Bruxelles, 18/05/2005 (Agence Europe) - Après les décisions prises par Washington puis Bruxelles à l'égard des textiles chinois - le Commissaire au commerce Peter Mandelson a annoncé mardi qu'il voulait lancer des consultations formelles avec les autorités chinoises à l'OMC pour deux catégories de produits textiles (EUROPE n° 8948) - de limiter les importations de certains produits textiles chinois, la Chine s'est insurgée contre des mesures qu'elle estime « protectionnistes » et « injustes ». « D'après les règles de l'OMC, il n'est pas permis de pratiquer une politique de deux poids, deux mesures. Les limitations décidées par Washington et celles envisagées par Bruxelles sapent la solidité des règles de l'OMC et ont un impact négatif sur le cycle de négociations de Doha », a déclaré le ministre chinois du Commerce, Bo Xilai, à l'occasion du Forum mondial Fortune qui se déroule cette semaine dans la capitale chinoise.
La réaction de Pékin n'a toutefois pas affaibli la fermeté du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui a averti mercredi matin sur EUROPE 1 que l'UE était « prête à aller plus loin » pour se protéger contre les importations de textiles chinois. « Nous sommes véritablement préoccupés par la situation (…) Dès les prochaines semaines, il y aura de nouvelles décisions s'il n'y a pas d'attitude constructive de la part des Chinois », a assuré le président de la Commission, ajoutant: « j'espère qu'il y aura des mesures aussi déterminées du côté chinois, sinon nous devrons prendre des mesures encore plus fermes ». M. Barroso a en outre dit avoir adressé une « lettre très ferme » au président chinois Hu Jintao en lui demandant de prendre des mesures efficaces en compensation des distorsions de marché que provoque l'explosion des exportations chinoises de textiles depuis la levée des quotas le 1er janvier dernier. Pour le président de la Commission, les mesures annoncées par M. Mandelson sont un « signal très clair » adressé aux Chinois, et « suffisant pour le moment ». M. Barroso estime en effet que l'UE doit agir « avec un certain sens de l'équilibre », car il est « essentiel » pour la croissance et l'emploi en Europe de s'assurer que « le marché chinois est ouvert aux exportations » communautaires. A ceux qui reprochent à la Commission de vouloir éviter à tout prix une détérioration des relations commerciales de l'UE avec la Chine, M. Barroso a répondu en se défendant de chercher avant tout à ménager les autorités chinoises.
S'ils ont accueilli favorablement l'initiative de la Commission, les Etats membres principaux producteurs de textiles, notamment la France, l'estiment toutefois insuffisante. Le ministre français de l'Industrie, Patrick Devedjian, actuellement à Pékin pour discuter avec son homologue chinois de solutions à trouver - à la fois dans le cadre de l'OMC et bilatéralement - à cet épineux dossier, s'est étonné que seulement deux catégories de produits soient couverts par les mesures annoncées par M. Mandelson. « Cela ne me paraît pas beaucoup et je considère naturellement que la procédure employée par le Commissaire est assez lente, alors que nous sommes dans la situation juridique prévue par l'OMC », a-t-il déclaré. Quant au ministre italien des activités productives, Claudio Scajola, il a écrit à Peter Mandelson en disant que l'Italie est l'un des pays de l'UE les plus frappés par « cette vague anormale » de produits textiles chinois, et en réclamant « un plan industriel doté de ressources adéquates qui donne de la crédibilité et un nouvel élan à l'industrie textile en Europe ».
Par ailleurs, l'Association pour le commerce international, la FTA, a dénoncé les mesures d'urgence annoncées par la Commission: « les statistiques révèlent qu'il n'y a pas de perturbation sur le marché européen et que celui-ci est loin d'être dans une situation d'urgence », souligne dans un communiqué son secrétaire général, Jan Eggert. « Si l'on analyse les importations (de produits textiles en provenance de Chine) dans leur globalité, il est clair qu'aucun déferlement ne s'est produit », assure-t-il. « Bien que nous comprenions que M. Mandelson subit une pression considérable de certains industriels et de certains Etats membres, nous déplorons qu'il ait estimé qu'il était nécessaire d'introduire des mesures d'urgence contre la Chine. L'impact pourrait être désastreux pour nos membres », ajoute M. Eggert.