Bamako, 21/04/2005 (Agence Europe) - C'est à un vibrant plaidoyer pour la complémentarité entre le commerce et le développement que Peter Mandelson, Commissaire européen au Commerce, s'est livré mardi à Bamako (Mali) lors de sa première intervention devant l'Assemblée parlementaire paritaire ACP/UE. Aux préoccupations des députés pour l'impact de la libéralisation des échanges multilatéraux et des futurs accords de partenariat économique (APE) sur les économies vulnérables de pays pauvres principalement producteurs de produits de base, le Commissaire a opposé sa foi dans les vertus d'un commerce multilatéral encadré par des règles et dans l'appui au développement des capacités commerciales ACP pour favoriser le commerce Sud/Sud, préalable indispensable à une ouverture progressive et non réciproque entre le marché de l'UE et ceux de régions ACP, à compter de 2008.
"Nous avons le souci commun d'utiliser tous les instruments à notre disposition pour lutter contre la pauvreté dans le monde et réduire les inégalités", a assuré M. Mandelson, en insistant sur la détermination de la Commission à mettre "le développement et le commerce au service l'un de l'autre (…) en travaillant au niveau multilatéral, régional et bilatéral". Cette approche requiert "de la cohérence, de la rigueur (…), car la loi de la jungle ne mène nulle part": elle s'impose à cause la nécessité d'être "plus créatifs" pour remédier à l'échec de "méthodes" dépassées qui n'ont pas réussi à sortir les pays ACP de la pauvreté, comme en témoigne notamment la chute drastique des exportations ACP vers l'UE (qui est pourtant leur premier partenaire commercial) et de leur part dans le commerce mondial (tombée de 6% en 1980 à 2% en 2002). Le Commissaire s'est dit convaincu que les APE, "solution du 21ème siècle", seront " un élément clé pour revitaliser le partenariat pour le développement ACP/UE" en offrant une ouverture du marché Sud/Sud avant l'ouverture Nord/Sud, tout en favorisant le processus d'intégration régionale ACP. " La constitution de marchés économiques régionaux est un élément essentiel du développement. C'est le point de départ (…) pour sortir de l'exiguïté des marchés" ACP (sur 53 pays en Afrique, 39 ont des populations inférieures à 15 millions d'habitants et 21 comptent moins de 5 millions de personnes) et pour le plus grand bénéfice des petits Etats insulaires ou enclavés, a-t-il répété. "Mais cela ne sera pas conduit par Bruxelles. Il n'y a pas d'agenda secret. Nous soutiendrons les priorités des régions elles-mêmes (…). C'est le meilleur moyen pour le secteur privé de se développer, et d'attirer les investissements", a martelé Peter Mandelson. Le résultat final des négociations sera, selon lui, un régime commercial unique au niveau des régions, des procédures douanières communes, un marché élargi. Evoquant le traitement à réserver dans les APE aux règles commerciales en matière d'investissement, de marché public et de facilitation des échanges (les questions dites de « Singapour » à l'OMC), le Commissaire a souligné que les APE constitueraient "un levier pour travailler sur ces questions fondamentales pour le développement économique et humain". M. Mandelson s'est voulu très rassurant, en précisant que la libération tarifaire entre les six régions d'intégration régionale ACP et l'UE se ferait progressivement, " selon une approche très pragmatique et flexible " et dont les "termes exacts seront négociés région par région, sur la base des besoins, non d'une approche doctrinaire". Des mécanismes de sauvegarde sont prévus pour protéger les secteurs vulnérables, a-t-il promis, en notant que l'isolement artificiel des pays ACP dans l'économie globale accentue leur vulnérabilité. Peter Mandelson a annoncé que le mécanisme de suivi des APE pour que l'aide au développement accompagne la politique commerciale était "prêt à être mis en œuvre en partenariat avec les ACP", et que sa priorité serait d'identifier les goulots d'étranglement des programmes d'aide actuels en vue de les réaménager, puis d'intégrer l'appui aux APE dans les programmes indicatifs nationaux. Le Commissaire a dit son espoir que des lignes directrices détaillées seraient prêtes à l'automne pour les phases suivantes, et que les négociations seront conclues à la mi-2007, "sur fond d'une conclusion réussie des négociations pour le développement de Doha". " Vous avez mon engagement que les APE viendront en complément, et non en opposition à la stratégie définie par les objectifs de développement du Millénaire", a-t-il affirmé.
