Bruxelles, 04/10/2005 (Agence Europe) - Les commentaires des députés européens sur l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Turquie confirment les clivages classiques et les divisions à l'intérieur de certains groupes. Le groupe PPE-DE reste le plus compact dans son rejet de l'adhésion turque, alors que les Verts/ALE sont les plus positifs.
Je veux vous dire « combien j'ai eu honte la nuit dernière » en voyant qu'il avait fallu trente heures au Conseil pour « ajouter une phrase » dans le mandat de négociation, s'est écrié mardi devant la presse le néerlandais Joost Lagendijk, président de la délégation PE/Grande Assemblée turque. Nous avons besoin de « plus de leadership politique » des deux côtés, a-t-il estimé, en exhortant les leaders de l'UE à ne pas faire « de la politique à partir des sondages » (en passant, il a dit: « je ne suis pas pessimiste sur un référendum en France dans dix ans, car ce sera alors une autre Turquie »), mais aussi les responsables turcs à faire preuve de courage. Les Turcs sont habitués à négocier « sur chaque point », mais ils doivent dire à leur opinion publique que la « négociation » avec l'UE a un sens particulier : pour la Turquie, il s'agit en fait de prouver qu'elle fait ce que l'UE lui demande, et la seule marge, ce sont « les délais ». Dans dix ans, dans l'UE, il n'y aura plus « Chirac ou Schüssel », qui seront remplacés par « une nouvelle génération de leaders », et ce sera le cas aussi en Turquie, a renchéri le vert allemand (d'origine turque) Cem Özdemir, qui, lors de la même conférence de presse, a vivement critiqué le comportement de l'Autriche, lundi à Luxembourg (voir autre nouvelle). L'idée de « partenariat privilégié » « a échoué », c'est comme si quelqu'un qui veut devenir membre d'un club de golf est finalement accepté dans un mini-golf !, s'est-il exclamé. M. Özdemir déplore aussi que Condoleezza Rice ait estimé nécessaire d'intervenir dans cette affaire.
Au groupe PPE-DE, le président Hans-Gert Pöttering estime au contraire que la possibilité d'un « partenariat privilégié » demeure ouverte, et se félicite que le mandat de négociation souligne l'importance de la capacité d'absorption de l'UE: ceci signifie qu'on pourra conclure les négociations seulement lorsqu'on disposera d'un cadre financier pour la période après 2014, dit-il dans un communiqué. Dans son groupe, les élus de la CSU Ingo Friedrich et Bernd Posselt, beaucoup plus virulents, n'hésitent pas à parler de signal « catastrophique ». La réaction du groupe socialiste est nuancée: il salue l'ouverture des négociations, mais en souligne la complexité. Le Parlement suivra le processus de manière « intense et rigoureuse », prévient le président Martin Schulz, qui rappelle que la reconnaissance de Chypre « n'est pas sujette à négociation ». Le social-démocrate autrichien Hannes Swoboda s'en prend pour sa part au comportement « hautement regrettable, ces derniers jours, du gouvernement autrichien », d'autant plus qu'il s'agit de la prochaine présidence du Conseil de l'UE. Au groupe ALDE, le président Graham Watson approuve l'ouverture des négociations, tout en avertissant qu'il en va en fait de l'adhésion de la Turquie « de demain, de 2015 ou 2020 », et la radicale italienne Emma Bonino estime que c'est le « soft power » de l'UE qui a permis à la Turquie de faire des progrès si significatifs ces dernières années. En revanche, Alexander Graf Lambsdorff confirme dans un communiqué l'opposition des élus du FDP à l'ouverture de négociations d'adhésion avec la Turquie (voir autre nouvelle).