Bruxelles, 04/02/2005 (Agence Europe) - La Conférence « Pékin +10 », qui s'est tenue les 2 et 3 février à Luxembourg, à l'initiative de la Présidence luxembourgeoise, a été l'occasion de rappeler les engagements pris en faveur de l'égalité entre les femmes et les hommes lors de la Conférence de l'ONU à Pékin il y a dix ans. La rencontre a permis de prendre la mesure des progrès que l'UE et les Etats membres ont réalisés dans ce laps de temps, de constater ce qui reste à faire et de dégager des pistes pour les stratégies futures. La conférence a aussi souligné la portée de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW), en insistant sur sa pleine mise en œuvre. Elle a permis aux Etats de l'UE et à ses partenaires de renforcer leur cohérence afin de parler d'une même voix lors de la 49ème session, en mars 2005 à New York de la Commission du Statut des femmes des Nations Unies. Les conclusions de la conférence ont été présentées aux ministres de l'Egalité entre femmes et hommes qui, le 4 février à Luxembourg, devaient adopter une déclaration commune sur ces questions. C'est ce qu'a indiqué la ministre luxembourgeoise de la Famille, de l'Intégration et de l'Egalité des chances Marie Josée Jacobs à l'issue des travaux de mercredi et jeudi.
Tirant les conclusions de la Conférence, Marie-Josée Jacobs a relevé les points suivants: 1) la politique de l'égalité des sexes n'est pas une politique isolée, et la dimension du genre est transversale et doit s'intégrer dans l'ensemble des politiques. Selon les participants, il faut mettre l'accent sur les liens entre la mise en œuvre de la plate-forme de Pékin, le programme d'action du Caire, la déclaration de Copenhague et les « Objectifs du Millénaire pour le développement » (que les 191 Etats membres de l'ONU se sont engagés en 2000 à réaliser d'ici à 2015) ; 2) l'égalité entre les femmes et les hommes est essentielle pour le plein emploi, la croissance économique, le renforcement de la protection sociale et l'éradication de la pauvreté ; 3) l'égalité des genres doit apporter une contribution essentielle à la réalisation des objectifs de Lisbonne, qu'il s'agisse d'emploi ou de cohésion sociale ; 4) pour promouvoir activement l'égalité entre les femmes et les hommes, il faut mobiliser tous les instruments de la politique de l'égalité et il faut garantir une pleine mise en œuvre de la législation européenne dans ce domaine.
Quant aux pistes proposées, elles portent notamment sur le développement d'outils comme l'évaluation de l'impact selon le genre et l'établissement de budgets intégrant la perspective du genre, la création et la mise en œuvre de plans d'action, l'encouragement à l'expertise et à la formation en matière d'égalité, a indiqué Mme Jacobs. La Conférence a insisté sur une évaluation périodique de la situation sur la base d'indicateurs, et sur une participation active des hommes dans le débat sur l'égalité des sexes.
A l'ouverture de la conférence, Marie-Josée Jacobs a souligné les liens entre la révision de la plate-forme de Pékin et les objectifs de développement du Millénaire, et a rappelé l'engagement du gouvernement luxembourgeois en faveur de la Convention CEDAW. En notant que l'ambition de l'UE de développer un modèle social garantissant l'équilibre entre croissance, emploi et cohésion sociale doit se fonder sur l'égalité entre les femmes et les hommes, Mme Jacobs a assuré que la Présidence luxembourgeoise veillera à ce que la dimension du genre ne soit pas sacrifiée aux impératifs économiques.
« La Commission européenne fait de l'égalité entre les femmes et les hommes une priorité », a souligné, pour sa part, le Commissaire aux Affaires sociales Vladimir Spidla. « Le bilan de la stratégie de Lisbonne après cinq ans est mitigé mais des progrès ont été accomplis dans un domaine: le taux d'emploi des femmes qui a progressé de près d'un point et demi, alors que celui des hommes a diminué. L'écart entre les salaries demeure toutefois trop élevé (15% environ) », a déploré le Commissaire en soulignant que « l'égalité entre les femmes et les hommes est plus que jamais un élément central de la stratégie qui vise à remettre l'Europe dans le chemin de la croissance et de la création d'emplois ». Et de préciser: « Nous devons poursuivre les politiques d'élimination des écarts salariaux, de formation, de développement des systèmes de garde des enfants, de conciliation entre vie familiale et professionnelle ».
Lançant un cri d'alarme au sujet du vieillissement démographique de l'Europe, Vladimir Spidla a rappelé qu'entre 2000 et 2025 la population en âge de travailler dans l'UE diminuera de 12 millions de personnes, et dix ans plus tard, elle diminuera de 30 millions: « Sans une politique résolue en faveur de l'égalité, l'Europe ne pourra pas compenser ces pertes. Sa croissance risque de ralentir. C'est le risque le plus menaçant pour la réussite de la stratégie de Lisbonne », martèle le Commissaire. Et il relève un défi majeur: la conciliation entre vie familiale et professionnelle. Les hommes, a-t-il regretté, exploitent rarement les possibilités existantes (84% des hommes interrogés par l'Eurobaromètre en 2004 n'on pas pris de congé parental alors qu'ils auraient pu le faire). C'est pourquoi, insiste M. Spidla, « nous devons donner aux hommes la possibilité d'êtres pères et de jouer un rôle actif dans l'éducation et la vie de leurs enfants ». Le Commissaire a annoncé qu'il présentera bientôt un Livre vert sur les changements démographiques qui posera clairement toutes ces questions. Et de conclure: « Nous jouons un rôle majeur dans la promotion de l'égalité entre les femmes et les hommes et la promotion des femmes à l'échelle internationale. Nos politiques externes doivent compléter et soutenir nos politiques internes. Nous devons assurer cette cohérence politique pour bâtir une mondialisation humaine et équilibrée».
Pour la présidente de la commission des droits de la femme et de l'égalité des genres du Parlement européen Anna Zaborska (PPE-DE, slovaque) « la promotion de la femme, c'est la promotion de la paix », car « la paix est non seulement l'absence de guerre mais un état de justice ». Mme Zaborska a noté la « valeur » en matière d'égalité, et a insisté sur « la participation des femmes dans la programmation, la mise en oeuvre et l'évaluation des politiques publiques européennes et nationales ».