Ces assurances n'ont pas totalement convaincu les députés. Interrogé sur la durée des périodes transitoires qu'il prônerait pour laisser le temps aux pays ACP d'affronter le libre-échange avec l'UE sur un pied d'égalité (12 ans, c'est beaucoup trop court pour une relation économique équitable, dénonce un collectif d'ONG du Sud dans une déclaration adoptée à Bamako), le Commissaire ne s'est pas prononcé, invoquant simplement " la nécessité d'une négociation par le dialogue". A un député africain qui lui demandait si le commerce Sud/Sud à développer consisterait à "échanger du café contre de l'or", Peter Mandelson a répondu: "ne sous-estimons pas le potentiel de développement du commerce Sud/Sud. S'il est encouragé au sein du continent africain et si tout le potentiel est exploité, il pourrait stimuler la croissance de 5 à 10%". Interrogé sur l'impact des pertes de recettes douanières résultant des futurs APE sur les budgets de pays déjà très pauvres, le Commissaire a fait valoir que l'impact des réductions tarifaires ne se ressentira pas avant 2020 et qu'il ne fallait pas négliger les effets positifs d'une réforme du système fiscal et d'une réduction de la bureaucratie dans les pays ACP. Quant aux effets sociaux négatifs des APE, le Commissaire les a écartés, affirmant " ne pas envisager l'échec des APE. Si les pays ACP constatent un impact négatif, ce sera à nous de nous adapter à leur réalité", a-t-il ajouté en citant l'exemple du scandale des exportations de poulets congelés européens vers l'Afrique. Devant la presse, toutefois, le Commissaire a déclaré à ce sujet: « il est faux d'affirmer que les APE vont accentuer ce problème. Je veux bien en examiner les conséquences, mais rien n'indique qu'il découle de la politique agricole de l'UE. Il appartient aux pays importateurs d'imposer des normes ». « Avec les APE, les ACP pourront maintenir des barrières tarifaires », a précisé M. Mandelson. A propos du calendrier pour la réforme du régime sucre, il a dit la volonté de la Commission que le protocole sucre soit intégré dans les APE, sur une base régionale. "Nous discuterons de l'accès au marché vers septembre 2006".
Plaidoyer pour une solution rapide à l'OMC au problème du coton africain
Plus convaincant sur le coton, Peter Mandelson, satisfait d'avoir pu visiter une usine d'égrenage de coton au Mali, a déclaré à la presse qu'il avait assuré aux acteurs de la filière la priorité qu'il attache « aux changements nécessaires des règles internationales et des pratiques des pays riches, surtout des Etats-Unis mais aussi de l'UE » qui mettent à mal le coton africain, pourtant très compétitif, à coup de subventions massives. Le Commissaire a rappelé à cet égard que "65% du soutien de l'UE à ses cultivateurs, pour une production inférieure à la production africaine, sont découplés de la production et n'entraînent donc pas de distorsions sur le marché". Et d'ajouter: "les Etats-Unis ont perdu à l'OMC. Nous attendons leur réaction. Ils doivent maintenant se conformer très rapidement au verdict du panel". Fort du partenariat Europe/Afrique sur le coton à l'OMC, le Commissaire a déclaré: « les négociations à l'OMC doivent entraîner un accès plus large au marché, mais aussi une réduction des subventions des pays riches. L'UE est prête à être pionnière pour la défense de cette cause. Nous devons nous fixer des délais clairs et précis. Je lance un appel aux membres de l'OMC pour la mise en œuvre de leurs engagements, rapidement dès la signature de la déclaration de Doha ». « J'espère que notre volonté d'accélérer le rythme des discussions à l'OMC sera dûment prise en compte par les Européens », a ajouté M. Mandelson, en soulignant l'urgence d'une solution, urgence reconnue par tous ses interlocuteurs, à commencer par le Président et le Premier ministre maliens. Le Commissaire a par ailleurs reconnu l'intérêt que présenterait pour le Mali la transformation de son coton, pour pouvoir exporter de la valeur ajoutée plutôt qu'un simple produit de base.