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Bulletin Quotidien Europe N° 8852
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/bosnie-herzegovine

Malgre les faiblesses d'un Etat qu'il estime encore peu fonctionnel, Paddy Ashdown met en avant le "miracle" bosniaque, mais déplore la non coopération persistante des autorités serbes de Bosnie qui ralentit l'intégration du pays dans la communauté internationale

Sarajevo, 20/12/2004 (Agence Europe) - A l'occasion d'une visite à Sarajevo, l'Agence Europe a pu rencontrer le Haut représentant des Nations unies et de l'Union européenne en Bosnie Herzégovine, Paddy Ashdown. En dépit de la faiblesse persistante de l'Etat central bosniaque, M. Ashdown a esquissé les traits d'un "miracle" bosniaque. Il a toutefois exprimé de nouveau sa frustration en ce qui concerne la traque des criminels de guerre et la non coopération de la Republika Srpska qui ralentissent le processus d'adhésion de la Bosnie au Partenariat pour la paix de l'OTAN et l'ouverture des négociations pour l'Accord de stabilisation et d'association avec l'UE en vue, à terme, d'intégrer l'Union européenne (voir EUROPE du 18 décembre, p.11).

Neuf ans après l'Accord de Dayton du 21 novembre 1995 mettant fin à une guerre qui a fait 250 000 victimes, avec son cortège de milliers de réfugiés, "un véritable miracle s'est produit en Bosnie grâce à l'entente des trois communautés ethniques", a souligné Paddy Ashdown. En témoigne le succès des élections municipales d'avril 2000 et des élections générales d'octobre 2002 qui, selon lui, démontre "l'ampleur des progrès réalisés par la Bosnie par rapport à d'autres conflits persistants au sein même de l'UE, à Chypre comme à Belfast". "On oublie trop souvent qu'il faut beaucoup de temps pour rebâtir après la guerre. Aujourd'hui, on ne voit plus les frontières ethniques en Bosnie-Herzégovine. Les peuples de Bosnie sont les vrais héros de ces élections. Bien sûr ils ne s'aiment pas. Mais ils cohabitent", a ajouté M. Ashdown, soulignant en outre que l'espoir de rejoindre un jour l'UE était un puissant catalyseur des bonnes volontés de chacune des composantes de la Bosnie-Herzégovine. "Pouvait-on imaginer des progrès si rapides lorsqu'on cannaît l'ampleur du désastre il y a moins de dix ans ? Aujourd'hui, une organisation étatique centralisée a émergé (…), un système judiciaire se reconstruit, la police bosniaque se réorganise et se réforme, et la Bosnie tente d'unifier ses forces armées. La tragédie qui s'est déroulée ici est loin derrière nous", a-t-il poursuivi. "La paix n'est plus notre objectif principal puisqu'elle s'est enracinée. Maintenant, la tâche qui incombe au gouvernement bosniaque est d'établir un Etat de droit qui soit respecté et de renforcer l'économie du pays. Elle est comparable à celle à laquelle doivent encore s'atteler la Macédoine, et, dans une moindre mesure, la Bulgarie et la Roumanie", a estimé le Haut représentant.

Soulignant la faiblesse du pouvoir central et la nécessité de le renforcer, et pointant du doigt "l'héritage de Dayton" et ses responsabilités, M. Ashdown a estimé que « l'Etat bosniaque n'est pas fonctionnel ». La décentralisation est le nouveau défi auquel est désormais confrontée la Bosnie-Herzégovine", affirme M. Ashdown, qui souligne "la nécessité de bâtir un Etat fédéral avec une structure légère" (qui pourrait ressembler à la Belgique). « Aujourd'hui, 65% du budget de l'Etat bosniaque servent à son fonctionnement, et seulement 35% bénéficient directement à ses citoyens, ce qui rend difficile pour l'Etat bosniaque de mener d'ambitieux projets d'infrastructure pour ses citoyens », a-t-il constaté, soulignant que le sentiment d'appartenance à la citoyenneté bosniaque a de la peine à s'affirmer, justement à cause des faiblesses de l'Etat central. Concernant la réorganisation de la police bosniaque, M. Ashdown s'est dit favorable à la création d'une « police unifiée avec deux niveaux de compétences - au niveau étatique et au niveau local, avec un découpage en 5 zones régionales - contre le système actuel de deux polices distinctes » pour la Fédération croato-musulmane et la Republika Srpska. Quant à la restructuration de l'armée fédérale bosniaque, il a souligné les importants progrès réalisés, et a indiqué que restait à traiter "la question des uniformes, des badges et des symboles".

Principale zone d'ombre au tableau: la capture des criminels de guerre. M. Ashdown s'est dit "frustré du peu de progrès réalisés" dans la traque des criminels de guerre et a déploré le manque de coopération des autorités de la Republika Srpska avec le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). M. Ashdown a, par ailleurs, évoqué les nouvelles sanctions prises le 16 décembre, après la décision de l'OTAN, le 9 décembre, de rejeter pour la deuxième fois la candidature de la Bosnie-Herzégovine au Partenariat pour la paix (PFP) pour manque de coopération avec le TPIY. M. Ashdown a une nouvelle fois accusé les autorités serbes de Bosnie-Herzégovine de protéger des criminels de guerre, dont les plus recherchés sont l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, et son ancien chef militaire, Ratko Mladic, qui, selon lui, sont toujours très populaires chez les Serbes nationalistes. M. Ashdown a toutefois estimé que la Bosnie serait en mesure de devenir membre du PFP, "le corridor pour que la Bosnie-Herzégovine devienne un jour membre de l'OTAN", en mars ou avril 2005.

Interrogé sur la durée de stationnement des forces militaires internationales en Bosnie, M. Ashdown a estimé qu'elles "devront rester aussi longtemps que nécessaire". Quant au mandat de la mission militaire de l'UE, l'EUFOR, qui remplace depuis le 2 décembre la SFOR de l'OTAN, M. Ashdown a précisé qu'il allait "évoluer dans le temps", et qu'il serait bon que le nombre de soldats présents en Bosnie, qui est d'environ 7000, soit réduit à terme à 2000 ou 3000.

Estimant par ailleurs que les peuples de Bosnie-Herzégovine devaient "s'entendre davantage entre eux pour construire eux-mêmes un Etat viable", M. Ashdown s'est dit confiant qu'à l'horizon des élections d'octobre 2006 la Bosnie-Herzégovine se dégagera progressivement du poids de l'intervention internationale aujourd'hui nécessaire face à un Etat encore défaillant.

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