Bruxelles, 04/02/2005 (Agence Europe) - Les Etats-Unis et l'Union européenne sont sur la même longueur d'onde dans leurs politiques en faveur du respect des droits de l'Homme dans le monde, mais leurs approches pratiques et leurs « tactiques » en vue d'atteindre le meilleur résultat possible divergent dans certains cas, comme en Iran, à Cuba ou encore en Chine, a affirmé jeudi devant la presse, l'Ambassadeur Michael G.Kozak, qui - au sein de l'administration américaine - est responsable de la politique américaine en matière de démocratie et des droits de l'Homme dans le monde. M. Kozak était à la tête d'une délégation américaine de haut niveau qui a rencontré mercredi à Bruxelles des hauts fonctionnaires de la Troïka de l'UE, notamment pour préparer la prochaine session de la commission des droits de l'Homme des Nations Unies à Genève (du 14 mars au 22 avril). « Les Etats-Unis et l'Union européenne sont des alliés naturels » dans la lutte contre les violations des droits de l'Homme et des principes démocratiques dans le monde, a estimé M.Kozak. « Nous partageons les mêmes valeurs fondamentales, même si, dans certains cas spécifiques, nous ne sommes pas de la même opinion » sur la meilleure manière d'atteindre l'objectif.
M. Kozak a cité l'exemple de l'Iran avec lequel Washington n'entretient actuellement aucun dialogue, contrairement à l'UE qui vient même de relancer les négociations en vue de conclure un accord de coopération et de commerce, dans le cadre des pourparlers sur le programme nucléaire de Téhéran (voir autre nouvelle). Washington soutient malgré tout les efforts des Européens à l'égard de l'Iran et espère qu'ils seront couronnés de succès, dans le domaine du nucléaire comme dans celui des droits de l'Homme, a remarqué M. Kozak. « Il n'est pas toujours nécessaire que tout le monde ait un dialogue direct avec des gens qui oppressent leur population », dit-il pour expliquer la politique américaine en Iran. L'absence de contacts officiels avec Téhéran n'empêche pas Washington à soutenir certaines parties de la société civile iranienne.: jeudi, un porte-parole du Département d'Etat a souligné à Washington que l'objectif de ces contacts avec des dissidents iraniens n'est cependant pas de provoquer un changement de régime en Iran. « Nous soutenons les aspirations du peuple iranien à la liberté, à la liberté d'expression, à la liberté d'opinion et de rassemblement, aux droits fondamentaux. Le gouvernement iranien agit à l'encontre de ces libertés (…). Ce sont des choses contre lesquels nous allons nous opposer », a indiqué le porte-parole.
Sur Cuba, les Américains poursuivent également une autre « tactique» que l'UE qui, elle, vient de suspendre ses sanctions diplomatiques à l'égard du régime de Fidel Castro (voir EUROPE du 1er février). « Nous avons des réserves à l'égard de cette décision », a reconnu M. Kozak.
La Chine reste un pays où les droits de l'Homme et le respect des libertés individuelles font toujours problème, « mais la Chine n'est qu'un pays parmi toute une série de pays problématiques » dont la situation sera évoquée à Genève au cours de la session de la Commission des droits de l'Homme de l'ONU. Il n'est cependant pas encore clair si des résolutions seront proposées à Genève sur la Chine, a dit M.Kozak. En Chine aussi, l'approche américaine pour améliorer la situation sur place diverge quelque peu de celle de l'UE, comme le démontre l'intention européenne de lever l'embargo sur les ventes d'armes vers la Chine. « Nous continuons à croire que lever cet embargo n'est pas le bon message à donner aux Chinois », ni pour améliorer la situation des droits de l'Homme et la démocratie en Chine, ni pour augmenter la stabilité et la sécurité dans la région, a-t-il expliqué.
M. Kozak a aussi souligné que l'administration américaine était « préoccupée » par l'évolution démocratique en Russie, ainsi que par la situation en Tchétchénie. Si la Russie veut faire partie de la communauté internationale démocratique, elle doit aussi partager et appliquer ses valeurs démocratiques, a estimé l'ambassadeur américain.
Washington fait aussi pression pour améliorer la situation démocratique et des droits de l'Homme dans les pays arabes, y compris dans des « pays amis » comme l'Arabie Saoudite et l'Egypte, a indiqué M.Kozak. Tant que les régimes de certains pays du Moyent-Orient restent des « dictatures », ceci entraînera la frustration des populations et une instabilité permanente dans la région. « Nous voulons que cela change ».
La situation au Darfour est « horrible» et le gouvernement du Soudan « est derrière » ces crimes, en dépit des nombreuses promesses faites à l'égard de l'ONU, des Etats-Unis et l'UE. « Il y a un consensus très fort pour dire qu'il faut faire quelque chose », mais des divergences perdurent sur la manière de le faire. Ainsi, l'UE soutient l'idée de l'ONU que les acteurs des crimes devraient être traduits devant la Cour pénale internationale à La Haye, alors que les Etats-Unis (qui continuent à qualifier de « génocide » les violations commises au Darfour) voudraient porter l'affaire devant le Conseil de sécurité de l'ONU.