Bruxelles, 26/09/2005 (Agence Europe) - Le Premier ministre irlandais, Bertie Ahern, a énergiquement défendu la politique agricole commune (PAC) de l'UE contre tous ceux qui, comme le Premier ministre britannique Tony Blair, la qualifient de relique du passé qui coûte beaucoup trop cher à l'UE. « Je ne pense pas qu'il soit valable d'affirmer que la PAC absorbe un pourcentage trop élevé du budget de l'UE, par rapport à d'autres activités. Ce pourcentage est élevé seulement parce que l'agriculture est la seule politique communautaire entièrement financée par l'Union », rappelle M. Ahern dans une tribune publiée lundi dans le Financial Times. « Les appels à une réforme radicale de la PAC sont déplacés et dépassés, car ils partent d'un malentendu à propos du rôle de la PAC dans la société européenne et dans le commerce mondial. Ils sont fondés sur de fausses prémisses sur le coût de la PAC et ignorent les réalités de l'OMC ». M. Ahern invoque deux raisons principales pour justifier son soutien à la PAC: la sécurité d'approvisionnement alimentaire de l'UE et les conséquences socio-économiques d'un démantèlement de cette politique pour les zones rurales de l'UE. « Il est clair que si l'UE éliminait ou réduisait de manière significative son soutien à l'agriculture, les exploitations agricoles européennes qui sont actuellement à la limite de la viabilité commerciale disparaîtraient, et la production agricole européenne diminuerait rapidement. Cette lacune dans l'approvisionnement alimentaire serait rapidement comblée par des importations, par exemple en provenance d'Amérique Latine et d'Australie, qui peuvent produire à des prix inférieurs qu'en Europe. L'approvisionnement alimentaire de l'Europe pourrait à nouveau devenir vulnérable », martèle M. Ahern. Sur le plan socio-économique et de la protection environnementale, « toute réduction significative dans la PAC créerait, évidemment, de sérieux dommages » dans les zones rurales de l'UE, avertit M. Ahern. Le Premier ministre irlandais rejette aussi l'argument selon lequel la PAC empêche le développement commercial des pays en développement. « Ces accusations ne sont pas correctes », explique M. Ahern, rappelant que l'UE est « de loin le plus grand importateur de produits agricoles en provenance des pays en développement », avec un volume de produits d'une valeur de 35 milliards d'euros qui entrent dans le marché européen au tarif zéro (seulement 18 milliards d'euros pour les Etats-Unis). « L'UE importe plus des pays en développement que les Etats-Unis, le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande tous ensemble ». M. Ahern déplore aussi que les opposants à la PAC « ignorent » que les dépenses agricoles de l'UE ont déjà « diminué de manière significative » au cours des dernières années.