrait aussi être évoqué (voir EUROPE n° 9048).
La réunion a été demandée par la France, notamment pour permettre aux ministres de faire le point sur les négociations à l'OMC où - selon le gouvernement français - les négociateurs européens Peter Mandelson et Mariann Fischer Boel sont en train de faire des concessions unilatérales dans le domaine agricole qui vont au-delà des « lignes rouges » fixées dans le mandat de négociation du Conseil. Le Président Chirac a même adressé mercredi une lettre au Président Barroso pour critiquer la tactique de négociation du Commissaire Mandelson et pour rappeler que la négociation doit être « équilibrée » entre les différents sujets du cycle de Doha: agriculture, produits industriels, services, développement. La Commission, en revanche, estime agir dans le cadre de son mandat, expliquant que toutes les concessions faites ou annoncées jusqu'ici à Genève sont parfaitement couvertes par la réforme de la politique agricole commune (PAC). La Commission réfute aussi l'argument français selon lequel elle n'aurait pas suffisamment consulté les Etats membres et se dit prête à s'expliquer devant les ministres à tout moment. C'est d'ailleurs pour cela que la Commission « se félicite » de la décision de convoquer le Conseil extraordinaire du18 octobre, a déclaré vendredi le porte-parole de Peter Mandelson, « car cela nous permettra d'écouter les pays membres et d'expliquer ce que nous faisons ». « Notre but est de tenir les Etats membres constamment informés », a-t-il dit.
M. Mandelson appelle les pays émergents sud-américains à faire aussi des concessions
Dans un discours prononcé le 13 octobre à Londres, M. Mandelson a appelé les pays émergents sud-américains (Argentine, Brésil et Chili), à faire, à l'instar de l'UE et des Etats-Unis, d'importantes concessions sur la libéralisation des marchés. « Cela fait partie du jeu que d'accuser l'UE de ne pas faire assez ou de ne pas égaler le niveau d'ambition du cycle de l'Uruguay. (…) Pourtant, nous sommes disposés à éliminer nos subventions à l'exportation, à réduire nos soutiens internes de près de 70% et à diminuer nos barrières tarifaires à l'importation avec une réduction plus forte pour les droits les plus élevés. Nous avons en outre complètement réformé la PAC, avec le découplage des subventions de la production », a rappelé
M. Mandelson. Si les pays émergents veulent que l'UE offre encore de meilleures conditions d'accès au marché agricole, il faut qu'ils ouvrent eux-mêmes leurs marchés dans les domaines où les Européens cherchent un meilleur accès au marché, affirme M. Mandelson en s'adressant directement aux gouvernements argentin, brésilien et chilien. « Si cela ne se produit pas dans les secteurs des biens industriels et des services, je veux être clair: il n'y aura pas d'accord sur l'agriculture », a-t-il averti. Pour M. Mandelson, deux autres raisons expliquent pourquoi le succès du cycle de Doha repose aussi sur les épaules des pays émergents: - d'abord, parce que désormais la croissance du commerce grâce à la libéralisation dépend beaucoup de la réduction des barrières tarifaires dans les pays émergents ; - ensuite, parce que, ces dix dernières années, ce sont les économies émergentes qui ont le plus bénéficié de l'ouverture du commerce mondial. « Il n'est donc pas déraisonnable de leur demander de contribuer » aux efforts pour intégrer les pays moins développés dans le commerce mondial, estime M. Mandelson, qui dit: « J'attends que vos gouvernements fassent des efforts pour les pays les moins avancés, notamment en réduisant les barrières à l'importation de leurs produits ». « Les économies émergentes seront les grandes bénéficiaires du Doha Round. Vous en bénéficierez le plus, parce que vous avez des avantages comparatifs. Mais ce round n'aboutira pas si vous ne nous aidez pas dans les domaines où nous avons des avantages comparatifs, en ouvrant vos secteurs des services, en réduisant vos barrières à l'importation et en protégeant nos indications géographiques », a-t-il conclu.