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Bulletin Quotidien Europe N° 9041
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Rien n'est réglé entre l'UE et la Turquie même si les négociations sont ouvertes

Personne (ou presque) ne dit la vérité. Les négociations sur l'adhésion de la Turquie ont été ouvertes. C'était inévitable. Du moment que le Conseil européen avait fixé une date en posant des conditions que la Turquie a dans l'ensemble respectées, l'UE devait elle aussi respecter son engagement et les péripéties qui ont précédé l'événement devaient être surmontées. Mais cette évolution inévitable ne signifie pas que la situation soit satisfaisante. Au contraire, on assiste dans l'UE à une véritable fracture, et les motivations officielles pour justifier les positions respectives ne correspondent pas à la vérité.

Officiellement, aussi bien les partisans de l'adhésion que les opposants fondent leurs arguments sur l'exigence que la Turquie respecte les « critères de Copenhague »: démocratie pluraliste, liberté religieuse, respect des minorités et ainsi de suite. Ce qui devrait signifier que la porte restera fermée aussi longtemps que la Turquie ne respectera pas ces critères, mais cette porte s'ouvrira si elle les respecte. Or, cet automatisme n'est pas accepté par tous. Une partie des forces politiques et de l'opinion publique s'oppose à l'adhésion turque en elle-même, quels que soient les progrès sous l'angle des « critères de Copenhague ». Il ne s'agit pas, selon cette thèse, de vérifier d'année en année les avancées turques en direction des principes politiques qui caractérisent l'UE, mais de considérer que l'entrée de la Turquie: a) rendrait impossible la création d'une Europe politiquement compacte, et inéluctable l'abandon des politiques européennes « de solidarité » (politique agricole, politique de cohésion) ; b) introduirait un déséquilibre inacceptable dans son fonctionnement institutionnel, car la Turquie aurait davantage de poids que tout autre Etat membre au sein du Conseil et les parlementaires turcs représenteraient le groupe national le plus nombreux au sein du Parlement européen. Ceux qui s'opposaient à l'ouverture des négociations à cause des lacunes dans l'application des critères de Copenhague sont en réalité opposés au principe même de l'adhésion turque. Leur tactique est faible, on l'a constaté déjà deux fois ; 1) au moment de fixer la date pour l'ouverture des négociations, on avait fait grand bruit autour de certaines dispositions inadmissibles du nouveau code civil turc au détriment des droits des femmes ; au moment décisif, le parlement turc a supprimé ces dispositions, et ceux qui s'opposaient à la fixation d'une date pour négocier se sont retrouvés désarmés ; b) il y a quelques jours, au moment de confirmer définitivement la date du 3 octobre, les adversaires ont fait tout un battage autour de l'interdiction d'un séminaire sur le génocide arménien programmé à Istanbul, en affirmant que cette interdiction rendait impossible l'ouverture des négociations. A la veille du séminaire, les autorités turques l'ont autorisé, et une fois de plus les opposants européens se sont trouvés sans argument. Il en sera de même tout au long du parcours, y compris à propos de Chypre: les autorités turques prendront chaque fois, in extremis si nécessaire, les mesures indispensables justifiant la poursuite des négociations.

Espoirs et hypocrisies. Les partisans du oui ont aussi leurs points faibles et leurs hypocrisies. Certains reconnaissent que l'Union élargie à la Turquie ne pourrait plus devenir une entité politique, mais affirment que de toute manière ce rêve est dépassé ; alors, autant laisser entrer les Turcs. C'est la thèse de Michel Rocard. D'autres souhaitent que l'UE se débarrasse de sa politique agricole et de sa politique de cohésion, pour conserver seulement quelques bribes de la PAC et quelques transferts financiers vers les pays moins favorisés. C'est la position britannique ; comment le Royaume-Uni pourrait-il s'opposer à l'entrée dans le club d'un pays qui conduirait inévitablement à l'évolution qu'il souhaite? D'autres sont convaincus que les négociations n'aboutiront pas et que la Turquie elle-même choisira en définitive une « coopération renforcée » aussi avantageuse que possible pour ses intérêts, et ils estiment préférable d'attendre avec patience cette issue en évitant un clash immédiat, forcément traumatisant.

Il est quand même vrai qu'une partie des réticents ne jouent pas le jeu un peu hypocrite des « critères de Copenhague », mais affichent ouvertement leur opposition de principe. Leur livre de chevet est le mince bouquin désormais presque mythique de Sylvie Goulard « Le grand Turc et la République de Venise », et leur argument essentiel n'est pas que la Turquie n'est pas prête, mais que l'UE elle-même ne peut pas l'accueillir sans perdre son âme et ses ambitions. Certains parlementaires européens sont sur cette ligne: Alain Lamassoure, Jacques Toubon, de plus en plus de parlementaires allemands de la CDU ou de la CSU, etc. D'autres aspects sont aussi évoqués: Irnerio Seminatore, par exemple, insiste sur les aspects stratégiques.

Mais avant de revenir sur ces positions, l'équité impose de faire état aussi des raisons de ceux qui soutiennent l'adhésion. Ce sera pour demain. (F.R.)

 

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