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Bulletin Quotidien Europe N° 8882
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/tourisme

Le tourisme européen doit s'orienter vers la durabilité et la qualité tout en alliant respect de l'environnement et emplois de qualité

Bruxelles, 04/02/2005 (Agence Europe) - La diversité géographique de l'Union européenne, alliée à la richesse de son patrimoine culturel et historique, offre des possibilités extraordinaires de développement au secteur du tourisme, mais ce secteur doit s'orienter vers des objectifs de durabilité et de qualité pour respecter les critères environnementaux et sociaux. Un équilibre difficile à atteindre alors que les acteurs concernés déplorent un manque de cohérence en Europe à l'égard de ce pan d'activité économique souvent négligé et souffrant d'une concurrence croissante de la part des pays émergents. Le tourisme a été inscrit dans la future Constitution européenne, qui stipule que l'action des Etats membres dans ce secteur devra être complétée par celle de l'Union. L'UE a donc la responsabilité de prendre des initiatives afin de coordonner les politiques nationales, sans aller jusqu'à harmoniser les dispositions législatives et réglementaire des Etats membres. Voilà le bilan d'une audition publique organisée le 1er février par la commission « transports et tourisme » du Parlement européen, sous la présidence du président Paolo Costa (ALDE, Italie) sur le thème: « Quelles sont les politiques nécessaires pour un tourisme durable en Europe ? ». Des représentants des institutions européennes, du secteur du tourisme et des experts ont exprimé leurs préoccupations et fait des suggestions pour rendre à cette activité économique importante ses lettres de noblesse.

Chaque année, 400 millions de touristes visitent les Etats membres et y dépensent 3 milliards d'euros ; 5 actifs sur 100 dans l'UE travaillent dans ce secteur qui contribue à raison de 5% du PIB en Europe, a rappelé le ministre du tourisme luxembourgeois Fernand Boden, qui représentait le Conseil. Concernant l'action de l'UE dans ce domaine, le ministre a évoqué la communication de la Commission européenne de novembre 2003 (« Orientations de base pour la durabilité du tourisme européen ») qui doit servir de toile de fond aux actions à mener sur le plan communautaire et a annoncé qu'il allait soumettre un projet de conclusions au Conseil « Compétitivité » du 18 avril afin de favoriser la coopération entre les Etats membres. M. Boden a aussi annoncé l'organisation d'un séminaire, les 21 et 22 avril à Luxembourg, sur « Tourisme et culture: le défi de l'intégration européenne ». Le directeur de la DG Entreprise à la Commission européenne, Pedro Ortun, a mis en avant la difficulté d'analyser ce secteur à la structure très complexe, avec une très forte présence de petites et moyennes entreprises (99% des opérateurs). M. Ortun a aussi relevé l'évolution du comportement des touristes, qui voyagent davantage et deviennent plus exigeants, et dont le profil s'élargit (les femmes, les jeunes, et les retraités partent plus et plus souvent). Pour lui, la meilleure solution pour assurer un tourisme plus compétitif et durable consiste à mettre en place des actions coopératives entre tous les acteurs, privés et publics.

Du côté des professionnels, Jean-Claude Baumgarten (World Travel and Tourism Council) a incité les institutions communautaires et les Etats membres à exploiter le potentiel énorme offert par les dix nouveaux Etats membres. Selon lui, si une action concertée était correctement menée, le tourisme dans les nouveaux Etats membres pourrait générer d'ici dix ans 46 millions d'euros et 3 millions d'emplois supplémentaires. M.Baumgarten déplore l'absence d'un outil unique et harmonisé d'évaluation du secteur dans l'UE. Bill Richards (Réseau de l'industrie européenne du tourisme) a déploré les lourdes taxes imposées au secteur et l'absence d'un système de gestion de crise en cas de catastrophe, naturelle, terroriste ou sanitaire. Arthur Oberascher (Commission européenne du tourisme) demande plus de protection et plus de considération pour les entreprises de ce secteur, ainsi que l'élimination des obstacles législatifs et économiques qui l'entravent. Kertsin Howald, représentante du Comité de liaison des syndicats européens du tourisme, a souligné pour sa part les conditions de vie et de travail parfois déplorables dans ce secteur, en citant notamment l'exemple des compagnies aériennes à bas prix. Il faut, dans ce domaine, améliorer la sécurité d'emploi, les conditions de travail et les salaires, et « mettre fin au démantèlement du modèle social européen », a-t-elle fait valoir. Les experts François Burhin et Mara Manente ont mis en avant la complexité et l'hétérogénéité d'un secteur caractérisé par la multiplicité des acteurs, des intérêts et des objectifs et que le seul marché ne peut pas gérer, selon eux, sans l'aide des autorités européennes, nationales et régionales.

Le député Dieter Lebrecht Koch (PPE-DE, allemand) voudrait plus d'action au niveau communautaire, comme Marta Vincenzi (PSE, italienne), qui souhaite des mesures concrètes qui prennent davantage en compte l'aspect transversal du tourisme. Les deux députés ont, en outre, évoqué les possibles répercussions de la « directive Bolkestein » sur les services dans le marché intérieur) sur le secteur du tourisme, craignant les risques de dumping social. Le Président du Conseil, M.Boden, a répondu que l'insertion du tourisme dans la Constitution laissait espérer qu'on puisse « élaborer une stratégie commune pour développer la qualité du tourisme et son aspect durable ». Quant à la proposition de directive « services », Fernand Boden a rappelé qu'elle ne serait pas adoptée rapidement « car il reste encore beaucoup de questions » à régler. Ashley Mote (UKIP, non inscrit) a déploré la trop sévère fiscalité et la lenteur bureaucratique dont pâtissent les tour-opérateurs: « alors que pas mal de législation devrait être abolie, on demande plus de législation ! », s'est écrié le député britannique. Pour le travailliste britannique Robert Evans, le secteur du tourisme souffre, au contraire, d'une insuffisance de règles: le parlementaire demande en particulier des évaluations plus strictes de l'impact néfaste de l'industrie sur l'environnement et sur le patrimoine culturel. Une problématique également soulevée par le Vert italien Josef Kusstatscher pour qui « il faut tirer les leçons des erreurs du passé », et par le Vert allemand Michael Cramer qui, outre les mauvaises conditions de travail, a mis en exergue les dégâts environnementaux provoqués en Espagne et en Italie par une surexploitation touristique. Une « Charte pour l'environnement » incitant les touristes à respecter les lieux qu'ils visitent a été proposée par le socialiste portugais Emanuel Fernandes. M.Boden a reconnu que la nécessité pour ces pays d'accueillir une masse de touristes en été peut avoir un impact négatif sur l'environnement, et a suggéré d'inciter les entreprises à proposer à leur personnel d'étaler leurs vacances, ce qui permettrait une meilleure répartition des flux touristiques. « Mais c'est difficile de faire bouger les Etats membres », a-t-il admis.

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