Bruxelles, 18/03/2005 (Agence Europe) - Devant la commission parlementaire du développement présidée par Luisa Morgantini (GUE, Italie), Peter Mandelson, Commissaire européen au Commerce, a dit sa confiance dans les vertus du commerce comme vecteur du développement des pays les plus pauvres au sein d'un système multilatéral encadré par des règles équitables. « Ma mission principale est de mettre le commerce au service du développement et de garantir que les besoins des plus pauvres soient prioritaires pour les politiques de l'UE», a-t-il déclaré, reprenant les grandes lignes de son exposé à la London School of Economics en février dernier. « Je crois en la libéralisation progressive du commerce d'un point de vue politique et dans le temps, dans l'intérêt de la croissance et de la lutte contre la pauvreté », a-t-il dit, mais à trois conditions: - que l'ouverture des marchés soit adaptée aux situations de développement ; - que l'ouverture des marchés soit accompagnée par un système commercial multilatéral s'appuyant sur des règles ; - que la création de nouvelles opportunités commerciales s'accompagne d'un soutien à la construction des capacités dans les pays en développement. « Il faut s'en tenir à des règles multilatérales équitables. Les exemptions permanentes ne servent pas le développement », a-t-il martelé. Et l'équité suppose, selon lui, la flexibilité dans l'application des règles progressives. « Je suis prêt à accepter que certaines obligations soient levées pour les pays les plus pauvres et je suis pour un examen au cas par cas des situations des pays en développement ».
Rappelant que le développement est le sujet principal à l'ordre du jour de l'OMC dans le cadre du cycle de Doha, Peter Mandelson a affirmé: « la libéralisation du commerce ne peut plus être considérée comme l'ouverture réciproque, il faut veiller à ce que les pays les moins avancés parmi les ACP et le G90 puissent ouvrir leurs marchés de manière progressive et contrôlée, et avec notre aide. Nous ne leur demandons pas d'abolir leurs droits de douane mais de les limiter afin d'améliorer la prévisibilité pour les investisseurs ». Rendant hommage à son prédécesseur, Pascal Lamy, pour l'initiative « Tous sauf les armes » qui fait de l'UE « le marché le plus ouvert au monde aux produits des pays les moins avancés », le Commissaire a estimé que tous les pays industrialisés devraient prendre l'engagement, d'ici à la conférence ministérielle de l'OMC (Hong-Kong, décembre), d'emboîter le pas à l'UE. M. Mandelson a assuré que la souplesse serait de mise aussi pour les accords de partenariat économique (APE) entre l'UE et les régions intégrées ACP (Afrique/Caraïbes/Pacifique): la période de transition pour l'ouverture des marchés aux exportations européennes « pourra dépasser dix ans ». Mais Peter Mandelson n'en a pas dit plus à Max van den Berg (socialiste néerlandais) qui demandait si, pour rassurer les pays ACP, il serait possible que la non-réciprocité puisse durer le temps que les deux blocs régionaux (UE/ACP ) soient sur un pied d'égalité.
Au cours du débat avec les parlementaires, le Commissaire a apporté des précisions sur les dossiers suivants:
Questions de Singapour: à Carl Schlyter (Verts/Ale, suédois) qui lui demandait s'il était pour la libéralisation du secteur de l'eau dans les PVD, le Commissaire a répondu: « nous ne demandons pas aux PVD d'ouvrir leur marché. Nous ne nous mêlons pas de la manière dont ils gèrent ce marché (…). Mais lorsqu'ils l'ouvrent à l'extérieur, nous ne voulons aucune discrimination à l'égard de l'industrie européenne ».
Sucre: M. Mandelson s'en tient au plan d'action proposé par la Commission pour limiter l'impact de la réforme du régime communautaire du sucre sur les pays producteurs en développement. « La compensation est un mot que j'éviterais », a-t-il répondu à John Bowis (conservateur britannique).
Simplification des règles d'origine: interrogé sur les propositions du Commissaire Laszlo Kovacs approuvées mercredi par la Commission (voir autre nouvelle), M. Mandelson a déclaré qu'il aurait préféré à la règle unique fondée sur le critère de valeur ajoutée dans le pays bénéficiaire de préférences commerciales une évaluation d'impact selon quatre critères (valeur ajoutée, traitement, transformation, modification du droit de douane). « Mais on m'a dit que cela ne servirait pas l'objectif de simplification des règles », a-t-il précisé.
Réforme du SPG: Peter Mandelson s'est dit déçu de l'échec du Conseil de l'UE à s'entendre sur la proposition de règlement concernant le SPG révisé dont l'application devait être anticipée au 1er avril pour les pays d'Asie dévastés par le tsunami (EUROPE d'hier, p.9). « Je regrette qu'au cours de la discussion mercredi, certains Etats membres aient estimé que l'Europe doit faire passer ses intérêts avant ceux des pays en développement à cause de la situation économique en Europe. Il faut tenir compte de l'industrie et des travailleurs européens mais on ne peut pas agir en tenant compte uniquement de difficultés économiques conjoncturelles. Il faut tenir compte de la pauvreté permanente et des besoins des pays vulnérables », a-t-il dit.
Désignation du secrétaire adjoint à la Défénse américain Paul Wolfowitz comme candidat au poste de futur président de la Banque mondiale: Peter Mandelson ne souhaite pas entrer dans la polémique. « Sa nomination en a surpris plus d'un, mais il a dit être engagé en faveur du développement. Il a dit aussi son désir d'écoute. Prenons le à la lettre », a-t-il déclaré.
Peter Mandelson reçoit une pétition pour le droit à la protection des marchés agricoles des PVD
Avant cet échange de vues, le Commissaire s'était vu remettre en mains propres une pétition de
62 481 citoyens européens et de plusieurs milliers de citoyens africains lui demandant d'intégrer la défense des intérêts des petits producteurs agricoles du Sud, et plus particulièrement d'Afrique, dans toutes les politiques commerciales de l'UE. Relayant la campagne pour le droit à la protection des marchés agricoles africains dévastés notamment par les exportations européennes de bas morceaux de poulets congelés, les signataires demandent à Peter Mandelson que « dans toute négociation commerciale, l'UE soutienne la proposition du G33 en faveur d'une clause de sauvegarde spéciale, accessible à tous les pays, pour tous les produits, qui réponde aux situations d'augmentation rapide des importations et à la variation des prix internationaux, et soit simple à mettre en œuvre ». Cette campagne intitulée « Exportations de poulets: l'Europe plume l'Afrique » est soutenue par de nombreuses ONG dont SOS faim, Attac, Frères des hommes, Réseau foi et Justice Afrique, ACDIC Cameroun, Aprodev, Greenpeace, etc.