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Bulletin Quotidien Europe N° 8949
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Evolutions opportunes des relations de l'UE avec Brésil, Russie et Chine

La Russie, le Brésil, demain (on espère) la Chine: l'Union européenne s'oriente-t-elle vers une conception des relations économiques et commerciales raisonnable, conforme à ses intérêts à moyen et à long terme? Certaines évolutions récentes permettent de l'espérer, que ce soit la pause de réflexion dans les négociations avec le Mercosur, le contenu et les modalités de l'accord de principe entre l'UE et la Russie sur les quatre «espaces communs» ou le caractère global des entretiens récents à haut niveau avec la Chine.

Pour un accord avec le Mercosur sans libre-échange. Concernant le Brésil, je ne considère pas que les indications fournies la semaine dernière au Parlement européen par la Commissaire Viviane Reding (voir notre bulletin n. 8944) soient négatives. J'estime au contraire que les hésitations à s'engager davantage dans la voie du libre-échange constituent un retour à la sagesse. Le Brésil ne peut pas ouvrir presque totalement ses frontières aux produits industriels de l'Union ni renoncer à certaines précautions en matière de services, de marchés publics, etc., et l'UE de son côté doit impérativement assortir de conditions rigoureuses l'ouverture de son marché aux produits agricoles brésiliens (ainsi que, d'ailleurs, argentins). Le libre-échange est une notion praticable exclusivement entre pays qui respectent les mêmes règles environnementales, sociales et commerciales. Certes, l'expansion des échanges est un objectif toujours souhaitable, mais en l'absence de règles communes effectivement respectées, il peut devenir négatif, et il est presque toujours ruineux pour les pays les plus pauvres du monde qui restent exclus des grands espaces ainsi créés. Dans l'état actuel des négociations, le Mercosur estime ne pas être en mesure de présenter à l'UE des offres constituant une véritable ouverture en matière de marchés publics, droits de propriété intellectuelle, services, protection des indications géographiques européennes, etc. L'UE de son côté a déjà offert trop en matière agricole et ne peut pas aller plus loin. Dans ces conditions, la sagesse consiste - ainsi que je le répète depuis longtemps - à réduire le niveau des ambitions, à oublier l'objectif du libre-échange et à négocier un accord réaliste visant à exploiter les possibilités énormes de coopération et même de développement des échanges qui existent, au bénéfice des deux parties et non des commerçants ou des grands propriétaires agricoles. La politique des relations extérieures et la politique commerciale de l'UE doivent être faites par les responsables politiques, y compris les parlementaires, et non par les slogans d'Oxfam et d'autres organisations analogues !

En Russie, «capitalisme dirigé». Concernant la Russie, je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai écrit dans cette rubrique d'hier, sinon pour souligner les déclarations récentes du vice-premier ministre russe responsable de l'industrie et de l'énergie, Victor Khristenko, décrivant sa politique qu'un journal a qualifiée de «capitalisme dirigé». En matière de gaz et de pétrole, les licences d'exploitation de gisements stratégiques seront réservées aux entreprises dont au moins 51% du capital est national; les investissements étrangers dans l'extraction, et surtout dans la prospection de gisements nouveaux, seront encouragés. En matière commerciale, la Russie «ne sacrifiera pas au libre-échange des pans entiers de secteurs industriels stratégiques», tels que l'aéronautique, même si ceci complique les négociations pour son adhésion à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Pour l'automobile, l'objectif de M.Khristenko est de promouvoir la production interne, et de maintenir à cet effet de lourdes taxes à l'importation de véhicules importés, tout en libéralisant l'importation de pièces détachées (encore indispensables pour la production automobile de qualité) ainsi que l'implantation de constructeurs étrangers qui apporteront capitaux et technologies. En agriculture, en pratique (je simplifie) les importations devront correspondre aux besoins. On le voit, ce sont des orientations qui ouvrent les portes à la coopération et aux investissements (et l'UE pourra négocier les conditions appropriées et les garanties pour ses investisseurs), mais qui ne vont certes pas dans la direction du libre-échange.

Négociations globales avec la Chine. Concernant la Chine, la réunion à Pékin entre la troïka de l'Union et les autorités chinoises a porté sur tous les aspects: exportations d'armes, droits de l'homme, relations commerciales, dossier textile, etc. C'est bien ce que j'estimais indispensable afin que l'Europe puisse protéger ses intérêts. Le Commissaire Peter Mandelson a déclaré que les enjeux des relations UE-Chine sont trop importants pour permettre que la question des textiles puisse compromettre le partenariat, en justifiant ainsi sa prudence dans les mesures de sauvegarde. Le raisonnement gagnerait, à mon avis, à être renversé: ce partenariat est tellement important que les Chinois ne doivent pas le compromettre par une politique d'exportation agressive, ruineuse non seulement pour l'Europe, mais aussi et surtout pour tous les pays pauvres fournisseurs. Et prudence pour l'avenir. (F.R.)

 

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