Bruxelles, 04/10/2005 (Agence Europe) - Suite à l'évaluation positive de Carla del Ponte sur la coopération du gouvernement croate avec le Tribunal pénal international sur l'ex-Yougoslavie (TPIY) et dans la foulée de l'accord arraché avec la Turquie (voir autre nouvelle), le Conseil « Affaires générales/relations extérieures » a finalement décidé, dans la nuit de lundi à mardi à Luxembourg, de donner son feu vert à l'ouverture immédiate des négociations d'adhésion avec la Croatie. La première réunion ministérielle de la conférence d'adhésion avec la Croatie a eu lieu aussitôt sous la présidence de Jack Straw et en présence du Premier ministre croate, Ivo Sanader. Ce qui semblait encore impensable il y a quelques jours s'est finalement réalisé: les deux pays candidats ont donc pu démarrer leurs pourparlers ensemble. « Nous avons pris une décision historique pour ce qui est de la Croatie: nous avons entamé les négociations d'adhésion », a annoncé Jack Straw à la presse lundi soir. Il s'est dit soulagé de constater que la Croatie ait finalement rempli la dernière condition requise, à savoir la pleine coopération avec le TPIY à La Haye. L'UE a toujours dit qu'elle commencerait les négociations « immédiatement » dès que Zagreb aura rempli ce critère. Voilà qui est fait: l'UE a tenu sa promesse, a dit
M. Straw. Le Commissaire à l'élargissement, Olli Rehn, s'est aussi félicité du dénouement heureux du dossier croate, mais a insisté sur le fait que la poursuite d'une coopération pleine et entière avec le TPIY restera une exigence pour le progrès du processus d'adhésion. Selon lui, la pression exercée par l'UE sur les autorités croates pour qu'elles améliorent leur coopération avec le TPIY, a eu l'effet espéré, dans l'intérêt de tous. « Tout cela prouve que notre politique de conditionnalité dans les Balkans occidentaux fonctionne », a estimé mardi M. Rehn lors d'une conférence de presse à Bruxelles. Il a annoncé que la première étape des négociations, l'évaluation analytique de l'acquis communautaire (« screening ») commencait déjà le 20 octobre prochain. Cet exercice technique durera environ un an, mais ceci n'empêche pas que les négociations soient entre-temps déjà ouvertes sur des chapitres sur lesquels le screening a déjà été accompli, a-t-il expliqué.
« C'est un grand jour pour la Croatie », a déclaré le Premier ministre Ivo Sanader. Il s'est dit convaincu que l'ouverture des négociations donnera un élan supplémentaire aux réformes et l'adaptation à l'acquis communautaire - non seulement en Croatie, mais dans tous les autres pays des Balkans occidentaux. « La Croatie poursuivra désormais une double politique, a-t-il annoncé à la presse à Luxembourg: une politique orientée vers l'adhésion à l'UE (en se concentrant sur les négociations d'adhésion), mais aussi une politique orientée vers les pays des Balkans, afin de les aider à atteindre leurs objectifs européens. « Le plus tôt la Croatie sera capable de rejoindre l'Union européenne, le plus tôt les autres pays (Serbie et Monténégro, Albanie, Bosnie et Herzégovine, Macédoine) pourront suivre », a estimé M. Sanader. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, s'est dit très satisfait du déblocage avec la Croatie: « Je suis très content que les négociations d'adhésion aient commencé (…). Je m'attends à une étroite coopération avec nos partenaires croates sur toute une série de sujets qui seront inévitablement abordés au cours des négociations ».
Le Parti Populaire Européen (PPE) s'est félicité de la décision « historique » sur la Croatie. « Nous avions demandé que les négociations commencent déjà en mars 2005 car nous étions convaincu que les autorités croates coopèreraient entièrement avec le TPIY. Nous sommes heureux que l'UE l'ait finalement reconnu », a commenté le président du PPE, Wilfried Martens.
Le groupe socialiste au PE a également salué la décision des Vingt-cinq, estimant que l'ouverture des négociations avec la Croatie envoie « un signal important » aux autres pays d'Europe du Sud-Est.
Le groupe ALDE au PE s'est dit surpris que trois jours après sa visite à Zagreb (à l'issue de laquelle elle avait exprimé sa « déception » lors d'une conférence de presse sur place), Carla del Ponte ait finalement donné lundi au Conseil « Affaires générales/relations extérieures » un avis particulièrement positif sur la coopération de Zagreb avec le TPIY. « Qu'est-ce qui a soudainement changé ? », se demande le chef du groupe Graham Watson dans un communiqué. Favorable à l'adhésion de la Croatie, M. Watson critique le « secret » qui, selon lui, entoure l'évaluation de Mme del Ponte et les circonstances dans lesquelles la décision favorable à l'ouverture des négociations a été prise. « Je lance un appel à Jack Straw, Carla del Ponte et au Conseil des ministres à être honnêtes et ouverts sur l'accord qu'ils ont conclu la nuit dernière », a déclaré M. Watson.
L'eurodéputé vert Milan Horáèek, membre de la délégation pour les relations avec la Croatie, a également parlé d'un « jour important pour l'ensemble de la région des Balkans ». Le processus de réformes devra cependant être poursuivi avec énergie, a-t-il souligné.